23 avril 2015

1. DE LA PAIX A LA GUERRE... CONTRE LE PEUPLE LIBYEN

1.
D
E LA PAIX À LA GUERRE...
CONTRE LE PEUPLE LIBYEN


Signification des couleurs :


en violet et en caractères gras, les titres ajoutés et les liens
en violet,
les mots entre crochets ajoutés ;

en noir, analyse, indication du contexte ;
en rouge-brun, la description de certaines images ;

en jaune orangé, le commentaire du documentaire ;
en rouge, les mots « dictateur », etc. ;

en bleu, les propos français ;
en vert, les propos libyens ;

les propos de l'ambassadeur de France en Libye sont
parfois en bleu, parfois en vert,
selon le point de vue qu'il donne.


      Voici une analyse détaillée du documentaire intitulé : « Le président Sarkozy & le dictateur Kadhafi » d’Antoine Vitkine, diffusé sur France 3, le 9 avril 2015, analyse qui situe les personnes et les événements évoqué(e)s dans le contexte historique de la Libye révolutionnaire. Il est possible de trouver une analyse succincte en faisant l’un ou l’autre des liens suivants :
http://blogs.mediapart.fr/blog/michel-j-cuny/080415/sarkozy-criminel
http://www.france-irak-actualite.com/2015/04/kadhafi-sur-france-3-je-lui-ai-donne-l-argent-avant-qu-il-ne-devienne-president.html
       Dans ce documentaire d’une durée de 77 minutes, le mot « dictateur » est répété 57 fois en voix off. (Ce documentaire, sous forme de film, n’est plus visible, mais j’avais pris la précaution de retranscrire le texte et de décrire certaines images avant sa disparition.)

 

Françoise Petitdemange

 

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24 avril 2015

2. DE LA PAIX A LA GUERRE... CONTRE LE PEUPLE LIBYEN

2.
DE LA PAIX À LA GUERRE...
CONTRE LE PEUPLE LIBYEN


1
 - 1. La ruée occidentale vers la Libye

 

      Après la fin d’un embargo, imposé par le Conseil de sécurité de l’ONU (Organisation des Nations Unies), et sans cesse reconduit d’avril 1992 à septembre 2003, qui était destiné à étrangler le peuple pour le pousser à la révolte contre le Guide révolutionnaire, la Libye retrouvait une expansion économique des plus enviées. C’est dans ce nouveau contexte que le peuple libyen voit débarquer, sur le tarmac de ses aéroports, des affairistes mais aussi des hommes politiques occidentaux qui, d’ordinaire, ne se déplaçaient pas dans ce pays puni pour des attentats dans lesquels sa responsabilité n’a jamais été prouvée : la visite du ministre de l’Intérieur français, Nicolas Sarkozy, en 2005, a effectivement de quoi surprendre…

 

Françoise Petitdemange

 

3. DE LA PAIX A LA GUERRE... CONTRE LE PEUPLE LIBYEN

3.
DE LA PAIX À LA GUERRE...
CONTRE LE PEUPLE LIBYEN

 

1 - 2. Un ministre de l’Intérieur
dans l’État-paria…

 

      « 6 octobre 2005. » Voix off : « Toute cette histoire a commencé deux ans avant que le futur président n’entre à l’Élysée lorsqu’il est allé faire la connaissance du dictateur un jour d’octobre 2005. Il est alors un fringuant ministre de l’Intérieur de Jacques Chirac qui ne fait pas de mystère de ses ambitions présidentielles. Depuis l’aéroport, son convoi file à travers Tripoli, capitale d’un État de six millions d’habitants que la manne pétrolière a rendu le plus riche d’Afrique. Sur les murs s’affiche partout l’homme qui le dirige d’une main de fer depuis 1969. »

     
Voix off : « Officiellement, le ministre a été convié, ici, à venir s’entretenir de la lutte antiterroriste et de l’immigration irrégulière. » Nicolas Sarkozy : « Pourquoi voulez-vous aller en Italie ? » Un jeune homme : « Je voulais partir. » Pour les États capitalistes en crise, dont une partie des populations - au chômage ou au travail - ne peuvent plus subvenir aux nécessités de leur existence, il s’agit, à l’époque, de lutter contre le terrorisme que, pourtant, ils sécrètent eux-mêmes, et de freiner, sinon d’empêcher, l’arrivée d’Africains et de leurs familles en Europe, notamment en France. Mais le Guide révolutionnaire, Muammar Gaddhafi, n’avait pas attendu les Occidentaux pour inciter les Africain(e)s à rester dans leurs pays afin de contribuer au développement du continent.  
     
Voix off : « En coulisses toutefois, cette visite a pour le ministre d’autres enjeux, plus personnels. Elle a été initiée par un homme de l’ombre, un Libanais, un intermédiaire en armements, à la fois proche de plusieurs membres de son entourage et familier du pouvoir libyen. » L’intermédiaire en armements, c’est  Ziad Takieddine qui parle, non pas du « dictateur », mais du « colonel Kadhafi » : « En 2005, je rencontre le fils du colonel Kadhafi [Saïf al-Islam] en visite privée en France. Alors, il m’invite en Libye pour aller rencontrer son père, le colonel Kadhafi. Et je rencontre Kadhafi. Quand je parlais de Nicolas Sarkozy, à lui, je parlais de lui comme quelqu’un qui allait changer beaucoup la démarche française, en général, dans le domaine de la politique extérieure. » Bernard Cheynel, lui aussi intermédiaire en armements, confirme les dires de son confrère : « C’est Saïf qui s’est emballé sur Sarkozy. Saïf qui a poussé son père : “papa, papa, papa, papa.” Papa, il est formidable, papa. Il est formidable. » Ziad Takieddine : « Je retourne en France. Je vois monsieur Guéant et des choses se sont mises en place. » Jean-Luc Sibiude (ambassadeur de France en Libye) : « Et monsieur Claude Guéant était venu préparer la visite plusieurs fois. Je crois qu’il est venu au moins deux fois, pas forcément… Une fois… Monsieur Claude Guéant avait ses propres contacts. » Voix off : « Signe de l’importance qu’il accorde à cette relation, son plus proche collaborateur [Claude Guéant, donc...] devient dès lors son agent de liaison avec les Libyens. »

Françoise Petitdemange


6. DE LA PAIX A LA GUERRE... CONTRE LE PEUPLE LIBYEN

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DE LA PAIX À LA GUERRE...
CONTRE LE PEUPLE LIBYEN

1- 5. Des affaires qui changent de mains

 

      Voix off : « Ainsi, l’homme d’affaires Takieddine effectue de nombreux séjours dans les grands hôtels de Tripoli. Il utilise ses relations dans l’entourage du futur président pour emporter des contrats d’armement et évince ainsi des intermédiaires implantés de plus longue date. »
     
Bernard Cheynel feuillette un catalogue de présentation des nouvelles armes : « J’ai mes clients eux-mêmes qui viennent vers moi et qui me disent : “Ziad Takieddine est arrivé avec un courrier à en-tête du ministère de l’Intérieur” - Sarkozy était ministre de l’Intérieur - et, dans le courrier, il y avait marqué : “Je recommande chaudement monsieur Ziad Takieddine, homme de l’industrie, très connu par nos services, un homme remarquable pour les industriels Thalès, Dassault, Snecma.” Allons-y ! Pourquoi pas, Mac Do… (Il rit.) Enfin ! Il y en avait pour tous les goûts et signé : “Monsieur Sarkozy.”. » L’intermédiaire en armements poursuit : « J’ai su après que Sarkozy a été interrogé à l’Élysée. Sarkozy dit : “M’enfin, écoutez, soyons sérieux. Vous avez une copie ?” On lui a répondu : “Eh ben, non, on n’a pas de copie.” “Bon, ben, alors, écoutez, enfin, vous connaissez les Libanais !” C’est ce que j’ai su, ce qu’il leur est répondu : “Vous connaissez les Libanais ! Enfin, bon. Enfin…”. » Cette petite phrase de Nicolas Sarkozy : « Vous avez une copie ? », rapportée par Bernard Cheynel, renvoie à la fin de ce documentaire.
     
À propos du président Sarkozy, Ziad Takieddine précise : « Ce n’est pas lui qui me mandate, hein. Ce n’est pas lui qui me mandate. Par contre, Nicolas Sarkozy a reçu, officiellement, ma désignation comme interlocuteur de la part des Libyens avec lui. » (Large sourire et mouvement d’yeux de Ziad Takieddine qui remet les choses en place.)
     
Voix off : « Le futur président ne sait peut-être pas tout ce qui se trame autour de lui ou en son nom. Mais entre lui et le dictateur, il flotte, dès lors, un fumet affairiste qui ne sera pas sans conséquence à la fin de cette histoire. » De quoi est-il question, ici ? Du financement de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy par la Libye ?

 

Françoise Petitdemange

 

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7. DE LA PAIX A LA GUERRE... CONTRE LE PEUPLE LIBYEN

7.
DE LA PAIX À LA GUERRE...
CONTRE LE PEUPLE LIBYEN

1 - 6. La France des droits de l’homme

 

      « Un an plus tard… » Le candidat à la présidence, Nicolas Sarkozy, fait part de ses ambitions : « Je veux être le président de la France des droits de l’homme parce que je le crois au plus profond de mon cœur. Je ne veux pas, je ne crois pas à ce qu’on appelle « la realpolitik » qui fait renoncer à ses valeurs. Je ne veux être complice d’aucune dictature à travers le monde. »
     
Voix off : « En janvier 2007, celui qui exprimait son respect au dictateur lance sa campagne présidentielle sur un bien autre ton. Gagner une élection vaut bien de se poser en chantre des droits de l’homme. Surtout lorsqu’on est précédé par une réputation de ministre de l’Intérieur à poigne. »

      À propos du candidat Nicolas Sarkozy, en 2007, Rama Yade a son avis  : « C’est l’époque où une certaine gauche intellectuelle s’insurgeait de ses propos et, à un moment donné, on a senti chez lui le besoin aussi de s’adresser à ces intellectuels-là, heu, parce que même s’ils ne sont pas majoritairement du pays [majoritaires dans le pays ?], ils ont une certaine influence. Nicolas Sarkozy était sensible, très sensible à ce que pouvaient penser les Bernard-Henri Lévy, les Glucksmann, les Bruckner… » La politique étrangère de la France, était-elle dictée par des personnes qui, outre qu'elles n'étaient  « pas majoritaires dans le pays », manœuvraient avec quelque officine ?
     
Pour les droits de l’homme, Bernard Kouchner veut bien se faire homme de droite : « Les droits de l’homme, ça ne pouvait pas ne pas me plaire. En plus, il est vrai que Nicolas Sarkozy avait un langage et, dans sa campagne, des thèmes qui étaient très nouveaux par rapport à l’orthodoxie de la droite. »

     
Nicolas Sarkozy persiste et signe lors d’un meeting. “Politique internationale Paris, mercredi 28 février 2007” : « Deuxième grand objectif de la France : promouvoir les libertés et les droits de l’homme sur la scène internationale. » Mais encore… « Je ne me tairai jamais devant ces insultes aux droits de l’homme. » La mort, sur ses ordres, de Muammar Gaddhafi, ne sera-t-elle pas une insulte aux droits de l’homme ? Et enfin… « Eh bien, la France, elle n’est elle-même que quand elle promeut la liberté contre l’oppression. » Qu’en est-il, dorénavant, de l’oppression de tout un peuple - le peuple libyen - suite à la guerre de 2011, lancée par Nicolas Sarkozy président de la république française, contre la Libye, contre le peuple libyen, contre le Guide révolutionnaire Muammar Gaddhafi ?
     
Voix off : « C’est ainsi qu’à l’issue de la campagne, il recrute deux personnalités atypiques qui compteront dans la suite de cette histoire. De Bernard Kouchner, héros de l’humanitaire, il fera son ministre des Affaires étrangères, et il invente une fonction, inédite sous la Cinquième république, celle de secrétaire d’État aux droits de l’homme qu’il confiera à la jeune Rama Yade. »


Françoise Petitdemange

 

8. DE LA PAIX A LA GUERRE... CONTRE LE PEUPLE LIBYEN

 8.
DE LA PAIX À LA GUERRE...
CONTRE LE PEUPLE LIBYEN

1 -7. Une victoire à la Pyrrhus

 

      Voix off : « Salle Gaveau. Un célèbre théâtre parisien. La foule ignore qu’elle va assister au premier acte de la pièce que le nouvel élu s’apprête à jouer avec le dictateur. Après les généreuses paroles du candidat, place aux actes du président. » Le président Sarkozy, à peine élu, déclare : « C’est en Méditerranée que tout va se jouer, qu’il nous faut surmonter toutes les haines, pour laisser la place à un grand rêve de paix et à un grand rêve de civilisation. Le temps est venu de bâtir une Union méditerranéenne qui sera un trait d’union entre l’Europe et l’Afrique. Ce qui a été fait pour l’union de l’Europe, il y a soixante ans, nous allons le faire aujourd’hui pour l’Union de la Méditerranée. » Il n’inventait rien. Lors de son voyage officiel de 1973, à Paris, Muammar Gaddhafi, alors président de la RAL (République Arabe Libyenne), faisait cette déclaration devant une forêt de micros. Avec le président Georges Pompidou… « On a discuté […] du rôle que les deux États doivent jouer dans la Mer Méditerranée pour qu’[elle] soit un pays de lac et de paix ». [Cf. Vidéo, Archives Ina. Kadhafi à Paris, 24 novembre 1973.https://www.youtube.com/watch?v=eg6v-BZeDsk] En réalité, le président Nicolas Sarkozy, qui prônait un « grand rêve de paix », allait transformer celui-ci en haine. Le projet de l’« Union Pour la Méditerranée » ne sera jamais réalisé. Pourquoi ? Eh bien, parce qu’il ne fallait pas perdre de vue l’idée d’une région méditerranéenne comme « trait d’union » entre l’Europe et l’Afrique. Quant au « grand rêve de civilisation », Nicolas Sarkozy oubliait que l’Afrique a été civilisée avant la France…

     
Voix off : « Réunir tous les pays riverains de la Méditerranée au sein d’une union politique : telle est sa spectaculaire et surprenante promesse. Tout juste élu, et, déjà, il aspire à un coup de maître qui prouverait à tous qu’il est ce grand président pareil à nul autre qu’il promettait d’être. » Mais ce projet de départ ne fut effectivement qu’« une promesse » ! Voix off : « Pour réussir son pari, il a besoin du soutien d’un État d’Afrique du Nord, incontournable autant que peu coopératif dirigé par un peu commode dictateur. Le nouveau président a de bonnes raisons de penser qu’il trouvera en lui un allié. » Quelles « bonnes raisons » ? Serait-ce parce que la Libye a décidé de financer la campagne du candidat Sarkozy ?

Françoise Petitdemange


9. DE LA PAIX A LA GUERRE... CONTRE LE PEUPLE LIBYEN

9.
DE LA PAIX À LA GUERRE...
CONTRE LE PEUPLE LIBYEN


1 - 8. Le peuple libyen, avait-il contribué à la victoire ?


      Voix off : « Le 28 mai 2007, l’un des tout premiers dirigeants du monde à qui le président français, tout juste élu, téléphonait longuement était le chef d’un petit pays d’Afrique du Nord. »
Outre que Muammar Gaddhafi n'était pas « le chef », mais le Guide révolutionnaire, qu’est-ce qu’« un petit pays » ? Sur le plan géographique… la Libye a une superficie égale à plus de deux fois et demie la France. Autrement dit… Ce « petit pays » a une superficie qui équivaut à la superficie d’une petite Europe, même s’il est alors peuplé de six ou sept millions d’habitant(e)s.

      Muammar Gaddhafi : « Monsieur Sarkozy, je vous félicite pour votre élection. Vous méritez la confiance du peuple français. » Sans doute, Nicolas Sarkozy, sait-il s’il doit quelque chose à la Libye. En tout cas, il n’est pas question de « dictateur » : « Monsieur Kadhafi, je suis enchanté de vous parler. Je n’ai pas oublié notre rencontre. Je garde un excellent souvenir de la qualité de vos analyses. Vous méritez amplement votre titre de Guide. » Nicolas Sarkozy dit : « votre titre de Guide ». Muammar Gaddhafi, confiant : « Je suis rassuré d’avoir, avec vous, un ami en Europe. Je vous sais ambitieux et volontaire. Nous ferons beaucoup de choses entre nos deux pays. » Voici, en tout cas, un Nicolas Sarkozy très affable : « Oui, monsieur le Guide. J’espère vous recevoir en France ou me rendre en Libye. » Et, pour finir… « Je vous exprime mes respects et mon amitié, monsieur le Guide. »

 

Françoise Petitdemange

 

25 avril 2015

12. DE LA PAIX A LA GUERRE... CONTRE LE PEUPLE LIBYEN

12.
DE LA PAIX À LA GUERRE...
CONTRE LE PEUPLE LIBYEN


4 - 11. Muammar Gaddhafi
et la délégation libyenne en France

 

      Vue sur une vaste salle avec des sièges occupés, disposés en cercle : EU Africa Summit. Nicolas Sarkozy et Bernard Kouchner sont présents. Voix off : « Cinq mois plus tard, en décembre. La femme du président est finalement partie. Le dictateur arrive. La veille de sa venue, les deux hommes se croisent à Lisbonne dans le cadre d’un sommet international. » Muammar Gaddhafi, vêtu de son habit traditionnel brun, et la tête couverte de sa chéchia noire, apparaît et serre la main d’un dirigeant africain. Puis, Nicolas Sarkozy s’avance vers le Guide, déjà installé, et lui serre la main : « Bonjour Monsieur Kadhafi. Je suis très heureux de vous recevoir en visite à Paris. » Un militaire s’approche du Guide pour lui faire la traduction ; celui-ci sourit sans répondre.
     
Voix off : « Mais le président va recevoir un dictateur resté fidèle à lui-même. Il vient de faire scandale en déclarant à un journal portugais » : « Il est normal que les faibles aient recours au terrorisme. » Lors de ce sommet de Lisbonne, 8 décembre 2007, Nicolas Sarkozy se montre très conciliant : « Permettez-moi de dire qu’il y a moins de problème à recevoir le président Kadhafi dont les services collaborent avec les services occidentaux dans la lutte contre le terrorisme, dont les infirmières ont été libérées dans un avion de la « République Française ». Pour le reste, il a sa personnalité, son tempérament ; c’est pas moi qui vais les juger. »

     
« 10 décembre 2007. » Voix off : « Au petit matin, ce lundi, on déroule le tapis rouge, par rouleaux entiers. Dans la cour d’honneur de l’Élysée, et en face, dans les jardins d’une annexe du Palais. Première dans les annales du protocole, on y a dressé une vaste tente bédouine. » Ahmed Gaddhaf  El Dam (conseiller de Muammar Gaddhafi) : « Oh, ils ont accepté toutes nos demandes. Le message de Gaddhafi pour sa première visite en Occident, après une longue période de rupture, c’était… « Ce n’est pas parce que je me rends en Europe que je change. ». » Voilà qui rappelle une fidélité du Guide révolutionnaire à ses convictions.

Françoise Petitdemange

 

26 avril 2015

14. DE LA PAIX A LA GUERRE... CONTRE LE PEUPLE LIBYEN

14.
DE LA PAIX À LA GUERRE...

CONTRE LE PEUPLE LIBYEN

4 - 13. Le Guide révolutionnaire fait honneur à Paris

 
     
L’avion « Afriqiyah » roule sur la piste d’atterrissage.
      Voix off : « Et en fin d’une matinée pluvieuse, le dictateur finit par débarquer à Orly, à la tête de ses amazones et d’une suite de deux cents personnes. » Il revient à Michèle Alliot-Marie, ministre de la Défense, d’accueillir le Guide révolutionnaire et la délégation libyenne avec les Femmes en armes. Le cortège de voitures roule sous la pluie, escorté par des motards. Apparaît la berline blanche, ornée des drapeaux verts à l’avant, dans laquelle se trouve Muammar Gaddhafi. Voix off : « L’ancien parrain du terrorisme s’offre, pour la première fois, une visite prestigieuse dans une grande capitale occidentale. Qui plus est, celle d’un pays qui l’a longtemps combattu. Se trouver, là, est pour lui un succès éclatant. Il ne s’en cache pas. » Muammar Gaddhafi avait été invité à Paris, en 1973, par le président français Georges Pompidou. Ce n'est donc pas la première fois qu'il vient dans la capitale ! En dehors de cette visite, à Paris, de Muammar Gaddhafi, Abdessalam Djalloud et différents secrétaires d’État au BPLE (Bureau Politiques des Liaisons Extérieures) ont séjourné dans la capitale. Par ailleurs, Muammar Gaddhafi était invité dans d'autres capitales, occidentales ou pas.
     
La berline blanche arrive dans la cour du Palais de l’Élysée. Muammar Gaddhafi passe devant la garde républicaine. Nicolas Sarkozy est présent au bas du perron et lui serre la main. Ils se tournent pour la photo. Muammar Gaddhafi brandit le poing gauche. Nicolas Sarkozy sourit en lui tenant la main droite. Voix off : « Le programme qu’on lui a concocté, n’en est-il pas la preuve ? D’abord, cette réception ici-même, puis à l’Assemblée nationale. Enfin, ce dîner de gala en son honneur. » Ahmed Gaddhaf El Dam (conseiller de Muammar Gaddhafi) : « Nous avons beaucoup apprécié qu’on nous serve du couscous à l’Élysée. C’était un message tout à fait positif. » Zohra Mansour (Diplomate libyenne) : « Il était très heureux de tout ce que le gouvernement français lui offrait. Il a été accueilli avec grande déférence. »

      Voix off : « Autant, alors, faire durer le plaisir. En France, l’usage diplomatique veut que les visites officielles durent trois jours. Le dictateur demande à prolonger son séjour de trois de plus. Une semaine en tout. » Jean-Luc Sibiude (ambassadeur de France en Libye) : « Je ne dis pas qu’il s’est invité mais il a demandé à rester à Paris et on lui a accordé, bien évidemment, puisqu’on souhaitait que ce soit, on souhaitait que cette visite soit, lui soit agréable. » Jean-David Lévitte (conseiller diplomatique de Nicolas Sarkozy) : « À chaque jour, il inventait un nouveau sujet de préoccupation. » Face aux hommes et aux femmes politiques, que les Français et Françaises entretiennent et qui étalent une balourdise intellectuelle quelque peu effarante, il est évident que Muammar Gaddhafi est une source de pensées, de paroles, d’actions extraordinaire. Jean-Luc Sibiude, en vrai diplomate… « Quand les Libyens vous disent : « Écoutez, je, pourrait-il, je souhaite aller à Versailles parce que j’ai toujours… enfin, rêvé, il est difficile de dire : « Ah ! Non, vous n’allez pas aller à Versailles. Non, non, c’est trop pour vous. »

     
Voix off : « Le touriste de marque fait privatiser le célèbre château royal. » Muammar Gaddhafi ne fait rien privatiser du tout (l’utilisation, ici, du mot « privatiser » est intentionnel)… Quand un homme, entouré d’une délégation, se déplace dans un pays invitant, il est normal que ce pays prenne des mesures de sécurité pour protéger et l’homme et la délégation qui se déplace avec lui. À Versailles, un guide explique à Muammar Gaddhafi... « C’est là que le Roi recevait les ambassadeurs. » Le Guide révolutionnaire, fidèle à ses origines, est un rien amusé… Voix off : « Avant de filer au Louvre, puis de réclamer d’autres divertissements encore. À des organisateurs quelque peu dépassés. » Muammar Gaddhafi est accompagné d’un petit groupe dont les femmes en armes. Il est habillé modestement d'un pantalon, d'un pull et d'une veste noir(e) et tient, dans sa main gauche, une sorte d’écharpe. Le mot « divertissements », pris dans son sens habituel, n’est pas très pertinent : Muammar Gaddhafi a toujours été intéressé par l’histoire. D’ailleurs, dans sa jeunesse, il a suivi des cours d’histoire dans une Faculté libyenne ; il lisait beaucoup d’ouvrages dans ce domaine et s’était intéressé à la révolution française. Jean-David Lévitte (conseiller de Nicolas Sarkozy) : « Il avait décidé de visiter Paris en bateau-mouche, par exemple. Vous imaginez ce que ça représente en termes de sécurité. Puisque il faut sécuriser les berges mais aussi les ponts. » Voix off : « Et pourquoi ne pas lui dire « non » tout simplement. » Jean-David Lévitte : « Difficile de refuser à une personnalité qu’on reçoit le droit de découvrir Paris en bateau-mouche. » Jean-Luc Sibiude, un petit peu amusé… « Je suis parti à la chasse à Rambouillet, alors que je n’étais pas chasseur moi-même puisqu’il y avait qu’un seul fusil : c’était celui de Kadhafi. Mais les services de sécurité étaient en place depuis 9 heures du matin pour bloquer mais pour bloquer au moment du passage du convoi. Le convoi est arrivé vers midi et demie, une heure. »


Françoise Petitdemange



16. DE LA PAIX A LA GUERRE... CONTRE LE PEUPLE LIBYEN

16.
DE LA PAIX À LA GUERRE...
CONTRE LE PEUPLE LIBYEN


4 - 15. Un pseudo-intellectuel qui cause sans savoir


      Aux Informations de FR3, “la” question est posée : « Une visite qui dérange. Des voix qui s’élèvent. C’est la question du jour : “Le président libyen, est-il oui ou non le bienvenu ?”. » Vue sur le fond de l’invitant et de l’invité, avec un portrait de Muammar Gaddhafi et la question inscrite : « Le président libyen est-il Oui ou Non le bienvenu ? » En France, à FR3, il y a encore des gens qui croient, en 2007, que Muammar Gaddhafi est toujours « le président libyen ». L’invité ? Bernard-Henri Lévy, bien sûr… Mais est-il bien placé pour parler d’un pays arabo-africain ? BHL : « C’est une erreur et c’est même incompréhensible. » Le journaliste : « Nicolas Sarkozy dit qu’il a changé. » BHL : « Mais c’est faux ! L’affaire des infirmières bulgares. Quand on prend cinq otages, qu’on les torture, qu’on les martyrise pendant des années, et qu’on les rend contre rançon, ça s’appelle comment ? » BHL oublie de dire pourquoi elles ont été arrêtées en Libye ? comment elles se comportaient dans cet État laïc mais dont la population est à majorité musulmane ? Il oublie de parler du “médecin palestinien” (c'est-à-dire de l'interne égypto-libyen), et de dire que les premières victimes n’ont pas été les infirmières bulgares et ledit “médecin palestinien” mais des centaines d’enfants et des adultes, dont des mères de ces enfants, qui ont été touché(e)s par le virus du sida et que des dizaines d’enfants libyens sont morts à l’hôpital de Benghazi où travaillaient les cinq infirmières bulgares et l'interne, étudiant en médecine. Les infirmières et l'étudiant en médecine, ont-il(elles) été utilisé(e)s, à leur insu, pour déstabiliser l’État libyen, ou étaient-il(elles) chargé(e)s de le déstabiliser, en inoculant le virus du sida à des enfants, dans la région la plus turbulente de Libye ? Qui était derrière ces infirmières et cet étudiant pour tenter d'obtenir que le peuple se retournât contre le Guide révolutionnaire ? Le prétendu philosophe qui se croit malin, il faudrait qu’il le dît !

 

Françoise Petitdemange