25 avril 2015

11. DE LA PAIX A LA GUERRE... CONTRE LE PEUPLE LIBYEN

11.
DE LA PAIX À LA GUERRE...
CONTRE LE PEUPLE LIBYEN
 

3 - 10. Voyage du président Sarkozy en Libye

 

      « 25 juillet 2007. » Voix off : « Deux ans après son premier séjour, le président est de retour à Tripoli. L’ambassadeur méritant et le chef du protocole libyen l’attendent au bas du tapis rouge. Il est accueilli en grande pompe et en terrain connu. » L’accueil libyen est cordial : « Bienvenue, soyez le bienvenu dans notre pays. » Le président français, Nicolas Sarkozy, répond : « Merci. » Puis le groupe marche sur le tapis rouge mis en place pour la circonstance.
      Voix off : « La libération des infirmières est, pour le président des droits de l’homme, un paravent commode. Qui s’offusquerait, en effet, de cette escale à Tripoli aux lendemains d’une si émouvante libération ? Il peut passer en toute quiétude aux choses sérieuses avec le dictateur. »
     
L’ambassadeur de France en Libye, Jean-Luc Sibiude, s’en pourlèche encore les babines… « Autant la première visite avait été un peu fade, discrète, je ne vais peut-être pas, enfin… Autant, là, ça a été la fiesta. Voilà ! »

      L’armée du peuple effectue la parade militaire devant le bâtiment bombardé en 1986 par les États-Unis et la Grande-Bretagne. Muammar Gaddhafi sort d’une voiture. Voix off : « Dans le jardin de sa caserne, au pied d’un bâtiment laissé en l’état depuis le bombardement américain de 1986, c’est un dictateur en tenue d’apparat qui accueille le président et son importante délégation. Parmi elle, se trouve la jeune secrétaire d’État aux droits de l’homme, Rama Yade. » Le président Sarkozy est accompagné d’une « importante délégation ». En décembre 2007, les journalistes français critiqueraient le séjour de Muammar Gaddhafi qui, à Paris, serait accompagné d’une « importante délégation ».

     
Voici comment Rama Yade racontera la scène, comme pour rester fidèle à sa réputation de prétendue rebelle : « Arrivé à moi, il me serre la main. » L'image prise sur le vif, et insérée dans le documentaire, la montre à côté de Bernard Kouchner, et Nicolas Sarkozy tend la main vers elle pour la présenter. Quoi qu’elle dise, elle est toute souriante quand elle serre la main à Muammar Gaddhafi. « Et, heu…  et je lui serre la main, heu et heu… il me, enfin, il était d’ailleurs étrange, c’est, c’est, c’est… On n’aurait pas dit un président. » Effectivement. D'ailleurs... ce n’était plus un président depuis des décennies ! « Parce que il était habillé tout, un costume blanc avec, sur la poitrine, une carte de l’Afrique en plastique - voyez - noir, et puis heu des lunettes de soleil et puis ses cheveux tout mouillés ou ou huileux je sais pas trop et heu et puis donc heu il se pensait le représentant de l’Afrique. Moi, étant d’origine africaine, donc il a dû penser que on devait avoir une complicité particulière, et donc il me dit : « Mais comment, à trente ans, vous êtes ministre », et moi heu, du tac au tac, je lui réponds : « Mais vous, à vingt-sept ans, vous aviez bien fait un coup d’État. » Et, là, je vois le regard du président Sarkozy qui part dans tous les sens, et puis, lui, ça le fait rire manifestement. » Sur cette répartie de Rama Yade, en fait, Nicolas Sarkozy et l’interprète rient tout autant que Muammar Gaddhafi. Mais, manifestement, Rama Yade règle des comptes. Avec ses descriptions portant sur des détails de la personne de Muammar Gaddhafi, elle est à la limite de la xénophobie : les « cheveux huileux » font partie des vieux clichés d’une certaine époque… La jeune secrétaire d’État se prend pour une révoltée mais elle a beaucoup à apprendre : un coup d’État révolutionnaire, mené, sans effusion de sang, par des militaires et des civils qui mettront en place, très rapidement, des structures politiques et économiques horizontales et qui transmettront directement, huit ans plus tard, le pouvoir au peuple, ne peut se confondre avec un coup d’État réactionnaire, sanglant, mené par des militaires pour accaparer le pouvoir et opprimer le peuple, comme l’ont fait Francisco Franco ou Augusto Pinochet, soutenus par les dirigeants occidentaux.

    
Voix off : « L’heure est à l’idylle. Surtout lorsque vient la signature d’une dizaine d’accords de coopération. »
    
Bernard Kouchner et Abdel Rahman Shalgham en sont à signer des actes. Ils rient tous les deux. C’est rare de voir Bernard Kouchner rire… Abdel Rahman Shalgham dit : « Et, je signe, moi. » Bernard Kouchner, en riant : « Oui, mais, alors, vous avez (sali ?) l’acte. » Bernard Kouchner s’exclamant : « Il y a je ne sais pas combien de documents. Mais, qu’est-ce qu’on signe comme accords ! Oh, je ne m’en plains pas ! » La diplomate libyenne, Zohra Mansour, rapportant les propos de Muammar Gaddhafi, montrera à quel point la Libye faisait confiance à la France : « Auparavant, c’est moi qui avais été chargée de rédiger ces accords. Le Guide m’a dit, textuellement : « Zohra, s’agissant de la France, il ne faut pas t’inquiéter. Sarkozy est notre ami. Tout va bien pour nous. ». »

    
Voix off : « L’accord sur la défense, en particulier, a de quoi réjouir le dictateur. La France entraînera ses forces spéciales et lui fournira les armes les plus modernes. À la suite de ce rapprochement, les Français lui vendront même un système de surveillance d’Internet qu’il utilisera pour traquer ses opposants. » Ce n’est qu'un procès d’intention… Voix off : « Ceux-ci, il est vrai, pèsent à l’époque fort peu dans la balance. » Les deux signataires se lèvent et se serrent la main tandis que le groupe applaudit. Muammar Gaddhafi invite Bernard Kouchner à toucher la carte de l’Afrique qu’il porte sur sa veste ; ce que fait Bernard Kouchner avec plaisir.
    
Les contrats sur l’armement ? Henri Guaino a la réponse : « Quand vous faites des contrats de ventes d’armes, vous imaginez bien que le gouvernement peut effectivement les utiliser d’une autre manière que pour préserver l’indépendance, l’indépendance nationale. Bon ! Voilà. Mais faut-il donc ne plus vendre d’armes à quiconque ? Mais faut-il donc ne plus vendre d’armes à quiconque ? Vous trouverez toujours quelqu’un pour leur vendre des armes. Et, heu, voyez, là encore, c’est la difficulté, difficulté morale de tout cela. Mais le monde est comme il est. » Trois ans plus tard, le président Nicolas Sarkozy fera voter une résolution à l’ONU (Organisation des Nations Unies) qui interdira à tout avion libyen de décoller ; il sera ainsi plus facile de détruire les avions au sol et tout le dispositif de défense, empêchant ainsi le peuple libyen de préserver l’« indépendance nationale » si chère à monsieur Guaino.

    
Tandis que retentit « La Marseillaise », les deux hommes sont au garde-à-vous. Le président Nicolas Sarkozy grimace sous le soleil libyen : manifestement, il est en difficulté. C’est le moment, ici, de se souvenir de la description, sous forme d’une critique, faite plus haut par Rama Yade, à l’encontre de Muammar Gaddhafi : « et puis heu des lunettes de soleil ». Muammar Gaddhafi, lui, s’il porte des lunettes, c’est pour protéger ses yeux des rayons qu’il sait implacables. Beaucoup plus grave… Au fond de l’image, se trouve le « Monument de la souffrance du peuple libyen » qui a été érigé à la mémoire des victimes des bombardements britanniques et états-uniens, d’avril 1986, effectués en guise de représailles contre des actes terroristes attribués à la Libye dont la culpabilité n’a jamais été prouvée. Muammar Gaddhafi invite Nicolas Sarkozy à avancer. Après la signature des accords…
    
Voix off : « Pour le président, ces accords sont de moindre importance à côté du dossier qu’il a prévu d’évoquer dans quelques minutes avec le dictateur : sa chère Union pour la Méditerranée. Après deux mois de présidence, elle semble à portée de main. Il a besoin toutefois du soutien déterminant de son hôte. »
    
Muammar Gaddhafi et Nicolas Sarkozy se dirigent vers la tente. La modeste tente où sont installé(e)s, à une table portant deux plateaux de mets de réception, la dame interprète, Nicolas Sarkozy et, invisible de suite, Muammar Gaddhafi. Claude Guéant s’étire de tout son long, avec une indescriptible impolitesse, par-dessus l’un des plateaux et en faisant fi de l’interprète, pour chuchoter quelque chose en direction de Nicolas Sarkozy. Muammar Gaddhafi demande, par un petit signe, à des personnes restées à l’extérieur, de parler moins fort, sans doute des journalistes.

    
Jean-David Lévitte, conseiller diplomatique de Nicolas Sarkozy, en est resté aux vieux clichés : « C’était un axe majeur de sa politique étrangère. Lui arrivait avec un esprit cartésien et une discussion structurée en tête. En face, l’interlocuteur n’était pas dans les mêmes dispositions intellectuelles, disons. » Bernard Kouchner, ministre des Affaires étrangères, tente d’oublier sa déconfiture du moment… « J’ai le souvenir d’une scène de théâtre, de de d’une d’une incommunication flagrante, d’une comédie jouée par Mouammar Kadhafi. » Voix off : « Avec tout l’enthousiasme dont il est capable, le président expose sa vision géopolitique au maître des lieux à qui il offre de le rallier. » Bernard Kouchner : « C’était un sphynx. Il répondait pas. Ou il disait trois-quatre mots en arabe. Sans rapport du tout avec la discussion qu’on voulait avoir avec lui. Il y avait des éclairages sur ce qu’on pouvait lui vendre. En général, c’était je sais pas quoi, des armes anti-chars ou je ne sais pas quoi. Et nous, nous ne savions pas. Il fallait qu’on prenne des conseils. » Voix off : « Le dictateur élude. Bernard Kouchner recentre la discussion avec un peu d’insistance. » Jean-Luc Sibiude (ambassadeur de France en Libye) évoque ce moment particulier : « Le président l’a repris en disant pratiquement, disant à Kadhafi : “N’écoutez pas ce que dit mon ministre des Affaires étrangères.” Non, Sarkozy voulait une visite qui se passe bien. Bon ! Il disait : “Je suis là pour faire plaisir à mon hôte qui m’a fait, donc, heu, autant ne pas lui compliquer, ne pas évoquer les choses dans le détail.” En gros, le président a dit : “On verra, on vous précisera les choses, les grandes lignes, tout ça.”. »
    
Voix off : « Lorsqu’il quitte la tente, le président ne doute pas de gagner son hôte à sa cause. Le dictateur, lui, masque sa déception. Il escomptait un président acquis à ses rêves africains. Il reçoit un ambitieux qui lui demande de se rallier à un projet concurrent. » Ahmed Gaddhaf  El Dam, quant à lui, explique le point de vue, non de Muammar Gaddhafi, mais du « nous » libyen : « Nous, nous pensions que Sarkozy avait pris en compte le projet que nous avions impulsé en Afrique. Et, là, nous constatons qu’il cherche juste à se donner un rôle historique, qu’il veut être le chef. »

    
Jean-David Lévitte : « Kadhafi, il a toujours eu cette ambition un peu fantasque, mais enfin, de rassembler l’Afrique ou, en tout cas, une partie de l’Afrique, et il a essayé d’atteindre cet objectif, plus par l’ingérence que par la coopération. Donc, notre message, assez évident, était de lui dire : « Puisque vous avez renoncé au terrorisme et aux armes de destruction massive, renoncez aussi à l’ingérence, à la déstabilisation de vos voisins. ». » En quoi l’idée de « rassembler l’Afrique », à travers les chefs des États et les peuples, était-elle plus « fantasque » que l’idée d’États-Unis d’Amérique (au XVIIIème siècle), d’Union Européenne (au XXème siècle) ?
     
L’Union Européenne, n’était-elle pas un projet, sinon « fantasque », du moins anti-démocratique, manigancé en dehors des peuples ? Le vote des peuples - et notamment du peuple français - “pour ou contre le traité constitutionnel européen”, n’a-t-il pas été… bafoué, nié ? Contrairement à la réalisation de l’Union Européenne, la création des États-Unis d’Afrique était le fait, non seulement de la Libye mais aussi des autres États africains. L’OUA (Organisation de l’Unité Africaine), moribonde, a transmis le flambeau à l’UA (Union Africaine) : tous les États africains étaient invités (et non une partie de l’Afrique) ; il y avait des Sommets africains, d’année en année, pour mettre en place la Constitution avec « les droits de l’homme et des peuples » et les Institutions préparant la création des États-Unis d’Afrique. Contrairement à ce que prétend Jean-David Lévitte, l’Union Africaine, qui devait ouvrir sur les États-Unis d’Afrique, était un projet commun aux États et aux peuples africains ; certainement pas une « ingérence » de Muammar Gaddhafi ! Dans le cadre de la construction des États-Unis d’Afrique, en quoi une « ingérence » ou une « déstabilisation » de Muammar Gaddhafi, aurait-elle été bénéfique ?
      En 2010-2011, quel chef d’État a fait de « l'ingérence » dans les pays africains et par rapport aux peuples africains : Côte d’Ivoire, Tunisie, Égypte, Libye… ? Sinon le président français Nicolas Sarkozy, toute sa clique gouvernementale, et quelques pseudo-intellectuels qui n’avaient à se mêler ni des affaires politiques de la France, ni des affaires politiques de la Libye. C’est la volonté d’une grande partie du continent africain qui allait être bafouée, en 2011, par les puissances occidentales qui n’ont jamais pu renoncer à leurs colonies et donc à l’emprise qu’elles exerçaient sur les pays africains pour mieux voler les richesses du continent qu’elles continuent à voir comme une caverne d’Ali Baba, qui leur appartient nécessairement, puisqu'ils en sont les quarante voleurs.

    
Voix off : « Trop sûr de lui, le président mésestime les ambitions du roi des rois d’Afrique. Bref ! L’entrevue se révèle un jeu de dupes. Chacun se méprenant sur les intentions de l’autre. » Cette dame, sait-elle ce qu’elle dit, dans le commentaire ? Sait-elle ce qu’est ce titre, non pas que Muammar Gaddhafi s’est donné lui-même, mais que lui ont donné les chefs des autres États africains ? Voix off : « De retour vers la France, il reste à l’hyper-président, comme on commence à le surnommer, à honorer une promesse : la visite officielle qu’il a offerte au dictateur. Il convient qu’elle renforce son entente avec lui et parachève sa grande offensive diplomatique de début de mandat. »

 

Françoise Petitdemange


12. DE LA PAIX A LA GUERRE... CONTRE LE PEUPLE LIBYEN

12.
DE LA PAIX À LA GUERRE...
CONTRE LE PEUPLE LIBYEN


4 - 11. Muammar Gaddhafi
et la délégation libyenne en France

 

      Vue sur une vaste salle avec des sièges occupés, disposés en cercle : EU Africa Summit. Nicolas Sarkozy et Bernard Kouchner sont présents. Voix off : « Cinq mois plus tard, en décembre. La femme du président est finalement partie. Le dictateur arrive. La veille de sa venue, les deux hommes se croisent à Lisbonne dans le cadre d’un sommet international. » Muammar Gaddhafi, vêtu de son habit traditionnel brun, et la tête couverte de sa chéchia noire, apparaît et serre la main d’un dirigeant africain. Puis, Nicolas Sarkozy s’avance vers le Guide, déjà installé, et lui serre la main : « Bonjour Monsieur Kadhafi. Je suis très heureux de vous recevoir en visite à Paris. » Un militaire s’approche du Guide pour lui faire la traduction ; celui-ci sourit sans répondre.
     
Voix off : « Mais le président va recevoir un dictateur resté fidèle à lui-même. Il vient de faire scandale en déclarant à un journal portugais » : « Il est normal que les faibles aient recours au terrorisme. » Lors de ce sommet de Lisbonne, 8 décembre 2007, Nicolas Sarkozy se montre très conciliant : « Permettez-moi de dire qu’il y a moins de problème à recevoir le président Kadhafi dont les services collaborent avec les services occidentaux dans la lutte contre le terrorisme, dont les infirmières ont été libérées dans un avion de la « République Française ». Pour le reste, il a sa personnalité, son tempérament ; c’est pas moi qui vais les juger. »

     
« 10 décembre 2007. » Voix off : « Au petit matin, ce lundi, on déroule le tapis rouge, par rouleaux entiers. Dans la cour d’honneur de l’Élysée, et en face, dans les jardins d’une annexe du Palais. Première dans les annales du protocole, on y a dressé une vaste tente bédouine. » Ahmed Gaddhaf  El Dam (conseiller de Muammar Gaddhafi) : « Oh, ils ont accepté toutes nos demandes. Le message de Gaddhafi pour sa première visite en Occident, après une longue période de rupture, c’était… « Ce n’est pas parce que je me rends en Europe que je change. ». » Voilà qui rappelle une fidélité du Guide révolutionnaire à ses convictions.

Françoise Petitdemange

 

26 avril 2015

18. DE LA PAIX A LA GUERRE... CONTRE LE PEUPLE LIBYEN

18.
DE LA PAIX À LA GUERRE...
CONTRE LE PEUPLE LIBYEN

 

4 - 17. Après la secrétaire d’État, le ministre…

 

      Le député Arnaud Montebourg s’exprime à la tribune de l’Assemblée nationale, avec, derrière lui, François Hollande et Jean-Marc Ayrault, et, devant lui, des gradins plus qu’à moitié vides… Il apostrophe, dans cette Assemblée nationale quelque peu déserte, le ministre des Affaires étrangères et européennes : « Cette visite tourne à la farce tragi-comique. Que des relations diplomatiques normales soient établies avec la Libye, cela se conçoit. Mais que la France fasse le cadeau d’une réhabilitation à grands frais, c’est une maladresse qui nous coûtera. Monsieur le ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, jusqu’où irez-vous dans la négation de vous-même ? » L’homme du perchoir : « La parole est à monsieur le ministre des Affaires étrangères et européennes. » Vue sur Rama Yade faisant la trogne. Voix off : « Jusqu’à présent, le chef de la diplomatie, caution humanitaire du président, s’était prudemment tenu à l’écart de la visite controversée. » Le ministre des Affaires étrangères et européennes, Bernard Kouchner, va lui répondre en faisant un virage à 180 degrés : « Vous avez cité un certain nombre des prises de position de monsieur Kadhafi, sachez que je les réprouve. Lorsqu’il a parlé des droits de l’homme, ici, c’est-à-dire des droits de l’homme dans notre pays, en Europe, c’était assez pitoyable. » Plus tard, l’homme-girouette, Bernard Kouchner, se sentira obligé d’en rajouter  : « Voilà, je dis : « C’est pitoyable ». Oui, c’est pitoyable. Voilà. C’est ce que je pense. Mais je n’avais pas changé lorsque Nicolas Sarkozy m’a proposé d’être ministre des Affaires étrangères, il savait très bien à qui il demandait. Je sentais bien que tout ça l’avait agacé et que, bien sûr… »

 

Françoise Petitdemange


 

23. DE LA PAIX A LA GUERRE... CONTRE LE PEUPLE LIBYEN

23.
DE LA PAIX À LA GUERRE…

CONTRE LE PEUPLE LIBYEN
 


5 - 22. Pour qui travaille le président français ?

 

      Sur fond de drapeau bleu-blanc-rouge, apparaît cette annonce : « Allocution de monsieur le président de la république Dimanche 27 février 2011. » (La Marseillaise à l’appui.) Nicolas Sarkozy, devant la bibliothèque de l’Élysée [sic], prépare “l’opinion” à la guerre… « Mes chers compatriotes. C’est mon devoir de prendre les décisions qui s’imposent quand les circonstances l’exigent. Nous avons donc le devoir d’agir face à la crise libyenne dont les conséquences pourraient être très lourdes pour la stabilité de toute la région. » Ce « devoir d’agir », n’est-ce pas un ordre donné par… le CRIF, par exemple ? De quelle « stabilité de toute la région », parle-t-il ?... Parle-t-il d'une stabilité au profit d'Israël qui ne cesse de bombarder le peuple palestinien ? Quatre ans après les efforts de « stabilité » déployés par Nicolas Sarkozy, c’est le chaos dans les pays arabes et africains.
     
     
Jean-David Lévitte (conseiller diplomatique de Nicolas Sarkozy), lui, se souvient d’une autre guerre : « Le président de la république, heu, lui, heu a été mobilisé tout de suite, a très bien compris que que cette affaire allait tourner à la tragédie, heu, avec des dimensions effroyables. Heu… Et, et le le souvenir que j’en garde, c’est qu’il m’avait demandé, heu, à l’époque, heu, comment s’était déroulée l’affaire de Srebrenica puisque j’étais auprès du président Chirac à l’époque. » Comment monsieur Lévitte, peut-il parler d’une « tragédie » supposée que le président Sarkozy voulait éviter en larguant des bombes sur le peuple libyen ? Puisque monsieur Lévitte se souvient, autant qu’il se souvienne jusqu’au bout… Après l’éclatement programmé, notamment par le FMI (Fonds Monétaire International), de la République Fédérative Socialiste de Yougoslavie, en 1992, suivi d’une guerre, en mars 1994, et d’un massacre pudiquement appelé L'« affaire de Srebrenica », en juillet 1995, que faisait Bernard Kouchner, comme représentant spécial du secrétaire général de l’ONU et chef de la Mission d’administration intérimaire des Nations Unies, au Kosovo, entre le 15 juillet 1999 et le 15 janvier 2001 ? Après la mort du Guide révolutionnaire et la fin des bombardements qui ont été délibérément effectués pour anéantir l’armée jamahirienne, et donc le peuple, la « tragédie », que le président français prétendait éviter avec des bombes, se poursuit.



Françoise Petitdemange

  

21 juin 2015

6 - GRANDEUR ET MISERE DES SPECIALISTES

GRANDEUR ET MISÈRE DES SPÉCIALISTES
(6ème partie)


La politique de la France en Syrie…

 

      Toujours au Club de la Presse, le 20 mai 2015, voici ce qui étonne, par-dessus tout, Agnès Levallois :
      « Et aujourd’hui on a une position de la France qui est absolument inaudible et qui est complètement. Moi, ce qui me frappe, c’est qu’aujourd’hui le gouvernement de Bachar El Assad nous déteste, hein, déteste la politique de la France à juste titre. Mais que l’opposition nous en veut aussi terriblement parce que, au début, souvenez-vous, on n’a pas arrêté de dire : “Nous, la France, on va aider cette opposition”, on n’a rien fait. Donc, aujourd’hui, tout le monde nous déteste : l’opposition qui estime qu’on n’a pas respecté des accords, qu’on n’a pas respecté la parole et le gouvernement de Bachar El Assad qui, effectivement, trouve qu’on joue un jeu terriblement. »
     
Après la haine contre le président syrien en exercice, Bachar El Assad, répandue dans les médias français, et après tout ce que madame Levallois vient d’exprimer, faut-il s’étonner que « la politique de la France » soit « détestée » ? La France a fait « des accords » avec les opposants syriens qui, pour la plupart, ne vivaient plus, depuis des décennies, dans leur pays natal : cela s’apparente à une aide de la France à un coup d’État venant de l’extérieur contre le régime syrien. La haine des responsables politiques et médiatiques contre Bachar El Assad aura son revers habituel : dans le cas où l’issue de la guerre en Syrie se révélerait favorable aux chefs d’État occidentaux, les États-Unis ramasseront à la pelle des contrats avec ce pays tandis que la France n’aura pas même des miettes.

     
Serge July qui, dans cette émission, intervient quand il veut… n’hésite pas à couper la parole à l’invitée…
     
« Alors, justement, la question [Nicolas Poincaré : « Serge July… »] que je voulais poser, au mois d’août 2013, de savoir les États-Unis, la France, est-ce que ils allaient bombarder le régime de Bachar, les, les armées de Bachar, heu, vous pensez que ça a été un tournant, heu, terrible. [Agnès Levallois : « Pour moi »…] Vous, personnellement, en tant que chercheuse, vous pensez que ç’aurait été utile ? »

     
Agnès Levallois va tout de même pouvoir répondre…
     
« Alors, c’est une question extrêmement difficile [Serge July : « Oui. »]. Moi, je pense, je pense honnêtement que, en août 2013, le régime était vraiment affaibli : y avait vraiment un sentiment, à Damas, enfin des échos que j’avais, vraiment, de, de, de peur, mais de peur terrible de ce régime, de ce qui était en train de se passer. Et je crois que quelques frappes, heu, ciblées, auraient pu permettre en tous les cas de, de, soit de faire tomber le régime, soit de, d’envoyer un signal au deuxième cercle autour de Bachar El Assad. Je ne parle pas du premier cercle, hein, qui, lui, de toute façon, ne bougera jamais. Mais le deuxième et troisième cercles, là, de basculer parce que ce deuxième et troisième cercles auraient vu qu’il y avait vraiment une vraie parole de cette communauté internationale et qu’elle était prête à aller jusqu’au bout. »
     
Agnès Levallois omet de rappeler « ce qui était en train de se passer », réellement, au mois d’août 2013. Début août, les opposants syriens avaient mené une offensive dans la région de Lattaquié et causé un massacre dans la population civile alaouite. Le berceau familial des Assad se trouve notoirement à Qardaha, près de Lattaquié, à l’ouest de la Syrie, et le père de Bachar, Hafez El Assad, y était né dans une famille pauvre appartenant à la petite communauté religieuse des Alaouites. Fin août, les opposants dénonçaient des bombardements massifs à l’arme chimique perpétrés par le prétendu dictateur, Bachar El Assad, contre la population civile, principalement alaouite. Or, quel intérêt, le président de la république, aurait-il eu à bombarder les civil(e)s de cette communauté ?… Pour les responsables politiques et médiatiques occidentaux, ces accusations, qui attaquaient le régime syrien et qui provenaient des opposants, ne pouvaient être que vraies.
     
L’invitée du Club de la Presse émet un autre regret : celui que lui donnent les forces occidentales de n’avoir pas profité de ces mensonges contre Bachar El Assad, diffusés en masse dans les médias français notamment, pour intervenir par « quelques frappes » 7___Syrie« ciblées » contre la Syrie (comme en Irak, lors des deux guerres du Golfe, comme en Libye en 2011 pour protéger le peuple)… En vertu de quel droit ? Eh bien ! du droit d’ingérence des États occidentaux - si cher à Bernard Kouchner - dans les affaires intérieures des autres pays, droit qui bafoue le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et qui viole leur souveraineté… Pour Agnès Levallois, il fallait « aller jusqu’au bout » ! C’est-à-dire renverser le régime : la République Arabe Syrienne et le président élu.
     
Faut-il rappeler, ici, que Ali Sulayman el-Wahch avait fait partie d’un groupe d’insurgés opposés à l’occupation française (1920-1946) de leur pays et que sa lutte contre l’occupant lui avait valu le surnom d’El Assad (Le Lion). Son fils, Hafez El Assad, qui était entré à l’Académie militaire syrienne et avait suivi une formation de pilote de chasse au sein de l’Armée Rouge, en URSS, avait mis fin, une fois devenu président de la République Arabe Syrienne, à la série de coups d’État orchestrés contre son pays. Son petit-fils, Bachar El Assad, s’est opposé à l’invasion de l’Irak par l’armée américaine, en 2003, qui se trouve, selon Agnès Levallois, à l’origine de tous les problèmes actuels dans le monde arabe.

      Serge July :
      « Vous savez pourquoi ça n’a pas eu lieu »
     
     
Agnès Levallois :
     
« Je sais, mais et du coup [Serge July : « À cause de l’Iran. »]. Bien sûr. [SJ : « Et des négociations avec l’Iran. »] Mais à partir de là, mais à partir de là, ce qui, pour moi, est encore beaucoup plus dramatique, c’est que c’est un permis de tuer qui a été délivré à Bachar El Assad. C’est-à-dire que Bachar El Assad, quand il a vu qu’il y avait ce recul de la communauté internationale, s’est, ce que j’appelle vraiment “permis de tuer” et de, à partir de là, on a vu Bachar El Assad, effectivement, se déchaîner. Il avait plus aucune raison d’arrêter de, de, de faire ce qu’il était en train de faire puisqu’en dépit de nos grandes paroles, on ne faisait plus rien. Et quand vous reprenez la chronologie, vous vous apercevez qu’à partir de là, il y a eu ces bombardements sans fin de la population civile par Bachar El Assad à Alep, en particulier, qui est quand même un cas de figure emblématique, la deuxième plus grande ville de Syrie. Là aussi, un joyau architectural. »
     
Comment madame Levallois, qui procède par des assertions sans preuves et des sous-entendus, peut-elle penser que ce qu’elle raconte, au sujet des « bombardements sans fin de la population civile par Bachar El Assad à Alep », est crédible ? Les appareils politico-médiatiques, n’ont-ils pas menti aux peuples du monde en racontant que Saddam Hussein détenait des armes chimiques qui, de figurer dans la panoplie des ADM (Armes de Destruction Massive), étaient réprouvées par les chefs d’États occidentaux qui ne se gênaient pas et ne se gênent toujours pas pour en détenir eux-mêmes… et pour les utiliser comme en Yougoslavie, en Irak, en Libye, etc. Les appareils politico-médiatiques, n’ont-ils pas menti aux peuples du monde en racontant que Muammar Gaddhafi bombardait son peuple et faisait des centaines puis des milliers de morts ? Selon le regret de madame Levallois, « la communauté internationale », aurait-elle dû se donner le « permis de tuer » en bombardant la Syrie ? Le droit d’ingérence par les bombes, que se sont donné et que se donnent les Occidentaux dans les affaires intérieures des autres pays, est, lui, un « permis de tuer » les populations militaires et civiles sans qu’elles n’aient pu et ne puissent plus se défendre des attaques intérieures et extérieures puisque l’armée de leur pays est détruite en premier lieu…
     
En mars 2011, les autorités légitimes de la Libye et de la Syrie - police, armée - et les populations de ces deux pays ont été attaquées - comme par hasard, en même temps - par des groupes armés d’opposition. Les trois chefs d’États français, britannique, états-unien ont profité de ces attaques par des groupuscules d’hommes armés, dont certains n’étaient pas de Libye et de Syrie, pour traiter le Guide révolutionnaire libyen, Muammar Gaddhafi, et le président syrien, Bachar El Assad de « dictateurs sanguinaires » et pour bombarder directement la population libyenne sous le prétexte de la protéger et indirectement la population syrienne… Qu’auraient fait ces trois chefs d’État si des groupes armés d’opposition, pas même venus d’ailleurs, avaient attaqué les autorités - police, armée - et les populations dans leurs pays ? La réponse est ici : en Grande-Bretagne, un Britannique d’origine antillaise, soupçonné d’être un dealer, fut abattu par la police, le 4 août 2011 ; suite à ce meurtre, des manifestations contre la police - tout de suite appelées « émeutes » dans les médias - ont eu lieu entre le 6 et le 10 août, à Londres, à Birmingham, à Liverpool, à Manchester et à Bristol… Les forces de police n’ont pas hésité à riposter. David Cameron, qui s’était rangé du côté des prétendus manifestants et des tout aussi prétendus rebelles, libyens et syriens, et qui était occupé à faire bombarder la population civile en Libye, annoncera de terribles mesures de répression contre les manifestants un peu turbulents dans son pays.
     
     
D’un côté, madame Levallois accuse Bachar El Assad d’avoir mis à mal Alep, « un joyau architectural », et, d’un autre, elle a appelé le même à attaquer « Daesh » à Palmyre, autre joyau du patrimoine antique syrien.
     
« Quand vous vous promenez dans le vieux souk d’Alep ou la citadelle qui surplombe le souk d’Alep, heu, - là aussi, j’y suis allée à de nombreuses reprises - et que ça n’existe plus, que ça a été détruit, c’est une cata, et ça, c’est le régime de Bachar El Assad qui l’a fait. Et ce n’était pas Daesh, à l’époque. »
     
Où serait l’avantage de Bachar El Assad de détruire les joyaux de son pays ? N’y avait-il pas, là, des manifestants ou, plutôt, des groupes armés contre la République Arabe Syrienne et contre un président élu ? Ces groupes s’étaient bientôt constitués en ASL (Armée Syrienne Libre) soutenue par les chefs d’États français, britannique, états-unien, renforcée par l’apport de mercenaires - combattants islamistes, armés et entraînés en Turquie, financés par les monarques du Golfe (Qatar et Arabie saoudite), supervisés, depuis la Turquie, par des agents de la CIA - qui faisaient et font encore le coup de feu contre l’armée de la République Arabe Syrienne, pour renverser le président élu et anéantir le parti Baas, dans le but d’établir… quelle démocratie ?

     
Faut-il penser que seuls les chefs d’États occidentaux et leurs complices du Moyen Orient ont le droit de bombarder des pays et les populations qui y vivent ?… Agnès Levallois :
     
« Donc, tout ça pour dire que le, le, le, le, le rendez-vous manqué de 2013, heu, soit on ne disait rien parce qu’on n’avait pas, on savait très bien qu’on n’irait jamais bombarder, mais, à ce moment, il fallait pas dire qu’il y avait des lignes rouges, et à partir du moment où on dit qu’il y a des lignes rouges et que la parole n’est pas tenue, là, Bachar El Assad : boulevard devant lui et [mot inaudible], pour lui la vie était belle et on voit les résultats, deux ans après, ce qu’on arrive pratiquement à deux ans après. »
     
Vraiment, madame Levallois, en 2013, « la vie était belle » pour Bachar El Assad qui, depuis 2011, voyait son pays attaqué, la population obligée de fuir, et ne pouvait ignorer le sort réservé par les chefs d’États français, britannique, états-unien à Muammar Gaddhafi ?                 

  

1er texte : http://lavoixdelalibye.com/?p=22813
2ème texte : http://lavoixdelalibye.com/?p=22889

 

Françoise Petitdemange

 

http://www.francoisepetitdemange.sitew.fr/#LA_LIBYE_REVOLUTIONNAIRE_.A