La nécessaire union contre le trio capitaliste-impérialiste-colonialiste

20 avril 2015

L'Afrique dans le monde

L_Afrique_dans_le_monde

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21 avril 2015

La mystification du petit écran...

0 1 - TV écran

0 2 - TV antennes

 

 

 

 

 

 


Voici une analyse détaillée du documentaire intitulé :
« Le président Sarkozy & le dictateur Kadhafi » d’Antoine Vitkine,
diffusé sur France 3, le 9 avril 2015,
analyse qui situe les personnes et les événements évoqué(e)s
dans le contexte historique de la Libye révolutionnaire.

Je tiens à souligner que Michel J. Cuny et moi avons décidé,
il y a quelque quatre décennies,
de n'avoir plus de téléviseur :
est-il nécessaire de préciser qu'il ne manque pas à nos vies.
Françoise Petitdemange

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23 avril 2015

1. DE LA PAIX A LA GUERRE... CONTRE LE PEUPLE LIBYEN

1.
D
E LA PAIX À LA GUERRE...
CONTRE LE PEUPLE LIBYEN


Signification des couleurs :


en violet et en caractères gras, les titres ajoutés et les liens
en violet,
les mots entre crochets ajoutés ;

en noir, analyse, indication du contexte ;
en rouge-brun, la description de certaines images ;

en jaune orangé, le commentaire du documentaire ;
en rouge, les mots « dictateur », etc. ;

en bleu, les propos français ;
en vert, les propos libyens ;

les propos de l'ambassadeur de France en Libye sont
parfois en bleu, parfois en vert,
selon le point de vue qu'il donne.


      Voici une analyse détaillée du documentaire intitulé : « Le président Sarkozy & le dictateur Kadhafi » d’Antoine Vitkine, diffusé sur France 3, le 9 avril 2015, analyse qui situe les personnes et les événements évoqué(e)s dans le contexte historique de la Libye révolutionnaire. Il est possible de trouver une analyse succincte en faisant l’un ou l’autre des liens suivants :
http://blogs.mediapart.fr/blog/michel-j-cuny/080415/sarkozy-criminel
http://www.france-irak-actualite.com/2015/04/kadhafi-sur-france-3-je-lui-ai-donne-l-argent-avant-qu-il-ne-devienne-president.html
       Dans ce documentaire d’une durée de 77 minutes, le mot « dictateur » est répété 57 fois en voix off. (Ce documentaire, sous forme de film, n’est plus visible, mais j’avais pris la précaution de retranscrire le texte et de décrire certaines images avant sa disparition.)

 

Françoise Petitdemange

 

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24 avril 2015

2. DE LA PAIX A LA GUERRE... CONTRE LE PEUPLE LIBYEN

2.
DE LA PAIX À LA GUERRE...
CONTRE LE PEUPLE LIBYEN


1
 - 1. La ruée occidentale vers la Libye

 

      Après la fin d’un embargo, imposé par le Conseil de sécurité de l’ONU (Organisation des Nations Unies), et sans cesse reconduit d’avril 1992 à septembre 2003, qui était destiné à étrangler le peuple pour le pousser à la révolte contre le Guide révolutionnaire, la Libye retrouvait une expansion économique des plus enviées. C’est dans ce nouveau contexte que le peuple libyen voit débarquer, sur le tarmac de ses aéroports, des affairistes mais aussi des hommes politiques occidentaux qui, d’ordinaire, ne se déplaçaient pas dans ce pays puni pour des attentats dans lesquels sa responsabilité n’a jamais été prouvée : la visite du ministre de l’Intérieur français, Nicolas Sarkozy, en 2005, a effectivement de quoi surprendre…

 

Françoise Petitdemange

 

3. DE LA PAIX A LA GUERRE... CONTRE LE PEUPLE LIBYEN

3.
DE LA PAIX À LA GUERRE...
CONTRE LE PEUPLE LIBYEN

 

1 - 2. Un ministre de l’Intérieur
dans l’État-paria…

 

      « 6 octobre 2005. » Voix off : « Toute cette histoire a commencé deux ans avant que le futur président n’entre à l’Élysée lorsqu’il est allé faire la connaissance du dictateur un jour d’octobre 2005. Il est alors un fringuant ministre de l’Intérieur de Jacques Chirac qui ne fait pas de mystère de ses ambitions présidentielles. Depuis l’aéroport, son convoi file à travers Tripoli, capitale d’un État de six millions d’habitants que la manne pétrolière a rendu le plus riche d’Afrique. Sur les murs s’affiche partout l’homme qui le dirige d’une main de fer depuis 1969. »

     
Voix off : « Officiellement, le ministre a été convié, ici, à venir s’entretenir de la lutte antiterroriste et de l’immigration irrégulière. » Nicolas Sarkozy : « Pourquoi voulez-vous aller en Italie ? » Un jeune homme : « Je voulais partir. » Pour les États capitalistes en crise, dont une partie des populations - au chômage ou au travail - ne peuvent plus subvenir aux nécessités de leur existence, il s’agit, à l’époque, de lutter contre le terrorisme que, pourtant, ils sécrètent eux-mêmes, et de freiner, sinon d’empêcher, l’arrivée d’Africains et de leurs familles en Europe, notamment en France. Mais le Guide révolutionnaire, Muammar Gaddhafi, n’avait pas attendu les Occidentaux pour inciter les Africain(e)s à rester dans leurs pays afin de contribuer au développement du continent.  
     
Voix off : « En coulisses toutefois, cette visite a pour le ministre d’autres enjeux, plus personnels. Elle a été initiée par un homme de l’ombre, un Libanais, un intermédiaire en armements, à la fois proche de plusieurs membres de son entourage et familier du pouvoir libyen. » L’intermédiaire en armements, c’est  Ziad Takieddine qui parle, non pas du « dictateur », mais du « colonel Kadhafi » : « En 2005, je rencontre le fils du colonel Kadhafi [Saïf al-Islam] en visite privée en France. Alors, il m’invite en Libye pour aller rencontrer son père, le colonel Kadhafi. Et je rencontre Kadhafi. Quand je parlais de Nicolas Sarkozy, à lui, je parlais de lui comme quelqu’un qui allait changer beaucoup la démarche française, en général, dans le domaine de la politique extérieure. » Bernard Cheynel, lui aussi intermédiaire en armements, confirme les dires de son confrère : « C’est Saïf qui s’est emballé sur Sarkozy. Saïf qui a poussé son père : “papa, papa, papa, papa.” Papa, il est formidable, papa. Il est formidable. » Ziad Takieddine : « Je retourne en France. Je vois monsieur Guéant et des choses se sont mises en place. » Jean-Luc Sibiude (ambassadeur de France en Libye) : « Et monsieur Claude Guéant était venu préparer la visite plusieurs fois. Je crois qu’il est venu au moins deux fois, pas forcément… Une fois… Monsieur Claude Guéant avait ses propres contacts. » Voix off : « Signe de l’importance qu’il accorde à cette relation, son plus proche collaborateur [Claude Guéant, donc...] devient dès lors son agent de liaison avec les Libyens. »

Françoise Petitdemange


4. DE LA PAIX A LA GUERRE... CONTRE LE PEUPLE LIBYEN

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DE LA PAIX À LA GUERRE...
CONTRE LE PEUPLE LIBYEN

1 - 3. Une réception dans la tente

 

      Muammar Gaddhafi se dirige vers sa tente, portant l’habit traditionnel : une gandoura brune et, sur la tête, une chéchia noire. Voix off : « En fin de matinée, devant la tente bédouine plantée au milieu de son palais-caserne, apparaît le dictateur. » La dame qui dit le commentaire, a-t-elle bien vu la tente dont il s’agit ? A-t-elle déjà vu « un dictateur » recevoir dans une tente aussi modeste ? A-t-elle vu la caserne dans laquelle le Guide révolutionnaire vit, depuis des décennies, avec sa famille ? Est-ce le Palais de l’Élysée ? Est-ce el Palacio Real de Madrid ? Est-ce el Palacio de la Zarzuela ? Est-ce Buckingham Palace ? Etc. Voix off : « Depuis peu, il n’est plus un chef d’État-paria à la tête d’un pays sous embargo. En renonçant au terrorisme et à l’arme nucléaire, il est devenu fréquentable aux yeux des Occidentaux. » C’est peut-être, hélas, cette renonciation à l’arme nucléaire et aux armes chimiques, décidée par le peuple libyen et le Guide révolutionnaire, qui allait permettre aux chefs d’États occidentaux (français, britannique, états-unien) d’attaquer la Libye. Voix off : « Sous cette tente, il a déjà reçu des dirigeants européens, mais, ce jour-là, il surprend ceux qui connaissent ses habitudes, comme l’ambassadeur français en poste à Tripoli depuis quatre ans. » Jean-Luc Sibiude, par ces précisions, montre que le Guide libyen réservait un traitement de faveur à un Français qui n’était alors que ministre : « Le colonel Kadhafi ne recevait jamais le matin, parce qu’il avait des nuits sans doute très longues et, le matin, il était toujours un peu dans la, dans le brouillard, si j’ose dire, de la même façon. Et donc, c’était plutôt le soir, l’après-midi ou plutôt le soir. Et là, il est reçu tout de suite. »

     
Revenant sur cette visite, Zohra Mansour qui, après avoir été responsable des « Femmes en armes », avait été chargée des relations diplomatiques entre la France et la Libye, se souvient : « Le Guide m’a dit : « Zohra, nous honorons quelqu’un qui sera candidat à des élections importantes. S’il arrivait au pouvoir, nous pourrions entretenir de bonnes relations avec son pays. Ça vaut le coup, non ? » À noter que Zohra Mansour appelle Muammar Gaddhafi : « le Guide ». L’ambassadeur confirme : « Moi, ils me l’ont dit. C’était l’objectif principal : on accueille monsieur Sarkozy parce qu’on sait qu’il a, il peut avoir un destin important en France. Et être le futur président. »
     
Voix off : « Enfin, l’ambitieux ministre, novice sur la scène internationale, et l’indéboulonnable dictateur au pouvoir depuis trente-six ans font connaissance. » Dès après la Révolution du 1er Septembre 1969, le pouvoir a été progressivement transmis au peuple libyen : c’est lui qui avait réellement le pouvoir. Mais dire cette vérité est dangereux pour les États capitalistes qui ne sont en rien démocratiques. Muammar Gaddhafi n’était pas considéré comme un « dictateur » par la population, en dehors d’une poignée d’exilés qui voulaient le pouvoir pour eux tout seuls. Il était appelé le Guide.
     
Celui qui avait été désigné par ses camarades comme le président du CCR (Conseil du Commandement de la Révolution), quelques jours après la Révolution du 1er Septembre 1969, avait été invité comme tel à Paris, en novembre 1973, par le président de la république française, Georges Pompidou : Muammar Gaddhafi, qui avait gardé un excellent souvenir de cette rencontre, pouvait alors penser que les relations avec la France, qui s’étaient dégradées avec les présidents suivants, allaient redevenir ce qu’elles n’auraient jamais dû cesser d’être…

 

Françoise Petitdemange

 

5. DE LA PAIX A LA GUERRE... CONTRE LE PEUPLE LIBYEN

 5.
DE LA PAIX À LA GUERRE...
CONTRE LE PEUPLE LIBYEN

1 - 4. Le candidat Sarkozy à l’élection présidentielle

      À propos de la création des États-Unis d’Afrique… Voix off : « Après avoir vainement tenté de prendre la tête du monde arabe, le dictateur rêve de fonder des États-Unis d’Afrique que, bien sûr, il dirigerait. Autoproclamé roi des rois, ses milliards lui donnent les moyens de ses ambitions. »
     
Ces allégations ne sont pas conformes à la réalité… Muammar Gaddhafi - il le savait lui-même - n’était ni le seul homme, ni le premier à avoir rêvé de la FRA (Fédération des Républiques Arabes), et des États-Unis d’Afrique ; mais, cette fois, le rêve est passé à la réalité… La FRA, qui, dans les années 1970, rassemblait, pour commencer, la Tunisie, la Libye, l’Égypte, la Syrie, a été sabordée par le président égyptien, Anouar El Sadate, qui a renié sa signature en passant dans le camp d’en face, à la grande colère du peuple libyen qui appelait Sadate : « le traître ». Après cela, en 1999, Muammar Gaddhafi lançait un Appel aux dirigeants des autres pays africains : cet “Appel de Syrte” a été entendu et suivi de Sommets africains, qui se tenaient-se tiennent, d’année en année, dans des villes et des pays différent(e)s d’un Sommet à l’autre : Libye, Togo, Zambie, Afrique du Sud, Ghana, etc. L’OUA (Organisation de l’Unité Africaine), moribonde, a transmis le flambeau à l’UA (Union Africaine) avec, pour projet commun aux pays, de créer les États-Unis d’Afrique. Une Constitution et des Institutions ont été mises en place. Il s’agissait de créer une monnaie et une armée de défense communes…
     
Il n’était pas question, pour Muammar Gaddhafi de « prendre la tête du monde arabe ». La présidence de la FRA devait être assurée, tour à tour, par les dirigeants des pays qui la constituaient. De même, la présidence de l’UA (Union Africaine) était-est assurée, à tour de rôle, par tous les chefs des pays africains, pour une durée d’une année : Muammar Gaddhafi n’a pas été le premier président de l’UA (Union Africaine), mais le 7ème, du 2 février 2009 au 31 janvier 2010. Dans le même temps, en février 2009, il a été désigné, « roi des rois d’Afrique » par les chefs des autres États africains. Mais le concept de « roi des rois d’Afrique » - faut-il le préciser - n’a rien à voir avec celui des rois de France d’autrefois, ni avec celui des rois et reines actuel(le)s - de la reine d’Angleterre, du roi de Belgique, de la reine du Danemark, du roi d’Espagne, du roi du Luxembourg, du roi des Pays-Bas, du roi de Suède - qui règnent encore sur 7 pays d’une Europe prétendument démocratique qui en compte 28…
     
Voix off : « Mais, sur sa route, il craint la France et sa très active politique africaine. La France qui s’est toujours opposée à ses projets. Ainsi, ses rapports avec le président Chirac, sont-ils notoirement glaciaux. » Muammar Gaddhafi ne craint aucun pays. Simplement, il connaît l’histoire du continent africain. Il sait quels sont les pays européens qui, lors de la colonisation, ont tracé des chemins de sang dans les différents pays africains et l’indépendance très relative de certains d’entre eux… Il sait que l’histoire sanglante de la colonisation peut recommencer.

     
Ahmed Gaddhaf El Dam, conseiller de Muammar Gaddhafi, donne le point de vue libyen : « Il fallait donc améliorer nos relations avec la France. Coûte que coûte. Pour qu’elle ne perturbe pas, par son influence sur certains pays africains, les discussions sur la fondation des États-Unis d’Afrique. C’était notre but et c’est ce qu’on attendait de Sarkozy, à l’époque ministre de l’Intérieur. » Voix off : « L’un des hommes chargés des relations avec la France est le cousin du dictateur, son stratège, son confident. » Le visage d’Ahmed Gaddhaf El Dam apparaît, puis un portrait de Muammar Gaddhafi en tenue militaire sur fond d’un autre visage : celui d’Omar El Mokhtar.
     
Ahmed Gaddhaf El Dam : « Une chose est sûre : il nous a montré le plus grand respect. Il nous a fait l’impression d’un homme honnête qui voulait sincèrement développer nos relations et corriger les erreurs de la France en Afrique. » Voix off : « Le dictateur ne peut qu’apprécier ce ministre qui prône publiquement la rupture avec le président français du moment. Il s’en retourne en France avec le pouvoir à conquérir. Et s’il ne revient pas en Libye, plusieurs de ses proches feront le voyage. Parfois pour parler affaires. Car, après les années d’embargo, le juteux marché libyen suscite des convoitises. »

Françoise Petitdemange


6. DE LA PAIX A LA GUERRE... CONTRE LE PEUPLE LIBYEN

6.
DE LA PAIX À LA GUERRE...
CONTRE LE PEUPLE LIBYEN

1- 5. Des affaires qui changent de mains

 

      Voix off : « Ainsi, l’homme d’affaires Takieddine effectue de nombreux séjours dans les grands hôtels de Tripoli. Il utilise ses relations dans l’entourage du futur président pour emporter des contrats d’armement et évince ainsi des intermédiaires implantés de plus longue date. »
     
Bernard Cheynel feuillette un catalogue de présentation des nouvelles armes : « J’ai mes clients eux-mêmes qui viennent vers moi et qui me disent : “Ziad Takieddine est arrivé avec un courrier à en-tête du ministère de l’Intérieur” - Sarkozy était ministre de l’Intérieur - et, dans le courrier, il y avait marqué : “Je recommande chaudement monsieur Ziad Takieddine, homme de l’industrie, très connu par nos services, un homme remarquable pour les industriels Thalès, Dassault, Snecma.” Allons-y ! Pourquoi pas, Mac Do… (Il rit.) Enfin ! Il y en avait pour tous les goûts et signé : “Monsieur Sarkozy.”. » L’intermédiaire en armements poursuit : « J’ai su après que Sarkozy a été interrogé à l’Élysée. Sarkozy dit : “M’enfin, écoutez, soyons sérieux. Vous avez une copie ?” On lui a répondu : “Eh ben, non, on n’a pas de copie.” “Bon, ben, alors, écoutez, enfin, vous connaissez les Libanais !” C’est ce que j’ai su, ce qu’il leur est répondu : “Vous connaissez les Libanais ! Enfin, bon. Enfin…”. » Cette petite phrase de Nicolas Sarkozy : « Vous avez une copie ? », rapportée par Bernard Cheynel, renvoie à la fin de ce documentaire.
     
À propos du président Sarkozy, Ziad Takieddine précise : « Ce n’est pas lui qui me mandate, hein. Ce n’est pas lui qui me mandate. Par contre, Nicolas Sarkozy a reçu, officiellement, ma désignation comme interlocuteur de la part des Libyens avec lui. » (Large sourire et mouvement d’yeux de Ziad Takieddine qui remet les choses en place.)
     
Voix off : « Le futur président ne sait peut-être pas tout ce qui se trame autour de lui ou en son nom. Mais entre lui et le dictateur, il flotte, dès lors, un fumet affairiste qui ne sera pas sans conséquence à la fin de cette histoire. » De quoi est-il question, ici ? Du financement de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy par la Libye ?

 

Françoise Petitdemange

 

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7. DE LA PAIX A LA GUERRE... CONTRE LE PEUPLE LIBYEN

7.
DE LA PAIX À LA GUERRE...
CONTRE LE PEUPLE LIBYEN

1 - 6. La France des droits de l’homme

 

      « Un an plus tard… » Le candidat à la présidence, Nicolas Sarkozy, fait part de ses ambitions : « Je veux être le président de la France des droits de l’homme parce que je le crois au plus profond de mon cœur. Je ne veux pas, je ne crois pas à ce qu’on appelle « la realpolitik » qui fait renoncer à ses valeurs. Je ne veux être complice d’aucune dictature à travers le monde. »
     
Voix off : « En janvier 2007, celui qui exprimait son respect au dictateur lance sa campagne présidentielle sur un bien autre ton. Gagner une élection vaut bien de se poser en chantre des droits de l’homme. Surtout lorsqu’on est précédé par une réputation de ministre de l’Intérieur à poigne. »

      À propos du candidat Nicolas Sarkozy, en 2007, Rama Yade a son avis  : « C’est l’époque où une certaine gauche intellectuelle s’insurgeait de ses propos et, à un moment donné, on a senti chez lui le besoin aussi de s’adresser à ces intellectuels-là, heu, parce que même s’ils ne sont pas majoritairement du pays [majoritaires dans le pays ?], ils ont une certaine influence. Nicolas Sarkozy était sensible, très sensible à ce que pouvaient penser les Bernard-Henri Lévy, les Glucksmann, les Bruckner… » La politique étrangère de la France, était-elle dictée par des personnes qui, outre qu'elles n'étaient  « pas majoritaires dans le pays », manœuvraient avec quelque officine ?
     
Pour les droits de l’homme, Bernard Kouchner veut bien se faire homme de droite : « Les droits de l’homme, ça ne pouvait pas ne pas me plaire. En plus, il est vrai que Nicolas Sarkozy avait un langage et, dans sa campagne, des thèmes qui étaient très nouveaux par rapport à l’orthodoxie de la droite. »

     
Nicolas Sarkozy persiste et signe lors d’un meeting. “Politique internationale Paris, mercredi 28 février 2007” : « Deuxième grand objectif de la France : promouvoir les libertés et les droits de l’homme sur la scène internationale. » Mais encore… « Je ne me tairai jamais devant ces insultes aux droits de l’homme. » La mort, sur ses ordres, de Muammar Gaddhafi, ne sera-t-elle pas une insulte aux droits de l’homme ? Et enfin… « Eh bien, la France, elle n’est elle-même que quand elle promeut la liberté contre l’oppression. » Qu’en est-il, dorénavant, de l’oppression de tout un peuple - le peuple libyen - suite à la guerre de 2011, lancée par Nicolas Sarkozy président de la république française, contre la Libye, contre le peuple libyen, contre le Guide révolutionnaire Muammar Gaddhafi ?
     
Voix off : « C’est ainsi qu’à l’issue de la campagne, il recrute deux personnalités atypiques qui compteront dans la suite de cette histoire. De Bernard Kouchner, héros de l’humanitaire, il fera son ministre des Affaires étrangères, et il invente une fonction, inédite sous la Cinquième république, celle de secrétaire d’État aux droits de l’homme qu’il confiera à la jeune Rama Yade. »


Françoise Petitdemange

 

8. DE LA PAIX A LA GUERRE... CONTRE LE PEUPLE LIBYEN

 8.
DE LA PAIX À LA GUERRE...
CONTRE LE PEUPLE LIBYEN

1 -7. Une victoire à la Pyrrhus

 

      Voix off : « Salle Gaveau. Un célèbre théâtre parisien. La foule ignore qu’elle va assister au premier acte de la pièce que le nouvel élu s’apprête à jouer avec le dictateur. Après les généreuses paroles du candidat, place aux actes du président. » Le président Sarkozy, à peine élu, déclare : « C’est en Méditerranée que tout va se jouer, qu’il nous faut surmonter toutes les haines, pour laisser la place à un grand rêve de paix et à un grand rêve de civilisation. Le temps est venu de bâtir une Union méditerranéenne qui sera un trait d’union entre l’Europe et l’Afrique. Ce qui a été fait pour l’union de l’Europe, il y a soixante ans, nous allons le faire aujourd’hui pour l’Union de la Méditerranée. » Il n’inventait rien. Lors de son voyage officiel de 1973, à Paris, Muammar Gaddhafi, alors président de la RAL (République Arabe Libyenne), faisait cette déclaration devant une forêt de micros. Avec le président Georges Pompidou… « On a discuté […] du rôle que les deux États doivent jouer dans la Mer Méditerranée pour qu’[elle] soit un pays de lac et de paix ». [Cf. Vidéo, Archives Ina. Kadhafi à Paris, 24 novembre 1973.https://www.youtube.com/watch?v=eg6v-BZeDsk] En réalité, le président Nicolas Sarkozy, qui prônait un « grand rêve de paix », allait transformer celui-ci en haine. Le projet de l’« Union Pour la Méditerranée » ne sera jamais réalisé. Pourquoi ? Eh bien, parce qu’il ne fallait pas perdre de vue l’idée d’une région méditerranéenne comme « trait d’union » entre l’Europe et l’Afrique. Quant au « grand rêve de civilisation », Nicolas Sarkozy oubliait que l’Afrique a été civilisée avant la France…

     
Voix off : « Réunir tous les pays riverains de la Méditerranée au sein d’une union politique : telle est sa spectaculaire et surprenante promesse. Tout juste élu, et, déjà, il aspire à un coup de maître qui prouverait à tous qu’il est ce grand président pareil à nul autre qu’il promettait d’être. » Mais ce projet de départ ne fut effectivement qu’« une promesse » ! Voix off : « Pour réussir son pari, il a besoin du soutien d’un État d’Afrique du Nord, incontournable autant que peu coopératif dirigé par un peu commode dictateur. Le nouveau président a de bonnes raisons de penser qu’il trouvera en lui un allié. » Quelles « bonnes raisons » ? Serait-ce parce que la Libye a décidé de financer la campagne du candidat Sarkozy ?

Françoise Petitdemange


9. DE LA PAIX A LA GUERRE... CONTRE LE PEUPLE LIBYEN

9.
DE LA PAIX À LA GUERRE...
CONTRE LE PEUPLE LIBYEN


1 - 8. Le peuple libyen, avait-il contribué à la victoire ?


      Voix off : « Le 28 mai 2007, l’un des tout premiers dirigeants du monde à qui le président français, tout juste élu, téléphonait longuement était le chef d’un petit pays d’Afrique du Nord. »
Outre que Muammar Gaddhafi n'était pas « le chef », mais le Guide révolutionnaire, qu’est-ce qu’« un petit pays » ? Sur le plan géographique… la Libye a une superficie égale à plus de deux fois et demie la France. Autrement dit… Ce « petit pays » a une superficie qui équivaut à la superficie d’une petite Europe, même s’il est alors peuplé de six ou sept millions d’habitant(e)s.

      Muammar Gaddhafi : « Monsieur Sarkozy, je vous félicite pour votre élection. Vous méritez la confiance du peuple français. » Sans doute, Nicolas Sarkozy, sait-il s’il doit quelque chose à la Libye. En tout cas, il n’est pas question de « dictateur » : « Monsieur Kadhafi, je suis enchanté de vous parler. Je n’ai pas oublié notre rencontre. Je garde un excellent souvenir de la qualité de vos analyses. Vous méritez amplement votre titre de Guide. » Nicolas Sarkozy dit : « votre titre de Guide ». Muammar Gaddhafi, confiant : « Je suis rassuré d’avoir, avec vous, un ami en Europe. Je vous sais ambitieux et volontaire. Nous ferons beaucoup de choses entre nos deux pays. » Voici, en tout cas, un Nicolas Sarkozy très affable : « Oui, monsieur le Guide. J’espère vous recevoir en France ou me rendre en Libye. » Et, pour finir… « Je vous exprime mes respects et mon amitié, monsieur le Guide. »

 

Françoise Petitdemange

 

10. DE LA PAIX A LA GUERRE... CONTRE LE PEUPLE LIBYEN

10.
DE LA
PAIX À LA GUERRE...
CONTRE LE PEUPLE LIBYEN

2 - 9. L’« affaire des infirmières bulgares »

 

      « Juillet 2007. » Voix off : « En ce début de quinquennat, tous les chemins le mènent en Libye. Il s’attelle sans tarder à son Union pour la Méditerranée, s’efforçant de convaincre les chefs d’État de la région d’y adhérer. Il a aussi en tête les grands contrats qu’il pourrait obtenir de la riche Libye. Lui qui a promis de ramener milliards et emplois aux entreprises françaises. Et puis, cerise sur le gâteau : il saisit l’opportunité de réaliser un bon coup de communication qui contribuerait à sa gloire. » Des images montrent les infirmières bulgares et le “médecin palestinien” derrière des barreaux. Deux des infirmières sont bien maquillées et bien habillé(e)s. Elles et leurs consœurs, ainsi que le « médecin palestinien » - en réalité, il était étudiant en médecine, dans sa dernière année d’internat - ne paraissent pas très marqué(e)s - ni sur leurs visages, ni dans leurs corps - par les nombreuses tortures de toutes sortes qu’il-elles auraient subies, qui ont été décrites, avec force de détails, dans certains livres, et qui, si elles avaient été subies, ne les auraient pas laissé(e)s vivant(e)s.

     
Voix off : « À Tripoli, en effet, l’imprévisible Guide libyen a suscité un nouvel obstacle dans ses relations avec l’Occident. Il détient cinq infirmières bulgares dont le calvaire émeut l’opinion internationale. Injustement accusées d’avoir inoculé le virus du sida à des enfants, torturées, elles viennent d’être condamnées à mort. » « Il détient »… Muammar Gaddhafi ne détient pas ces infirmières, pas plus que l’étudiant en médecine, né en Égypte en 1969 et vivant en Libye depuis 1972, dont il est permis de se demander pourquoi il a été présenté partout comme un « médecin palestinien ». Ce personnel médical étant soupçonné de faits très graves puisque des enfants meurent du sida, une enquête s’est avérée nécessaire. Dans la Libye révolutionnaire, ce n’est pas la loi de la jungle ou la loi de l’arbitraire : il y a une justice populaire avec des tribunaux… La commentatrice va un peu vite en affirmant que les infirmières étaient « injustement accusées »… d’autant qu’elles et le prétendu médecin palestinien manifestaient un comportement plus qu’étrange. L’étudiant en médecine et certaines infirmières se livraient à d’importants transferts d’argent, qui n’avaient rien à voir avec le montant de leurs rémunérations : d’où venait cet afflux d’argent ? contre quels services rendus, à qui ou à quel pays ? Il-elles détenaient de l’alcool ostensiblement. Bref, il-elles contrevenaient aux lois civiles et bafouaient les lois religieuses de la Libye (pays d’accueil pour les infirmières bulgares). L’affaire étant extrêmement grave, les juges libyens prennent leur temps pour statuer sur le sort de ce personnel hospitalier : « Nous déférerons l’affaire devant la cour d’assise,[à Benghazi]. » À noter le « nous »… (Les mots entre crochets n’ont pas été traduits dans le documentaire.)

     
Voix off : « Depuis des mois, l’Union européenne négocie leur libération avec le dictateur. » Voix off : « En ce mois de juillet 2007, la commissaire aux relations extérieures est sur le point de réussir. » Benita Ferrero-Waldner (commissaire européenne) : « Dans une journée, parce qu’ils changeaient toujours tout, on a négocié ça. Et c’était prêt à signer. Et là, nous voulions signer. Et tout à coup, les Libyens, ils avaient coupé tout. Et ils voulaient savoir : « Oui, on n’est pas sûrs. ». » La commissaire européenne a l’honnêteté de dire : « les Libyens » et non Muammar Gaddhafi. Les Libyens avaient différentes raisons de se méfier… Ils venaient de sortir d’un long embargo et, maintenant, leurs enfants mouraient à l’hôpital… à Benghazi, là où il y avait des opposants à la démocratie directe. « Nous avons fait le travail. On ne savait pas que Sarkozy négociait derrière. »
     
Voix off : « Car à l’Élysée, dans la plus grande discrétion, entouré de sa seule garde rapprochée, Jean-David lévitte, son conseiller diplomatique, Henri Guaino et l’indispensable Claude Guéant, le président joue en personne les négociateurs. » Donc, à quoi servait la commission européenne ? L’ambassadeur de France en Libye, Jean-Luc Sibiude, donne quelques détails : « On me passait un coup de téléphone. Le président Sarkozy voudrait parler à Kadhafi. Dis-nous où se trouve Kadhafi, à deux heures de l’après-midi ou à cinq heures de l’après-midi. Et c’est comme ça que les choses se passaient. Et ça, j’ai eu au moins quatre ou cinq coups de téléphone » Henri Guaino (conseiller de Nicolas Sarkozy) : « Pour les sauver, eh bien, il fallait aussi accepter en contrepartie, d’abord, de discuter avec le colonel Kadhafi. »

     
L’ambassadeur, lui, connaît le Guide libyen un peu mieux que ses compatriotes de la politique : « Ça a beaucoup joué ça, enfin, parce que Kadhafi se sentait considéré. Quand vous recevez un coup de téléphone, quand vous recevez un message écrit, c’est une chose… mais qu’ensuite, vous voyez trois ou quinze jours après, nouvel appel, etc., à trois-quatre reprises, ça marque. Surtout avec ces pays-là qui, quand même, sont des pays où la relation humaine est fondamentale. »
     
Voix off : « Pour devenir le libérateur des innocentes infirmières, le président est prêt à offrir beaucoup. Il sait que le dictateur rêve d’effectuer une prestigieuse visite officielle en Occident pour marquer son retour sur la scène internationale. » Les infirmières bulgares et le “médecin palestinien”, ou plutôt l’interne égypto-libyen, devenu bulgare, ont été libéré(e)s mais leur innocence reste à prouver… Car ces membres du personnel médical n’ont pas eu un comportement très clair dans cette histoire. Le conseiller, Henri Guaino : « C’est en échange du sauvetage des infirmières bulgares qu’a été fait la promesse de recevoir le colonel Kadhafi en visite d’État, en visite d’État à Paris. » Vraiment ? Mais n’y a-t-il pas eu autre chose ?

     
Voix off : « Le président accède à un autre désir cher au dictateur : affligé d’avoir dû renoncer à l’arme nucléaire, le Libyen veut posséder au moins une centrale nucléaire, symbole de puissance. Depuis des mois, il sollicite les autorités françaises jusqu’à présent circonspectes face aux caprices d’un dictateur réputé incontrôlable. » Ces propos sont inexacts : le peuple libyen avec le Guide - et non le Guide révolutionnaire tout seul - ont renoncé à l’arme nucléaire comme aux armes chimiques parce qu’ils considéraient qu’il fallait œuvrer en faveur de la paix et, donc, payer d’exemple, en renonçant à cette arme. Jusqu’ici, en la matière… le « dictateur incontrôlable » a plutôt été chaque dirigeant des États-Unis, en partant - pour ne pas remonter trop loin dans le temps - de celui qui a donné, en 1945, l’ordre de larguer les deux bombes atomiques sur Hiroshima et Nagasaki, au Japon, pour arriver à celui qui a imposé un embargo à l’Irak : « pétrole contre nourriture », détruit le pays, massacré le peuple, fait mourir des enfants de faim et de maladies, pour avoir la peau de Saddam Hussein… Quant à la centrale nucléaire, le peuple libyen, n’avait-il pas le droit d’en avoir une, ne serait-ce qu’à des fins civiles ? Le peuple libyen, n’avait-il pas le droit de développer son pays ?
     
L’ambassadeur, Jean-Luc Sibiude, fait cette remarque : « Il y avait des gens qui étaient très, tout à fait opposés à s’aventurer, ou à s’engager - ce n’est pas une aventure - , à s’engager dans cette voie, même à pas comptés. Mais, là-dessus, le président de la république a arbitré parce que, là, à chaque reprise, dans les entretiens auxquels j’avais, auxquels j’ai assisté, le président, à plusieurs reprises, le président Kadhafi, ça lui tenait à cœur, ce point-là. » Un petit problème tout de même : le président Sarkozy, étant partie prenante dans cette affaire, ne pouvait guère arbitrer… À noter que ni Zohra Mansour, ni le cousin Ahmed Gaddhaf El Dam ne parlent de Muammar Gaddhafi comme d’un « président ».

     
Le conseiller du président Sarkozy, Henri Guaino, qui a rencontré le Guide libyen, en reste tout ébaubi : « C’était un personnage extrêmement intelligent, très manœuvrier, un homme de pouvoir très très efficace. Il a, heu, tiré tout le parti qu’il pouvait tirer de cette négociation. » L’ambassadeur, Jean-Luc Sibiude, lui, ne montre pas des Libyens particulièrement profiteurs : « Ils n’ont pas cherché à obtenir davantage. Non, les seuls, c’est, c’est l’accord de défense qui a fait un tout petit peu, un petit peu problème et, heu, parce que les Libyens voulaient une sorte de clause de défense, en disant que, en gros, s’ils étaient attaqués, la France devait venir à leur secours. Vous pensez bien qu’il n’en était pas question, de ça. Et je sais que mon homologue libyen m’a dit : « Je n’ai pas pu obtenir… » Et moi j’avais dit : « Ah non ! mais ça, c’est exclu, hein, il ne faut pas chercher. Je lui ai dit : « Tu… Ça ne passera jamais. » À noter que l’ambassadeur de France en Libye ne dit pas « Kadhafi », mais « Ils », « Les Libyens », « mon homologue libyen ». Par ailleurs, si « les Libyens voulaient une sorte de clause de défense », n’était-ce pas parce qu’après le carnage occidental en Irak, ils se savaient menacés ?

     
Voix off : « Le dictateur a obtenu presque tout ce qu’il pouvait espérer. Dans la nuit du 22 juillet 2007, le deal est scellé. » Voix off : « Quarante-huit heures plus tard, en Bulgarie, un avion de la « République Française » rend la liberté aux malheureuses. Des dizaines de journalistes sont venus retransmettre ce succès présidentiel. Ils découvrent alors qu’il comporte un inattendu volet conjugal. » Sans doute un journaliste : « Madame Sarkozy ! » Voix off : « Pour aller chercher les infirmières en Libye, le président s’est fait représenter par sa femme, Cécilia. Un geste envers le dictateur et, peut-être, même, plus que cela. » Mme Sarkozy apparaît accompagnée de Claude Guéant.
     
L’avis des femmes est, en Libye révolutionnaire, plus respecté qu’en Occident capitaliste. Dès après la Révolution du 1er Septembre 1969, les Libyennes ont pris une part active à la vie politique, économique et militaire de leur pays. Les Françaises bourgeoises sont à la traîne ; singeant les hommes, elles sont considérées, par les hommes politiques, comme celles qui veulent prendre leurs places ; quant aux Françaises de condition modeste, pas plus que les Français de même condition, même si elles-s’ils ont des capacités, elles-ils n’ont quasiment aucune possibilité d’accéder à des fonctions politiques de haut niveau : c'est la démocratie du “méritofric”. Ahmed Gaddhaf El Dam souligne la sensibilité des Arabes à ce que “femme veut” : « Et puis, on est des Arabes, vous savez. Il a envoyé sa femme à Tripoli. Ça compte. Il nous était difficile de refuser la demande d’une femme sur un sujet comme celui-là. »

     
La commissaire européenne, Benita Ferrero-Waldner, soulève un coin du voile et découvre que, décidément, les enjeux privés se dissimulent quelque peu derrière les intérêts publics : « Je crois, pour lui, c’était important, aussi, pour montrer à Cécilia que elle pouvait jouer un grand rôle si elle restait. Ça était un peu ce que j’ai compris quand elle était avec moi dans l’avion. » Bruno Jeudy (journaliste au Figaro) confirme les impressions de la commissaire : « Il espère, à travers l’affaire libyenne, qu’elle va trouver sa place et que, comme ça a marché, il imagine qu’il va pouvoir la garder, heu, la garder comme ça. » Voix off : « Baroque exercice du pouvoir où diplomatie et vie privée se mêlent. » Le président Nicolas Sarkozy arrive dans la salle, où est rassemblée la presse ; il paraît chercher quelqu’un, se retourne, trouve Bernard Kouchner qui se tient juste derrière lui, et s’exclame : « Tiens !... Ouais. » Bernard Kouchner se range à sa gauche, François Fillon et Rama Yade, à sa droite. Le président déclare tout de go : « Bon, mesdames et messieurs, je vous remercie d’avoir répondu à notre invitation dans des délais aussi brefs. je voulais vous dire quelle était notre joie devant la fin de ce long calvaire qui a frappé cinq femmes puis vous comprendrez que je dise également que Cécilia a fait un travail tout à fait remarquable, que, pour être une phrase courte, elle n’en est pas moins très sincère. »

     
Voix off : « Deux mois seulement après son arrivée au pouvoir, le dictateur lui offre cette victoire diplomatique éclatante, de surcroît, parée de bons sentiments de toutes sortes, et ce ne sont pas les interrogations de la presse qui vont gâcher ce moment. » Une Journaliste ose la question qui peut fâcher : « On sait bien que rien ne se fait avec le colonel Kadhafi sans compensation. » Comme si de pareilles tractations entre d’autres chefs d’États se faisaient purement gratuitement … Le président Sarkozy : « Bon ! Si vous me posez la question : la France, a-t-elle versé un euro, ma réponse, c’est « non ! ». » Nicolas Sarkozy dit vrai : c’est monsieur Qatar qui a payé pour la France. (Cf. Les témoignages de certains négociateurs…) « De quoi s’agissait-il ? Il s’agissait d’arracher cinq malheureuses femmes à un sort bien peu enviable. Il y avait un problème à résoudre, on l’a résolu. Point ! »
     
À propos de la solution apportée à ce qui a été appelé « L’affaire des infirmières bulgares et du médecin palestinien », Ahmed Gaddhaf El Dam s’exprime en ces termes : « Pour servir nos intérêts dans notre projet africain, nous avions décidé de soutenir Nicolas Sarkozy dans cette affaire. Par tous les moyens ! En l’occurrence, nous voulions lui donner une carte à jouer. » À noter que Ahmed Gaddhaf El Dam dit « nous » et non « le colonel Gaddhafi ». À noter aussi cette expression : « Par tous les moyens ! » Voix off : « Cette carte, le président va venir la jouer en Libye. Dès le lendemain. »

 

Pour plus d’informations sur ce qui a été appelé « L’affaire des infirmières bulgares », se reporter au blog de Michel J. Cuny
http://kadhafi.canalblog.com/
Cf. Fin du texte, n° 39


 
Françoise Petitdemange


25 avril 2015

11. DE LA PAIX A LA GUERRE... CONTRE LE PEUPLE LIBYEN

11.
DE LA PAIX À LA GUERRE...
CONTRE LE PEUPLE LIBYEN
 

3 - 10. Voyage du président Sarkozy en Libye

 

      « 25 juillet 2007. » Voix off : « Deux ans après son premier séjour, le président est de retour à Tripoli. L’ambassadeur méritant et le chef du protocole libyen l’attendent au bas du tapis rouge. Il est accueilli en grande pompe et en terrain connu. » L’accueil libyen est cordial : « Bienvenue, soyez le bienvenu dans notre pays. » Le président français, Nicolas Sarkozy, répond : « Merci. » Puis le groupe marche sur le tapis rouge mis en place pour la circonstance.
      Voix off : « La libération des infirmières est, pour le président des droits de l’homme, un paravent commode. Qui s’offusquerait, en effet, de cette escale à Tripoli aux lendemains d’une si émouvante libération ? Il peut passer en toute quiétude aux choses sérieuses avec le dictateur. »
     
L’ambassadeur de France en Libye, Jean-Luc Sibiude, s’en pourlèche encore les babines… « Autant la première visite avait été un peu fade, discrète, je ne vais peut-être pas, enfin… Autant, là, ça a été la fiesta. Voilà ! »

      L’armée du peuple effectue la parade militaire devant le bâtiment bombardé en 1986 par les États-Unis et la Grande-Bretagne. Muammar Gaddhafi sort d’une voiture. Voix off : « Dans le jardin de sa caserne, au pied d’un bâtiment laissé en l’état depuis le bombardement américain de 1986, c’est un dictateur en tenue d’apparat qui accueille le président et son importante délégation. Parmi elle, se trouve la jeune secrétaire d’État aux droits de l’homme, Rama Yade. » Le président Sarkozy est accompagné d’une « importante délégation ». En décembre 2007, les journalistes français critiqueraient le séjour de Muammar Gaddhafi qui, à Paris, serait accompagné d’une « importante délégation ».

     
Voici comment Rama Yade racontera la scène, comme pour rester fidèle à sa réputation de prétendue rebelle : « Arrivé à moi, il me serre la main. » L'image prise sur le vif, et insérée dans le documentaire, la montre à côté de Bernard Kouchner, et Nicolas Sarkozy tend la main vers elle pour la présenter. Quoi qu’elle dise, elle est toute souriante quand elle serre la main à Muammar Gaddhafi. « Et, heu…  et je lui serre la main, heu et heu… il me, enfin, il était d’ailleurs étrange, c’est, c’est, c’est… On n’aurait pas dit un président. » Effectivement. D'ailleurs... ce n’était plus un président depuis des décennies ! « Parce que il était habillé tout, un costume blanc avec, sur la poitrine, une carte de l’Afrique en plastique - voyez - noir, et puis heu des lunettes de soleil et puis ses cheveux tout mouillés ou ou huileux je sais pas trop et heu et puis donc heu il se pensait le représentant de l’Afrique. Moi, étant d’origine africaine, donc il a dû penser que on devait avoir une complicité particulière, et donc il me dit : « Mais comment, à trente ans, vous êtes ministre », et moi heu, du tac au tac, je lui réponds : « Mais vous, à vingt-sept ans, vous aviez bien fait un coup d’État. » Et, là, je vois le regard du président Sarkozy qui part dans tous les sens, et puis, lui, ça le fait rire manifestement. » Sur cette répartie de Rama Yade, en fait, Nicolas Sarkozy et l’interprète rient tout autant que Muammar Gaddhafi. Mais, manifestement, Rama Yade règle des comptes. Avec ses descriptions portant sur des détails de la personne de Muammar Gaddhafi, elle est à la limite de la xénophobie : les « cheveux huileux » font partie des vieux clichés d’une certaine époque… La jeune secrétaire d’État se prend pour une révoltée mais elle a beaucoup à apprendre : un coup d’État révolutionnaire, mené, sans effusion de sang, par des militaires et des civils qui mettront en place, très rapidement, des structures politiques et économiques horizontales et qui transmettront directement, huit ans plus tard, le pouvoir au peuple, ne peut se confondre avec un coup d’État réactionnaire, sanglant, mené par des militaires pour accaparer le pouvoir et opprimer le peuple, comme l’ont fait Francisco Franco ou Augusto Pinochet, soutenus par les dirigeants occidentaux.

    
Voix off : « L’heure est à l’idylle. Surtout lorsque vient la signature d’une dizaine d’accords de coopération. »
    
Bernard Kouchner et Abdel Rahman Shalgham en sont à signer des actes. Ils rient tous les deux. C’est rare de voir Bernard Kouchner rire… Abdel Rahman Shalgham dit : « Et, je signe, moi. » Bernard Kouchner, en riant : « Oui, mais, alors, vous avez (sali ?) l’acte. » Bernard Kouchner s’exclamant : « Il y a je ne sais pas combien de documents. Mais, qu’est-ce qu’on signe comme accords ! Oh, je ne m’en plains pas ! » La diplomate libyenne, Zohra Mansour, rapportant les propos de Muammar Gaddhafi, montrera à quel point la Libye faisait confiance à la France : « Auparavant, c’est moi qui avais été chargée de rédiger ces accords. Le Guide m’a dit, textuellement : « Zohra, s’agissant de la France, il ne faut pas t’inquiéter. Sarkozy est notre ami. Tout va bien pour nous. ». »

    
Voix off : « L’accord sur la défense, en particulier, a de quoi réjouir le dictateur. La France entraînera ses forces spéciales et lui fournira les armes les plus modernes. À la suite de ce rapprochement, les Français lui vendront même un système de surveillance d’Internet qu’il utilisera pour traquer ses opposants. » Ce n’est qu'un procès d’intention… Voix off : « Ceux-ci, il est vrai, pèsent à l’époque fort peu dans la balance. » Les deux signataires se lèvent et se serrent la main tandis que le groupe applaudit. Muammar Gaddhafi invite Bernard Kouchner à toucher la carte de l’Afrique qu’il porte sur sa veste ; ce que fait Bernard Kouchner avec plaisir.
    
Les contrats sur l’armement ? Henri Guaino a la réponse : « Quand vous faites des contrats de ventes d’armes, vous imaginez bien que le gouvernement peut effectivement les utiliser d’une autre manière que pour préserver l’indépendance, l’indépendance nationale. Bon ! Voilà. Mais faut-il donc ne plus vendre d’armes à quiconque ? Mais faut-il donc ne plus vendre d’armes à quiconque ? Vous trouverez toujours quelqu’un pour leur vendre des armes. Et, heu, voyez, là encore, c’est la difficulté, difficulté morale de tout cela. Mais le monde est comme il est. » Trois ans plus tard, le président Nicolas Sarkozy fera voter une résolution à l’ONU (Organisation des Nations Unies) qui interdira à tout avion libyen de décoller ; il sera ainsi plus facile de détruire les avions au sol et tout le dispositif de défense, empêchant ainsi le peuple libyen de préserver l’« indépendance nationale » si chère à monsieur Guaino.

    
Tandis que retentit « La Marseillaise », les deux hommes sont au garde-à-vous. Le président Nicolas Sarkozy grimace sous le soleil libyen : manifestement, il est en difficulté. C’est le moment, ici, de se souvenir de la description, sous forme d’une critique, faite plus haut par Rama Yade, à l’encontre de Muammar Gaddhafi : « et puis heu des lunettes de soleil ». Muammar Gaddhafi, lui, s’il porte des lunettes, c’est pour protéger ses yeux des rayons qu’il sait implacables. Beaucoup plus grave… Au fond de l’image, se trouve le « Monument de la souffrance du peuple libyen » qui a été érigé à la mémoire des victimes des bombardements britanniques et états-uniens, d’avril 1986, effectués en guise de représailles contre des actes terroristes attribués à la Libye dont la culpabilité n’a jamais été prouvée. Muammar Gaddhafi invite Nicolas Sarkozy à avancer. Après la signature des accords…
    
Voix off : « Pour le président, ces accords sont de moindre importance à côté du dossier qu’il a prévu d’évoquer dans quelques minutes avec le dictateur : sa chère Union pour la Méditerranée. Après deux mois de présidence, elle semble à portée de main. Il a besoin toutefois du soutien déterminant de son hôte. »
    
Muammar Gaddhafi et Nicolas Sarkozy se dirigent vers la tente. La modeste tente où sont installé(e)s, à une table portant deux plateaux de mets de réception, la dame interprète, Nicolas Sarkozy et, invisible de suite, Muammar Gaddhafi. Claude Guéant s’étire de tout son long, avec une indescriptible impolitesse, par-dessus l’un des plateaux et en faisant fi de l’interprète, pour chuchoter quelque chose en direction de Nicolas Sarkozy. Muammar Gaddhafi demande, par un petit signe, à des personnes restées à l’extérieur, de parler moins fort, sans doute des journalistes.

    
Jean-David Lévitte, conseiller diplomatique de Nicolas Sarkozy, en est resté aux vieux clichés : « C’était un axe majeur de sa politique étrangère. Lui arrivait avec un esprit cartésien et une discussion structurée en tête. En face, l’interlocuteur n’était pas dans les mêmes dispositions intellectuelles, disons. » Bernard Kouchner, ministre des Affaires étrangères, tente d’oublier sa déconfiture du moment… « J’ai le souvenir d’une scène de théâtre, de de d’une d’une incommunication flagrante, d’une comédie jouée par Mouammar Kadhafi. » Voix off : « Avec tout l’enthousiasme dont il est capable, le président expose sa vision géopolitique au maître des lieux à qui il offre de le rallier. » Bernard Kouchner : « C’était un sphynx. Il répondait pas. Ou il disait trois-quatre mots en arabe. Sans rapport du tout avec la discussion qu’on voulait avoir avec lui. Il y avait des éclairages sur ce qu’on pouvait lui vendre. En général, c’était je sais pas quoi, des armes anti-chars ou je ne sais pas quoi. Et nous, nous ne savions pas. Il fallait qu’on prenne des conseils. » Voix off : « Le dictateur élude. Bernard Kouchner recentre la discussion avec un peu d’insistance. » Jean-Luc Sibiude (ambassadeur de France en Libye) évoque ce moment particulier : « Le président l’a repris en disant pratiquement, disant à Kadhafi : “N’écoutez pas ce que dit mon ministre des Affaires étrangères.” Non, Sarkozy voulait une visite qui se passe bien. Bon ! Il disait : “Je suis là pour faire plaisir à mon hôte qui m’a fait, donc, heu, autant ne pas lui compliquer, ne pas évoquer les choses dans le détail.” En gros, le président a dit : “On verra, on vous précisera les choses, les grandes lignes, tout ça.”. »
    
Voix off : « Lorsqu’il quitte la tente, le président ne doute pas de gagner son hôte à sa cause. Le dictateur, lui, masque sa déception. Il escomptait un président acquis à ses rêves africains. Il reçoit un ambitieux qui lui demande de se rallier à un projet concurrent. » Ahmed Gaddhaf  El Dam, quant à lui, explique le point de vue, non de Muammar Gaddhafi, mais du « nous » libyen : « Nous, nous pensions que Sarkozy avait pris en compte le projet que nous avions impulsé en Afrique. Et, là, nous constatons qu’il cherche juste à se donner un rôle historique, qu’il veut être le chef. »

    
Jean-David Lévitte : « Kadhafi, il a toujours eu cette ambition un peu fantasque, mais enfin, de rassembler l’Afrique ou, en tout cas, une partie de l’Afrique, et il a essayé d’atteindre cet objectif, plus par l’ingérence que par la coopération. Donc, notre message, assez évident, était de lui dire : « Puisque vous avez renoncé au terrorisme et aux armes de destruction massive, renoncez aussi à l’ingérence, à la déstabilisation de vos voisins. ». » En quoi l’idée de « rassembler l’Afrique », à travers les chefs des États et les peuples, était-elle plus « fantasque » que l’idée d’États-Unis d’Amérique (au XVIIIème siècle), d’Union Européenne (au XXème siècle) ?
     
L’Union Européenne, n’était-elle pas un projet, sinon « fantasque », du moins anti-démocratique, manigancé en dehors des peuples ? Le vote des peuples - et notamment du peuple français - “pour ou contre le traité constitutionnel européen”, n’a-t-il pas été… bafoué, nié ? Contrairement à la réalisation de l’Union Européenne, la création des États-Unis d’Afrique était le fait, non seulement de la Libye mais aussi des autres États africains. L’OUA (Organisation de l’Unité Africaine), moribonde, a transmis le flambeau à l’UA (Union Africaine) : tous les États africains étaient invités (et non une partie de l’Afrique) ; il y avait des Sommets africains, d’année en année, pour mettre en place la Constitution avec « les droits de l’homme et des peuples » et les Institutions préparant la création des États-Unis d’Afrique. Contrairement à ce que prétend Jean-David Lévitte, l’Union Africaine, qui devait ouvrir sur les États-Unis d’Afrique, était un projet commun aux États et aux peuples africains ; certainement pas une « ingérence » de Muammar Gaddhafi ! Dans le cadre de la construction des États-Unis d’Afrique, en quoi une « ingérence » ou une « déstabilisation » de Muammar Gaddhafi, aurait-elle été bénéfique ?
      En 2010-2011, quel chef d’État a fait de « l'ingérence » dans les pays africains et par rapport aux peuples africains : Côte d’Ivoire, Tunisie, Égypte, Libye… ? Sinon le président français Nicolas Sarkozy, toute sa clique gouvernementale, et quelques pseudo-intellectuels qui n’avaient à se mêler ni des affaires politiques de la France, ni des affaires politiques de la Libye. C’est la volonté d’une grande partie du continent africain qui allait être bafouée, en 2011, par les puissances occidentales qui n’ont jamais pu renoncer à leurs colonies et donc à l’emprise qu’elles exerçaient sur les pays africains pour mieux voler les richesses du continent qu’elles continuent à voir comme une caverne d’Ali Baba, qui leur appartient nécessairement, puisqu'ils en sont les quarante voleurs.

    
Voix off : « Trop sûr de lui, le président mésestime les ambitions du roi des rois d’Afrique. Bref ! L’entrevue se révèle un jeu de dupes. Chacun se méprenant sur les intentions de l’autre. » Cette dame, sait-elle ce qu’elle dit, dans le commentaire ? Sait-elle ce qu’est ce titre, non pas que Muammar Gaddhafi s’est donné lui-même, mais que lui ont donné les chefs des autres États africains ? Voix off : « De retour vers la France, il reste à l’hyper-président, comme on commence à le surnommer, à honorer une promesse : la visite officielle qu’il a offerte au dictateur. Il convient qu’elle renforce son entente avec lui et parachève sa grande offensive diplomatique de début de mandat. »

 

Françoise Petitdemange


12. DE LA PAIX A LA GUERRE... CONTRE LE PEUPLE LIBYEN

12.
DE LA PAIX À LA GUERRE...
CONTRE LE PEUPLE LIBYEN


4 - 11. Muammar Gaddhafi
et la délégation libyenne en France

 

      Vue sur une vaste salle avec des sièges occupés, disposés en cercle : EU Africa Summit. Nicolas Sarkozy et Bernard Kouchner sont présents. Voix off : « Cinq mois plus tard, en décembre. La femme du président est finalement partie. Le dictateur arrive. La veille de sa venue, les deux hommes se croisent à Lisbonne dans le cadre d’un sommet international. » Muammar Gaddhafi, vêtu de son habit traditionnel brun, et la tête couverte de sa chéchia noire, apparaît et serre la main d’un dirigeant africain. Puis, Nicolas Sarkozy s’avance vers le Guide, déjà installé, et lui serre la main : « Bonjour Monsieur Kadhafi. Je suis très heureux de vous recevoir en visite à Paris. » Un militaire s’approche du Guide pour lui faire la traduction ; celui-ci sourit sans répondre.
     
Voix off : « Mais le président va recevoir un dictateur resté fidèle à lui-même. Il vient de faire scandale en déclarant à un journal portugais » : « Il est normal que les faibles aient recours au terrorisme. » Lors de ce sommet de Lisbonne, 8 décembre 2007, Nicolas Sarkozy se montre très conciliant : « Permettez-moi de dire qu’il y a moins de problème à recevoir le président Kadhafi dont les services collaborent avec les services occidentaux dans la lutte contre le terrorisme, dont les infirmières ont été libérées dans un avion de la « République Française ». Pour le reste, il a sa personnalité, son tempérament ; c’est pas moi qui vais les juger. »

     
« 10 décembre 2007. » Voix off : « Au petit matin, ce lundi, on déroule le tapis rouge, par rouleaux entiers. Dans la cour d’honneur de l’Élysée, et en face, dans les jardins d’une annexe du Palais. Première dans les annales du protocole, on y a dressé une vaste tente bédouine. » Ahmed Gaddhaf  El Dam (conseiller de Muammar Gaddhafi) : « Oh, ils ont accepté toutes nos demandes. Le message de Gaddhafi pour sa première visite en Occident, après une longue période de rupture, c’était… « Ce n’est pas parce que je me rends en Europe que je change. ». » Voilà qui rappelle une fidélité du Guide révolutionnaire à ses convictions.

Françoise Petitdemange

 

13. DE LA PAIX A LA GUERRE... CONTRE LE PEUPLE LIBYEN

13.
DE LA PAIX À LA GUERRE...
CONTRE LE PEUPLE LIBYEN

 

4 - 12. Des déclarations insultantes…
à l’égard d’un invité

 

      Voix off : « Mais voilà qu’un grain de sable vient gripper le bel ordonnancement. Personne à l’Élysée ne s’est aperçu que le dictateur arrive à une date un peu particulière : « La journée internationale des droits de l’homme ». Or, le président a justement nommé une secrétaire d’État chargée de ce sujet-là. » Rama Yade : « J’ai essayé de demander un changement de date parce que le 10 décembre était symbolique. Y avait pas d’argumentaire. C’est, c’est, c’est comme ça. C’est comme ça. Et puis, heu, c’est décidé, c’est calé, heu, je n’avais pas à me mêler, heu, de la, du domaine réservé du président. »
     
« Paris. Décembre 2007. » Problème de dernière minute… Voix off : « Alors, à l’heure du laitier, ce lundi matin, la jeune secrétaire d’État frappe un grand coup. À un journal, elle lance : « La France n’est pas un paillasson sur lequel un dirigeant [terroriste ou pas] peut venir s’essuyer les pieds [du sang] de ses forfaits », avant de rééditer à la radio… » Certains mots, maintes fois répétés à l’époque, ont été retirés du commentaire de ce documentaire : ils sont notés entre crochets. Voix de Rama Yade : « Personnellement, je me retrouve avec une journée des droits de l’homme sur les bras et Kadhafi sur le tarmac d’Orly. Donc, pour moi, c’est un problème. » Appelée à l’Élysée pour rendre des comptes, l’ex-secrétaire d’État aux droits de l’homme racontera plus tard : « Au retour de la radio, vers 9 heures-9 heures et demie, le président de la république m’appelle, en me disant de venir le voir à l’Élysée. Et il était silencieux, me tournant le dos, face à la fenêtre et le silence dure très longtemps. Puis arrivent les deux conseillers, là, Lévitte, messieurs Lévitte et Guéant, qui donc me sermonnent lourdement : « Vous vous rendez compte, son avion est dans le ciel français. Il veut pas atterrir. » Heu, bon, je lui dis : “Écoutez, ben, qu’il rentre chez lui.” Bon, après il me dit : « Ce n’est pas le moment de plaisanter. » Donc, j’ai arrêté de plaisanter et j’ai dit : « Effectivement, c’est très sérieux. » Et, heu, Nicolas Sarkozy les arrête et puis, heu, leur demande de me, ben, de préparer la suite avec moi, à savoir : « Qu’est-ce que je dis, maintenant. » Bon, ils m’ont envoyée sur Europe 1, heu, j’ai essayé de tourner autour du pot. Voilà. » Rama Yade, sans trop s’en rendre compte, donne, ici, la clef des embrouilles : « préparer la suite », « Qu’est-ce que je dis, maintenant. » « j’ai essayé de tourner autour du pot »… Voilà comment les citoyens et citoyennes de France sont… informé(e)s !

 

Françoise Petitdemange


26 avril 2015

14. DE LA PAIX A LA GUERRE... CONTRE LE PEUPLE LIBYEN

14.
DE LA PAIX À LA GUERRE...

CONTRE LE PEUPLE LIBYEN

4 - 13. Le Guide révolutionnaire fait honneur à Paris

 
     
L’avion « Afriqiyah » roule sur la piste d’atterrissage.
      Voix off : « Et en fin d’une matinée pluvieuse, le dictateur finit par débarquer à Orly, à la tête de ses amazones et d’une suite de deux cents personnes. » Il revient à Michèle Alliot-Marie, ministre de la Défense, d’accueillir le Guide révolutionnaire et la délégation libyenne avec les Femmes en armes. Le cortège de voitures roule sous la pluie, escorté par des motards. Apparaît la berline blanche, ornée des drapeaux verts à l’avant, dans laquelle se trouve Muammar Gaddhafi. Voix off : « L’ancien parrain du terrorisme s’offre, pour la première fois, une visite prestigieuse dans une grande capitale occidentale. Qui plus est, celle d’un pays qui l’a longtemps combattu. Se trouver, là, est pour lui un succès éclatant. Il ne s’en cache pas. » Muammar Gaddhafi avait été invité à Paris, en 1973, par le président français Georges Pompidou. Ce n'est donc pas la première fois qu'il vient dans la capitale ! En dehors de cette visite, à Paris, de Muammar Gaddhafi, Abdessalam Djalloud et différents secrétaires d’État au BPLE (Bureau Politiques des Liaisons Extérieures) ont séjourné dans la capitale. Par ailleurs, Muammar Gaddhafi était invité dans d'autres capitales, occidentales ou pas.
     
La berline blanche arrive dans la cour du Palais de l’Élysée. Muammar Gaddhafi passe devant la garde républicaine. Nicolas Sarkozy est présent au bas du perron et lui serre la main. Ils se tournent pour la photo. Muammar Gaddhafi brandit le poing gauche. Nicolas Sarkozy sourit en lui tenant la main droite. Voix off : « Le programme qu’on lui a concocté, n’en est-il pas la preuve ? D’abord, cette réception ici-même, puis à l’Assemblée nationale. Enfin, ce dîner de gala en son honneur. » Ahmed Gaddhaf El Dam (conseiller de Muammar Gaddhafi) : « Nous avons beaucoup apprécié qu’on nous serve du couscous à l’Élysée. C’était un message tout à fait positif. » Zohra Mansour (Diplomate libyenne) : « Il était très heureux de tout ce que le gouvernement français lui offrait. Il a été accueilli avec grande déférence. »

      Voix off : « Autant, alors, faire durer le plaisir. En France, l’usage diplomatique veut que les visites officielles durent trois jours. Le dictateur demande à prolonger son séjour de trois de plus. Une semaine en tout. » Jean-Luc Sibiude (ambassadeur de France en Libye) : « Je ne dis pas qu’il s’est invité mais il a demandé à rester à Paris et on lui a accordé, bien évidemment, puisqu’on souhaitait que ce soit, on souhaitait que cette visite soit, lui soit agréable. » Jean-David Lévitte (conseiller diplomatique de Nicolas Sarkozy) : « À chaque jour, il inventait un nouveau sujet de préoccupation. » Face aux hommes et aux femmes politiques, que les Français et Françaises entretiennent et qui étalent une balourdise intellectuelle quelque peu effarante, il est évident que Muammar Gaddhafi est une source de pensées, de paroles, d’actions extraordinaire. Jean-Luc Sibiude, en vrai diplomate… « Quand les Libyens vous disent : « Écoutez, je, pourrait-il, je souhaite aller à Versailles parce que j’ai toujours… enfin, rêvé, il est difficile de dire : « Ah ! Non, vous n’allez pas aller à Versailles. Non, non, c’est trop pour vous. »

     
Voix off : « Le touriste de marque fait privatiser le célèbre château royal. » Muammar Gaddhafi ne fait rien privatiser du tout (l’utilisation, ici, du mot « privatiser » est intentionnel)… Quand un homme, entouré d’une délégation, se déplace dans un pays invitant, il est normal que ce pays prenne des mesures de sécurité pour protéger et l’homme et la délégation qui se déplace avec lui. À Versailles, un guide explique à Muammar Gaddhafi... « C’est là que le Roi recevait les ambassadeurs. » Le Guide révolutionnaire, fidèle à ses origines, est un rien amusé… Voix off : « Avant de filer au Louvre, puis de réclamer d’autres divertissements encore. À des organisateurs quelque peu dépassés. » Muammar Gaddhafi est accompagné d’un petit groupe dont les femmes en armes. Il est habillé modestement d'un pantalon, d'un pull et d'une veste noir(e) et tient, dans sa main gauche, une sorte d’écharpe. Le mot « divertissements », pris dans son sens habituel, n’est pas très pertinent : Muammar Gaddhafi a toujours été intéressé par l’histoire. D’ailleurs, dans sa jeunesse, il a suivi des cours d’histoire dans une Faculté libyenne ; il lisait beaucoup d’ouvrages dans ce domaine et s’était intéressé à la révolution française. Jean-David Lévitte (conseiller de Nicolas Sarkozy) : « Il avait décidé de visiter Paris en bateau-mouche, par exemple. Vous imaginez ce que ça représente en termes de sécurité. Puisque il faut sécuriser les berges mais aussi les ponts. » Voix off : « Et pourquoi ne pas lui dire « non » tout simplement. » Jean-David Lévitte : « Difficile de refuser à une personnalité qu’on reçoit le droit de découvrir Paris en bateau-mouche. » Jean-Luc Sibiude, un petit peu amusé… « Je suis parti à la chasse à Rambouillet, alors que je n’étais pas chasseur moi-même puisqu’il y avait qu’un seul fusil : c’était celui de Kadhafi. Mais les services de sécurité étaient en place depuis 9 heures du matin pour bloquer mais pour bloquer au moment du passage du convoi. Le convoi est arrivé vers midi et demie, une heure. »


Françoise Petitdemange



15. DE LA PAIX A LA GUERRE... CONTRE LE PEUPLE LIBYEN

15.
DE LA PAIX À LA GUERRE...

CONTRE LE PEUPLE LIBYEN


4 - 14. Des opposants… pacifiques ?
Des familles de victimes… victimes de qui ?

 

      Voix off : « Les rues bloquées exaspèrent les Parisiens. La pompe déployée pour un dictateur choque les Français. Ils assistent à des scènes comme celle-là. » Sur quoi, le mot générique « les Français », est-il fondé ? Des policiers interpellent des hommes et les fouillent… manifestement, pour savoir s’ils ne portent pas d’armes sur eux : Muammar Gaddhafi et la délégation libyenne sont les invité(e)s de la France et leur sécurité est de la responsabilité de celle-ci. Voix off : « De pacifiques opposants en exil, séquestrés dans un car des heures durant, afin d’éviter que le dirigeant libyen ne les aperçoive sur son passage. » « De pacifiques opposants », vraiment ? Comment la commentatrice, peut-elle penser faire accroire que Muammar Gaddhafi aurait le temps d’apercevoir ces opposants… sur son passage ?
     
Vue sur le convoi. Voix off : « Les plus sidérés sont les proches des 170 victimes de l’attentat commis sur ordre du dictateur contre un avion français en 1989. » Où est « l’ordre du dictateur » ? S.O.S. Attentats et Béatrice Boëry, sœur de l'une des victimes, qui ont accusé Muammar Gaddhafi, personnellement, ont été débouté(e) de leurs prétentions : la Cour de Cassation a cassé et annulé, le 13 mars 2001, l'arrêt de la Chambre d'accusation de la Cour d'Appel de Paris. D'ailleurs, les familles des victimes, elles-mêmes, ont émis des doutes sur la culpabilité de la Libye. Étrangement, le commentaire ne parle pas du bombardement de la Libye par des avions anglo-saxons, en 1986, qui ont tué des civil(e)s libyen(ne)s. Quant à la CIA, qui accuse toujours les autres…
     
Voix off : « Quatre ans auparavant, le dictateur a consenti à indemniser les familles des victimes du DC 10 d’UTA, mais il refuse toujours d’extrader les auteurs de l’attentat parmi lesquels son propre bras-droit. » Le 9 janvier 2004, le collectif, représentant les familles des victimes de l’explosion du DC 10 de l’UTA au-dessus du Ténéré (Niger), a signé un accord avec les représentants de la « Fondation de Saïf al-Islam Kadhafi » pour toucher des indemnisations : un million de dollars pour chaque victime, soit 170 millions, que la Libye a payés pour en finir avec les sanctions qui ont suivi les accusations lancées sans apporter la moindre preuve et pour avoir, enfin, la paix ! Que demander de plus ? L’extradition de qui ? De Libyens accusés sans preuve ?
     
Quelques images des familles des victimes du DC 10 d’UTA qui sortent de l’Élysée... Voix off : « Résumons. Le président invite le dictateur pour sauver des victimes bulgares, refuse de recevoir d’autres victimes, françaises, du terrorisme libyen, les reçoit finalement et se pose lui-même en victime. » La commentatrice va un peu vite lorsqu’elle parle des « victimes bulgares »… Elle va un peu vite aussi lorsqu’elle parle des avions qui ont explosé en plein vol et qui sont tombés, l’un à Lockerbie, en Écosse, en 1988, et l’autre, dans le désert du Ténéré, au Niger, en 1989, « victimes » « du terrorisme libyen » : il faut rappeler qu’aucune preuve de la culpabilité de la Libye n’a été apportée dans l’explosion de ces deux avions. À l’époque, beaucoup d’avions étaient cibles d’attentats… Pour l’avion qui est tombé en Écosse, c’est la CIA qui s’est chargée de l’enquête, qui a importé des pièces sur le lieu du crash… et qui a accusé la Libye. Pour l'avion tombé au Niger, un passager, qui a débarqué de l'avion, lors d'une escale avant l'explosion, n'a pas eu à justifier son départ. Après la mort de Muammar Gaddhafi, deux avions ont eu des problèmes : l’un s’est écrasé en Ukraine, l’autre a disparu en Malaisie. Était-ce, est-ce le fait de Muammar Gaddhafi ? de l’État libyen ? Pourquoi personne ne demande des comptes aux États-Unis, à la CIA, par exemple, ou… au Mossad ? Guillaume Denoix de Saint Marc, représentant des familles du DC 10 d’UTA : « J’aimerais qu’il s’en aille, heu… » À noter le « Je » du représentant des familles.


Françoise Petitdemange


16. DE LA PAIX A LA GUERRE... CONTRE LE PEUPLE LIBYEN

16.
DE LA PAIX À LA GUERRE...
CONTRE LE PEUPLE LIBYEN


4 - 15. Un pseudo-intellectuel qui cause sans savoir


      Aux Informations de FR3, “la” question est posée : « Une visite qui dérange. Des voix qui s’élèvent. C’est la question du jour : “Le président libyen, est-il oui ou non le bienvenu ?”. » Vue sur le fond de l’invitant et de l’invité, avec un portrait de Muammar Gaddhafi et la question inscrite : « Le président libyen est-il Oui ou Non le bienvenu ? » En France, à FR3, il y a encore des gens qui croient, en 2007, que Muammar Gaddhafi est toujours « le président libyen ». L’invité ? Bernard-Henri Lévy, bien sûr… Mais est-il bien placé pour parler d’un pays arabo-africain ? BHL : « C’est une erreur et c’est même incompréhensible. » Le journaliste : « Nicolas Sarkozy dit qu’il a changé. » BHL : « Mais c’est faux ! L’affaire des infirmières bulgares. Quand on prend cinq otages, qu’on les torture, qu’on les martyrise pendant des années, et qu’on les rend contre rançon, ça s’appelle comment ? » BHL oublie de dire pourquoi elles ont été arrêtées en Libye ? comment elles se comportaient dans cet État laïc mais dont la population est à majorité musulmane ? Il oublie de parler du “médecin palestinien” (c'est-à-dire de l'interne égypto-libyen), et de dire que les premières victimes n’ont pas été les infirmières bulgares et ledit “médecin palestinien” mais des centaines d’enfants et des adultes, dont des mères de ces enfants, qui ont été touché(e)s par le virus du sida et que des dizaines d’enfants libyens sont morts à l’hôpital de Benghazi où travaillaient les cinq infirmières bulgares et l'interne, étudiant en médecine. Les infirmières et l'étudiant en médecine, ont-il(elles) été utilisé(e)s, à leur insu, pour déstabiliser l’État libyen, ou étaient-il(elles) chargé(e)s de le déstabiliser, en inoculant le virus du sida à des enfants, dans la région la plus turbulente de Libye ? Qui était derrière ces infirmières et cet étudiant pour tenter d'obtenir que le peuple se retournât contre le Guide révolutionnaire ? Le prétendu philosophe qui se croit malin, il faudrait qu’il le dît !

 

Françoise Petitdemange



17. DE LA PAIX A LA GUERRE... CONTRE LE PEUPLE LIBYEN

17.
DE LA PAIX À LA GUERRE...
CONTRE LE PEUPLE LIBYEN

 
4 - 16. Les droits de l’homme, en France, heu…

 

      Muammar Gaddhafi arrive au milieu d’un groupe de personnes. Puis il lève les bras, souriant, face à une salle bondée qui brandit des portraits de lui. Voix off : « Face à la multiplication des critiques, le susceptible dictateur riposte en organisant à l’UNESCO un meeting à sa gloire. » Le « susceptible dictateur » ne riposte rien du tout. Muammar Gaddhafi évoque à l’Unesco la vieille scie utilisée, contre lui, depuis des décennies : « les droits de l’homme »« Ils font de la surenchère sur les droits de l’homme. Les droits de l’homme ! Mais comment osent-ils ? Avant de parler des droits de l’homme dans vos pays, il faudrait encore que les immigrés bénéficient chez vous de ces droits ! » Même si cela ne plaît pas à tout le monde, il est applaudi. Muammar Gaddhafi a tout à fait raison de renvoyer la question sur les pays qui n’ont cessé d’accuser la Libye d’être un État terroriste. Ahmed Gaddhaf  El Dam (conseiller de Muammar Gaddhafi) : « Nous n’avions prévenu personne de cette initiative. Et je peux vous dire que les Français qui organisaient la visite ont été très vexés par le discours de Frère Muammar. » Donc, ce sont des Français - et non le « susceptible dictateur » - qui ont organisé la visite à l’UNESCO. Sauf à être de mauvaise foi… Muammar Gaddhafi, n’avait-il pas raison de renvoyer, sur ceux et celles qui le critiquent, le non respect des droits de l’homme à l’égard des immigrés vivant en France ?

 

Françoise Petitdemange


18. DE LA PAIX A LA GUERRE... CONTRE LE PEUPLE LIBYEN

18.
DE LA PAIX À LA GUERRE...
CONTRE LE PEUPLE LIBYEN

 

4 - 17. Après la secrétaire d’État, le ministre…

 

      Le député Arnaud Montebourg s’exprime à la tribune de l’Assemblée nationale, avec, derrière lui, François Hollande et Jean-Marc Ayrault, et, devant lui, des gradins plus qu’à moitié vides… Il apostrophe, dans cette Assemblée nationale quelque peu déserte, le ministre des Affaires étrangères et européennes : « Cette visite tourne à la farce tragi-comique. Que des relations diplomatiques normales soient établies avec la Libye, cela se conçoit. Mais que la France fasse le cadeau d’une réhabilitation à grands frais, c’est une maladresse qui nous coûtera. Monsieur le ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, jusqu’où irez-vous dans la négation de vous-même ? » L’homme du perchoir : « La parole est à monsieur le ministre des Affaires étrangères et européennes. » Vue sur Rama Yade faisant la trogne. Voix off : « Jusqu’à présent, le chef de la diplomatie, caution humanitaire du président, s’était prudemment tenu à l’écart de la visite controversée. » Le ministre des Affaires étrangères et européennes, Bernard Kouchner, va lui répondre en faisant un virage à 180 degrés : « Vous avez cité un certain nombre des prises de position de monsieur Kadhafi, sachez que je les réprouve. Lorsqu’il a parlé des droits de l’homme, ici, c’est-à-dire des droits de l’homme dans notre pays, en Europe, c’était assez pitoyable. » Plus tard, l’homme-girouette, Bernard Kouchner, se sentira obligé d’en rajouter  : « Voilà, je dis : « C’est pitoyable ». Oui, c’est pitoyable. Voilà. C’est ce que je pense. Mais je n’avais pas changé lorsque Nicolas Sarkozy m’a proposé d’être ministre des Affaires étrangères, il savait très bien à qui il demandait. Je sentais bien que tout ça l’avait agacé et que, bien sûr… »

 

Françoise Petitdemange