24 avril 2015

5. DE LA PAIX A LA GUERRE... CONTRE LE PEUPLE LIBYEN

 5.
DE LA PAIX À LA GUERRE...
CONTRE LE PEUPLE LIBYEN

1 - 4. Le candidat Sarkozy à l’élection présidentielle

      À propos de la création des États-Unis d’Afrique… Voix off : « Après avoir vainement tenté de prendre la tête du monde arabe, le dictateur rêve de fonder des États-Unis d’Afrique que, bien sûr, il dirigerait. Autoproclamé roi des rois, ses milliards lui donnent les moyens de ses ambitions. »
     
Ces allégations ne sont pas conformes à la réalité… Muammar Gaddhafi - il le savait lui-même - n’était ni le seul homme, ni le premier à avoir rêvé de la FRA (Fédération des Républiques Arabes), et des États-Unis d’Afrique ; mais, cette fois, le rêve est passé à la réalité… La FRA, qui, dans les années 1970, rassemblait, pour commencer, la Tunisie, la Libye, l’Égypte, la Syrie, a été sabordée par le président égyptien, Anouar El Sadate, qui a renié sa signature en passant dans le camp d’en face, à la grande colère du peuple libyen qui appelait Sadate : « le traître ». Après cela, en 1999, Muammar Gaddhafi lançait un Appel aux dirigeants des autres pays africains : cet “Appel de Syrte” a été entendu et suivi de Sommets africains, qui se tenaient-se tiennent, d’année en année, dans des villes et des pays différent(e)s d’un Sommet à l’autre : Libye, Togo, Zambie, Afrique du Sud, Ghana, etc. L’OUA (Organisation de l’Unité Africaine), moribonde, a transmis le flambeau à l’UA (Union Africaine) avec, pour projet commun aux pays, de créer les États-Unis d’Afrique. Une Constitution et des Institutions ont été mises en place. Il s’agissait de créer une monnaie et une armée de défense communes…
     
Il n’était pas question, pour Muammar Gaddhafi de « prendre la tête du monde arabe ». La présidence de la FRA devait être assurée, tour à tour, par les dirigeants des pays qui la constituaient. De même, la présidence de l’UA (Union Africaine) était-est assurée, à tour de rôle, par tous les chefs des pays africains, pour une durée d’une année : Muammar Gaddhafi n’a pas été le premier président de l’UA (Union Africaine), mais le 7ème, du 2 février 2009 au 31 janvier 2010. Dans le même temps, en février 2009, il a été désigné, « roi des rois d’Afrique » par les chefs des autres États africains. Mais le concept de « roi des rois d’Afrique » - faut-il le préciser - n’a rien à voir avec celui des rois de France d’autrefois, ni avec celui des rois et reines actuel(le)s - de la reine d’Angleterre, du roi de Belgique, de la reine du Danemark, du roi d’Espagne, du roi du Luxembourg, du roi des Pays-Bas, du roi de Suède - qui règnent encore sur 7 pays d’une Europe prétendument démocratique qui en compte 28…
     
Voix off : « Mais, sur sa route, il craint la France et sa très active politique africaine. La France qui s’est toujours opposée à ses projets. Ainsi, ses rapports avec le président Chirac, sont-ils notoirement glaciaux. » Muammar Gaddhafi ne craint aucun pays. Simplement, il connaît l’histoire du continent africain. Il sait quels sont les pays européens qui, lors de la colonisation, ont tracé des chemins de sang dans les différents pays africains et l’indépendance très relative de certains d’entre eux… Il sait que l’histoire sanglante de la colonisation peut recommencer.

     
Ahmed Gaddhaf El Dam, conseiller de Muammar Gaddhafi, donne le point de vue libyen : « Il fallait donc améliorer nos relations avec la France. Coûte que coûte. Pour qu’elle ne perturbe pas, par son influence sur certains pays africains, les discussions sur la fondation des États-Unis d’Afrique. C’était notre but et c’est ce qu’on attendait de Sarkozy, à l’époque ministre de l’Intérieur. » Voix off : « L’un des hommes chargés des relations avec la France est le cousin du dictateur, son stratège, son confident. » Le visage d’Ahmed Gaddhaf El Dam apparaît, puis un portrait de Muammar Gaddhafi en tenue militaire sur fond d’un autre visage : celui d’Omar El Mokhtar.
     
Ahmed Gaddhaf El Dam : « Une chose est sûre : il nous a montré le plus grand respect. Il nous a fait l’impression d’un homme honnête qui voulait sincèrement développer nos relations et corriger les erreurs de la France en Afrique. » Voix off : « Le dictateur ne peut qu’apprécier ce ministre qui prône publiquement la rupture avec le président français du moment. Il s’en retourne en France avec le pouvoir à conquérir. Et s’il ne revient pas en Libye, plusieurs de ses proches feront le voyage. Parfois pour parler affaires. Car, après les années d’embargo, le juteux marché libyen suscite des convoitises. »

Françoise Petitdemange


26 avril 2015

22. DE LA PAIX A LA GUERRE... CONTRE LE PEUPLE LIBYEN

22.
DE LA PAIX À LA GUERRE…
CONTRE LE PEUPLE LIBYEN

 

5 - 21. La guerre extérieure en Libye
pour faire diversion à l’intérieur de la France…

 

      Voix off : « Comme tous les dirigeants occidentaux, le président s’empresse de condamner le désormais indéfendable Guide libyen : ses mots ont bien peu de poids. Alors que les printemps arabes ont la sympathie de l’opinion, le souvenir de sa lune de miel avec le dictateur sanglant est devenu gênant. Ce bilan diplomatique terni tombe au plus mal car, dans un an, il remettra en jeu son mandat. Et si, au contraire, il tirait avantage de la situation pour se re-présidentialiser. C’est ce que lui suggère de faire un de ses conseillers. » De quels « printemps arabes » et de quelle « opinion » s’agit-il ? Les médias parlent d’« effet dominos »… Donc, ils savent qu’il y a, derrière tout ceci, un programme de déstabilisation des pays arabo-africains qui entourent la Libye et des pays arabes comme la Syrie : ils contribuent, par l’idéologie véhiculée à coups de mensonges répétés et d'images composées, aux renversements des régimes en Tunisie, en Égypte, en Libye, en Syrie...
     
Propos de Patrick Buisson [reconstitution] : « La situation internationale nous permet de tenter une opération politique dictée par les événements. Le message de dimanche soir […] est extrêmement important. C’est de là que peut s’amorcer la reconquête… » Voilà ! La politique se fait sous la forme d’« opération politique » et de « reconquête ». Où est la démocratie, dans tout cela ?

 

Françoise Petitdemange


16 juin 2015

1 - GRANDEUR ET MISERE DES SPECIALISTES

GRANDEUR ET MISERE DES SPECIALISTES
(1ère partie)

 

Une carte de visite bien remplie… Et pour quoi faire ?

     

      En 1983, Agnès Levallois obtient un diplôme supérieur d’arabe littéral de l’INALCO (Institut National des Langues et Civilisations Orientales). Deux ans après, en 1990, en tant que spécialiste du Proche-Orient, elle intègre le service du SGDN (Secrétariat Général de la Défense Nationale). En 1993, elle obtient un DEA (Diplôme d’Études Approfondies) de l’IEP (Institut d’Études Politiques) de Paris sur le monde arabe contemporain. Elle devient « responsable du bureau arabe et persan à la Délégation aux affaires stratégiques, au ministère de la Défense ». [http://agneslevallois.com/apropos.php]

      En 1995, elle rédige des articles sur le monde arabe (Maghreb-Machrek) pour la revue La Documentation Française. Trois ans plus tard, en 1998, elle est journaliste à Nord-Sud Export pour le groupe Le Monde, et collaboratrice au Monde Économie. De novembre 2005 à juillet 2006, elle est directrice de l’information et des programmes de RMC-MO (Radio Monte-Carlo - Moyen-Orient, la filiale arabophone de RFI (Radio France Internationale).
[http://www.telesatellite.com/actu/12464-agnes-levallois-ete-nommee-directrice-de-information-de-la-radio-rmc.html] De juillet 2006 à février 2009, elle est directrice adjointe de la rédaction de France 24, responsable des contenus arabophones.

      En 2012, elle crée une SARL (Société à Responsabilité Limitée), Agnès Levallois Conseil. Le capital est de 8.000 euros ; le chiffre d’affaires atteint 1 million d’euros dès l’année 2013.
[https://corporama.com/fr/societe/agnes-levallois-conseil/539856427] Sur le site Agnès Levallois Conseil, le Curriculum Vitae de la spécialiste ès Moyen Orient, est, dans l’« À propos », un peu plus détaillé : « Parlant l’arabe, ayant vécu à Damas et effectué de nombreux séjours en Égypte, au Liban, au Maroc elle est l’auteur de nombreuses publications dont Moyen-Orient mode d’emploi, Stock, 2002. Agnès Levallois s’appuie sur un parcours de spécialiste en géopolitique, analyse du risque pays et en communication pour offrir une expertise sur les pays arabes. »
      [http://agneslevallois.com/apropos.php]

      Sur le même site, le chapitre « Services/Références » permet de découvrir ses diverses activités : missions, séminaires, conseils. Le passage au ministère de la Défense lui a ouvert des portes, dont celles, entre autres, de l’entreprise Thalès. Elle est…
     
« Chargée de mission à l’Académie diplomatique internationale (ADI). Participation à l’organisation de rencontres, de séminaires sur les transitions que vivent les pays de la zone MENA » [Middle East and North Africa] ;
     
« Chargée de cours à l’ENA sur les conséquences géopolitiques des bouleversements dans les pays arabes ;
     
« Chargée de cours à Sciences po : les services de sécurité et de renseignement dans le monde arabe : acteurs du changement ? ;
     
« Animation de séminaires à Ubifrance et dans de grandes entreprises parmi lesquelles Crédit agricole, Renault, Thalès ;
     
« Conseillère éditoriale d’Ipemed, institut de prospective économique du monde méditerranéen, think tank spécialiste des questions euro méditerranéennes. Juin 2011 - Juin 2014
      « Interventions dans de nombreux média : […]. »
     
[http://agneslevallois.com/services.php]
     
D’ailleurs, les logos de tous ces médias sont affichés sur le site : i Télé, RTL, France Inter, RFI, TF1, Arte, France 5, Radio-Canada, AFP, TV5 Monde, RTS Radio Télévision Suisse, Aljazeera, Europe 1, France 2, France Culture.


*
 
Avec pareil curriculum vitae, que peut dire cette spécialiste
sur le sort réservé par l’Occident au monde arabe ?
1ère partie

      Le 20 mai 2015, Agnès Levallois était l’invitée du Club de la Presse, sur Europe 1.
     
(À noter que le logo de la radio se trouve, effectivement, sur son site.)

      Après l’avoir présentée comme la « spécialiste du Moyen Orient et du monde arabe, chargée de cours à l’ENA et à Sciences Po », Nicolas Poincaré tente de dresser un bilan rapide de la situation du moment.
     
« Faut-il s’inquiéter des récentes progressions de l’État islamique en Syrie et en Irak ? L’État islamique, qui n’est plus qu’à 100 kilomètres de Bagdad après la prise de Ramadi, qui se serait emparé aujourd’hui d’une partie de la cité antique de Palmyre en Syrie… Daesh, est-il en train de progresser, faut-il s’en inquiéter ? On vous pose la question jusqu’à 20 heures avec nos trois grandes voix du soir : Gérard Carreyrou, Serge July et Olivier Duhamel. »

 
Mais, d’abord, qu’en est-il de la situation au Mali ?

      C’est l’animateur de l’émission, Nicolas Poincaré, qui pose la première question…
     
« Est-ce que c’est une guerre qu’on peut gagner ? »

       Agnès Levallois :
     
« Très difficile, hein, puisqu’on voit bien surtout sur un terrain comme le Mali qui est un terrain extrêmement large et très, très grand. Et donc, la grande difficulté est d’arriver à repérer où sont les terroristes ou ceux qui sont contre nous et la difficulté à pouvoir atteindre puisqu’on sait très bien que, même si on atteint un groupe ou un responsable, il peut y en avoir d’autres et qui se meuvent très facilement sur ces terrains qu’ils connaissent évidemment beaucoup mieux que nous et qui leur donne un avantage certain sur la capacité que l’on a à réagir. »
     
« Contre nous », c’est-à-dire ? Après son élection en 2012, le nouveau président, François Hollande, n’a pas hésité à marcher sur les pas de son prédécesseur, Nicolas Sarkozy, qui, en faisant la guerre contre le peuple libyen et le Guide révolutionnaire, Muammar Gaddhafi, a non seulement détruit la Libye mais achevé de déstabiliser toute la région sahélienne. En dépit de plusieurs déclarations, François Hollande, s’ingérant dans les problèmes intérieurs du Mali, lançait le 11 janvier 2013, une importante opération militaire sur le sol de ce pays africain autant que dans les airs, et imposait la date des élections présidentielles au peuple malien pour faire élire l’un de ses favoris. Car, intervenir au Mali, c’est protéger les intérêts français dans les mines d’uranium du pays voisin, le Niger.

      L’invitée veut croire, quant à elle, que tout va bien, pour la France, dans le meilleur des mondes…
     
« Ce qu’y a de vrai, c’est que…, non c’est vrai que l’opération française au Mali a été plutôt réussie, mais, là, nous sommes sur des espaces avec peu de population. C’est la grande différence, je crois, quand même, avec l’Irak et la Syrie où la situation, du coup, est beaucoup plus compliquée, heu, qu’on n’a pas vraiment un projet politique au Mali parce que la situation politique, dans ce pays, est autrement différente de celle qui existe en Irak, qu’en Irak, on sort quand même de plus de dix ans de guerre ou, en tous les cas, d’un pays qui a été complètement cassé, déstructuré, lors de l’invasion américaine. »

      Comme le dit madame Levallois, « L’opération française au Mali a été plutôt réussie ». En effet… France Diplomatie se trouvait dans l’obligation, en ce mois de mai 2015 - soit, deux ans après l’opération guerrière de François Hollande - d’alerter toute personne, résidant au Mali ou désirant s’y rendre, quant au degré du danger.
      « En raison des menaces terroristes prévalant dans la zone sahélienne et des opérations militaires en Carte_du_Mali___mai_2015cours sur unepartie du territoire malien, il est recommandé aux personnes devant se rendre en mission au Mali et à nos compatriotes résidant sur place de faire preuve de vigilance et de se tenir informés de l’évolution de la situation. Pour rappel, il est formellement déconseillé de se rendre en zone rouge (cf. carte en rubrique sécurité) et il est déconseillé, sauf raison impérative liée notamment à des déplacements professionnels, de se rendre en zone orange. » Enfin… « Le tourisme au Mali reste formellement déconseillé. » [Citation et carte dans
http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/conseils-aux-voyageurs/conseils-par-pays/mali-12287/]
     
Il est vrai que, à consulter la carte produite par le site, il est difficile de savoir où il serait possible de poser un pied sûr au Mali…

      Madame Levallois, spécialiste ès monde arabe, pourra dire, dans la suite de sa prestation au Club de la Presse qui fera l’objet de l’article suivant, que… casser la colonne vertébrale d’un pays ne suffit pas…


Ce 1er texte est paru dans La Voix de la Libye
http://lavoixdelalibye.com/?p=22813


Françoise Petitdemange

http://www.francoisepetitdemange.sitew.fr/#LA_LIBYE_REVOLUTIONNAIRE_.A


18 juin 2015

3 - GRANDEUR ET MISERE DES SPECIALISTES

GRANDEUR ET MISÈRE DES SPÉCIALISTES
(3ème partie)


Une créature ingrate : « Daesh »

      Au Club de la Presse du 20 mai 2015, c’est la dernière ligne droite pour madame Levallois. Elle connaît très bien la Syrie. Son Curriculum Vitae l’indique : elle a vécu à Damas et séjourné en Égypte, au Liban, au Maroc…

      Après la déstructuration achevée de l’Irak (2003), la dislocation de l’État des masses en Libye (2011), la déstabilisation de la Syrie (depuis 2011), la guerre au Mali (depuis 2013), un seul souci pour les franco-anglo-saxons et les monarques du Golfe : Al-Qaïda (dont le fondateur, Oussama Ben Laden, était un ami de la famille royale saoudienne) qui, par son alliance avec d’autres groupes armés, a été partie prenante dans la formation, en 2006, d’un Conseil consultatif des moudjahidines en Irak. Celui-ci, et quelque trente tribus sunnites qui représentent la majeure partie de la population d’Al-Anbar (province de l’ouest de l’Irak), proclament, en octobre de l’année 2006 - soit deux mois avant l’assassinat du Président de la République d’Irak, Saddam Hussein, qui est sunnite  - la création de l’ÉII (État Islamique d’Irak). En avril 2013, certains territoires de la Syrie passant sous son contrôle, l’ÉII devient l’ÉIIL (État Islamique de l’Irak et du Levant). En juin 2014, l’ÉIIL annonce l’instauration d’un califat sur les territoires irakiens et syriens qu’il a pris : l’EIIL devient en abrégé l’ÉI (État Islamique). Mais le califat, qui sera rejeté par certaines organisations comme AQMI (Al-Qaïda du Maghreb Islamique), sera soutenu par d’autres comme le Conseil consultatif de la jeunesse islamique, établi à Derna en Libye, qui prête allégeance à l’État Islamique, le 31 octobre 2014, soit trois ans après la fin des bombardements de l’OTAN en Libye.

3___L_EIIL

      L’ÉIIL, que ses opposants appellent « Daesh », s’avère de plus en plus difficile à manœuvrer pour les chefs d’États occidentaux et les monarques du Golfe. Combien sont-ils, les combattants de cet État Islamique ?

     
C’est au tour de Gérard Carreyrou de poser la question :
     
« On a parlé de dix mille hommes. Ensuite, on a parlé de vingt mille hommes. Maintenant, on parle éventuellement de trente mille hommes. Combien y a-t-il de combattants de Daesh ? »

     
Agnès Levallois : « Maintenant, y a une question sur le nombre, effectivement : au départ, on parlait de quelques milliers, même on arrive à trente mille morts, je serais incapable de [Interventions : « Trente mille hommes, trente mille vivants, pas encore trente mille morts. » « Oui. »]. Pardon. Trente mille, ce serait peut-être une bonne chose, mais trente mille combattants. Je suis incapable de vous donner un chiffre parce que personne n’est en mesure de le donner. »
     
Le lapsus de madame Levallois est particulièrement parlant : il nécessitait bien une pause…


Alors, la Syrie…

      Dès la reprise de l’émission, Nicolas Poincaré ajoute une petite récréation :
     
« On parlait de Palmyre, à l’instant, cette cité antique, donc syrienne, qui est sur le point de tomber entre les mains de l’organisation de l’État islamique. Écoutez ce que nous en disait, hier soir, ici même, Jack Lang. »

     
« Pour Palmyre, vraiment, qu’on, qu’on prenne tous les moyens, je ne sais, aériens, si on veut pas aller au sol pour, j’allais dire, massacrer ces massacreurs ! [Intervention d’une journaliste : « Une bombe ? »] Pour détruire ces voyous ! ces étrangleurs ! ces assassins ! ces bandits ! Il faut sauver Palmyre ! C’est, c’est là une partie de notre civilisation : sauvons Palmyre ! Il faut sauver Palmyre par tous les moyens. »
     
Le palmarès politique de Jack Lang est éloquent : sous les deux présidences de François Mitterrand, Jack Lang fut ministre de la Culture, du 22 mai 1981 au 20 mars 1986, puis ministre de la Culture et de la Communication, du 13 mai 1988 au 2 avril 1992 ; en outre, du 17 mai 1991 au 2 avril 1992, il fut porte-parole du gouvernement Cresson. Du 2 avril 1992 au 29 mars 1993, sous le gouvernement Bérégovoy, il fut ministre d’État, ministre de l’Éducation nationale et de la Culture, puis, du 27 mars 2000 au 6 mai 2002, sous le gouvernement Jospin, ministre de l’Éducation nationale.

     
Palmyre… Cette oasis du désert de Syrie, qui est située à 210 kilomètres au nord-est de la capitale syrienne, Damas, est connue pour son site ancien classé au patrimoine mondial de l’UNESCO. Mais ce n’est pas de l’histoire antique de Palmyre que Jack Lang était venu parler, la veille, le 19 mai 2015, au Club de la Presse…
     
Les conditions de vie faites, depuis 2011, par les Occidentaux au peuple syrien - comme au peuple libyen - au nom des droits de l’homme et de la démocratie, pour renverser un régime qu’ils honnissent et évincer un président élu et même réélu, Bachar El Assad, qui ne fait pas leurs affaires, n’ont rien à voir avec l’art… Les propos qui vont suivre sont sans équivoque.

     
L’animateur, Nicolas Poincaré, se renseigne auprès de son invitée…
     
« Mais c’est une grande ville en dehors du site antique […] ? »

     
Palmyre, un site archéologique ? Bien sûr, mais Agnès Levallois y voit autre chose...
     
« Non, ce n’est pas une ville, ce n’est pas une ville très très grande, mais c’est surtout une ville qui a une position stratégique puisque c’est une ville qui est pas très loin de la frontière avec l’Irak, hein. On est à quelques centaines de kilomètres et, donc, c’est la région qui est mitoyenne de la fameuse région d’Al-Anbar où se trouve la ville de Ramadi qui a été prise par les [mot inaudible] islamiques récemment. Donc, on est[Intervention de Nicolas Poincaré : « Donc, ça ferait une entité territoriale pour Daesh. »] Voilà ! Et c’est pour ça. Il y a une profondeur stratégique, et c’est la route de Damas, on est à 250 kilomètres de Damas. Et, au nord, si on va vers Homs qui est ce verrou stratégique qui permet après d’aller vers la région de Lattaquié, qui est la région alaouite dont est originaire le président syrien. Vous voyez bien qu’on est sur une situation stratégique extrêmement intéressante. »
     
Voilà ce qui anime particulièrement les chefs d’États français, britannique, états-unien et les monarques du Golfe… en marge des gros intérêts politico-économiques de leurs multinationales de l’armement : faire tomber Damas, qui est à la fois la capitale de la Syrie et la ville natale de Bachar El Assad, comme ils ont fait tomber Bagdad, la capitale de l’Irak, et Tripoli, la capitale de la Libye ; faire détruire Lattaquié (région alaouite), comme ils ont fait détruire tout récemment, en mars 2015, le mausolée, construit à l’époque de Saddam Hussein pour honorer les morts, qui avait reçu les dépouilles de celui-ci, de ses fils, et d’autres personnes - monument érigé au centre d’Al-Awja, village natal de Saddam Hussein, situé à 10 kilomètres au sud de la ville de Tikrit, dans la province de Salah ad-Din, comme ils ont détruit, en octobre 2011, la ville de Syrte, contribué au massacre d’un millier de membres de la tribu Gadhadhafa et au lynchage du Guide révolutionnaire, et laissé profaner, dans la cour de la demeure familiale des Gaddhafi, le tombeau de la mère de Muammar Gaddhafi et de trois autres membres de la famille, au mépris de la loi musulmane comme de toute loi humaine.

     
Agnès Levallois poursuit son explication :
     
« Et que, pour l’État islamique qui a dans cette idée d’abolir les frontières, d’avoir Ramadi et Palmyre, ça permet justement de dire que ils sont en mesure d’établir un califat, même si on est dans le fantasme, et que, du coup, les frontières n’ont plus de sens et qu’ils sont, eux, dans cette logique de, de détruire ces fameuses frontières. Donc, c’est en ça que Palmyre est important. Et les, les organisa, enfin l’État islamique est tout à fait conscient aussi que, en s’approchant de Palmyre, la communauté internationale va réagir et qu’on va, à nouveau, parler d’elle parce que cette organisation ne vit, enfin, vit beaucoup sur la com. Et c’est une organisation qui fait une com d’enfer en permanence. » Selon Agnès Levallois, l’État islamique est en plein fantasme et en pleine com. Les populations le savent : les hommes et les femmes politiques en France ne font pas de « com ». Et madame Levallois, qui est « spécialiste » « en communication », non plus, d’ailleurs…


1er texte paru dans La Voix de la Libye
http://lavoixdelalibye.com/?p=22813
2ème texte paru dans La Voix de la Libye
http://lavoixdelalibye.com/?p=22889



Françoise Petitdemange


http://www.francoisepetitdemange.sitew.fr/#LA_LIBYE_REVOLUTIONNAIRE_.A

19 juin 2015

4 - GRANDEUR ET MISERE DES SPECIALISTES

GRANDEUR ET MISERE DES SPECIALISTES
(4ème partie)

Les guerres religieuses rallumées ?

      Dans le cadre du Club de la Presse du 20 mai 2015, « les trois grandes voix du soir », selon l’animateur Nicolas Poincaré, sont toujours avec l’invitée, Agnès Levallois.

     
Olivier Duhamel, spécialiste de droit constitutionnel, essaie de récapituler à sa façon le poids des tendances religieuses dans les conflits politiques actuels :
     
« […], ce qu’on comprend au début, c’est un combat entre sunnites et chiites, et ça, quand on dit ça, y a une petite complication parce que c’est l’Iran qui est chiite et donc l’Iran, ennemi des États-Unis, dans cette affaire-là, devient, forcément, plus ou moins allié des États-Unis. Et pis ça se complique encore un peu parce que l’Arabie saoudite, elle est sunnite, donc, normalement, elle devrait soutenir heu… ou elle pourrait soutenir les sunnites de Daesh. Sauf que, non, elle est avec les États-Unis contre les sunnites de Daesh. Alors, expliquez-moi pourquoi l’Arabie saoudite n’est pas avec Daesh et jusqu’où les États-Unis vont aller avec l’Iran ? »

      Agnès Levallois :
     
« Alors, la raison pour laquelle l’Arabie saoudite n’est pas avec Daesh, c’est que, là, vous avez un groupe de radicaux, de djihadistes radicaux, et qui ont, dans leur ligne de mire, la disparition du régime d’Arabie saoudite, estimant, les membres de Daesh estiment que l’Arabie saoudite est tout à fait illégitime et qu’elle n’a aucune 4___Arabie_saouditeraison [Intervention : « Ah ! d’accord… »] de, de diriger ce pays en raison de la corruption qui règne au sein de la famille royale [Intervention : « Ce sont les extrémistes. »] Ils sont bien plus radicaux même si, alors si on analyse les choses de plus près, c’est plus compliqué parce qu’on s’aperçoit qu’il y des pratiques de ce royaume saoudien qui sont finalement assez proches des pratiques de Daesh, et je pense simplement aux décapitations, aux exécutions. Aujourd’hui, il y a déjà eu 84 exécutions en Arabie saoudite depuis le début de l’année, ce qui est quand même énorme. Donc, elle n’a rien à envier à Daesh et vice versa. Mais on va, on va essayer de, de revenir sur le, la question que vous m’avez posée. »
     
Une petite idée vient à l’esprit : les hommes et les femmes politiques en France, en Grande-Bretagne et aux États-Unis qui ne cessaient, en 2011, de clamer haut et fort que Muammar Gaddhafi, en Libye, et Bachar El Assad, en Syrie, étaient des dictateurs qu’il fallait éliminer, sont devenu(e)s de fervent(e)s partisan(e) des monarchies du Golfe et, notamment, du roi saoudien qui a tout de même - selon ce qu’en dit Agnès Levallois - la main un peu lourde sur les délinquants, non ?

Une Arabie saoudite aux abois ?

      Voilà un complément de réponse apporté, par madame Levallois, à la question d’Olivier Duhamel :
     
« Aujourd’hui, l’Arabie a qu’une angoisse, c’est que Daesh approche de ses frontières et la remette en question. Donc, l’Arabie saoudite fera tout pour empêcher l’avancée de Daesh [Intervention : « Ce sont leurs extrémistes en quelque sorte, du genre Mélanchon, bon, d’accord…. » Ce sont leurs extrémistes mais ce sont vraiment leurs, leurs ennemis, leurs ennemis de façon absolument [Intervention : « D’accord ! »] dramatique. Donc, l’Arabie saoudite ne va pas soutenir Daesh même si certains Saoudiens - je ne parle pas du gouvernement de la famille royale - peuvent soutenir Daesh par des financements parce qu’ils ont leurs propres canaux de financements, estimant que finalement ce que fait Daesh n’est pas mal pour rentrer en guerre contre la famille royale. Donc, ça. Il peut y avoir des financements. C’est pour ça qu’on entend régulièrement dire que les Saoudiens, certains Saoudiens, financent Daesh. Certains peuvent le faire, mais ça ne sera jamais la famille royale [Intervention : « D’accord ! »] qui, aujourd’hui, se rend compte que, de toute façon [Serge July : « C’est surtout la branche actuelle… »], celle qui est aux affaires, bien sûr. Donc, ça, de ce côté-là, y a pas de, y a pas d’ambiguïté là-dessus. C’est vrai que le conflit, enfin la situation au Moyen Orient - ce qui n’était pas le cas, y a quelques années -, s’est complètement confessionnalisée, et qu’aujourd’hui, on a tendance [Serge July : « Confessionnalisée, sunnites contre chiites… »], sunnites contre chiites, et qu’on a tendance aujourd’hui à ne voir ce conflit que sous cet angle de ce clivage entre les sunnites et les chiites. »

À propos de l’Iran et de l’Irak

      Après avoir fait un détour par l’Arabie saoudite, Agnès Levallois évoque les deux pays qui se sont opposés dans une guerre fratricide de septembre 1980 à août 1988 :
     
« Là où ça se complique, c’est qu’effectivement, les Iraniens, qui sont la force régionale dominante chiite, heu…, a des liens privilégiés avec l’Irak aujourd’hui, dont la majorité des Irakiens est elle-même chiite, hein. Alors que, du temps de Saddam Hussein, c’était la minorité sunnite qui était aux affaires. Donc, je rappelle ça parce que ça explique aussi la situation actuelle en Irak, où vous avez quand même, après l’invasion américaine et avec les élections qui se sont tenues, et donc les chiites, majoritaires, qui sont arrivés au pouvoir, soutenus, en cela, par l’Iran, heu, ont eu un comportement aussi de revanche après toutes les années de l’époque de Saddam Hussein au cours desquelles les chiites étaient vraiment maltraités et n’avaient pas leurs places dans les institutions politiques. Donc, là, on a un renversement de situation : aujourd’hui, ce sont les chiites qui sont aux affaires et les sunnites se trouvent complètement marginalisés et estiment qu’ils n’ont pas la place qu’il leur revient. Ce qui fait que, aujourd’hui, vous avez une partie de la population irakienne sunnite qui rejoint Daesh, pas par idéologie, pas par adhésion à ce que défend Daesh, mais par réaction au comportement du gouvernement central de Bagdad, chiite, sectaire, [Intervention de Serge July : « et des milices »] et des milices. Donc, on est dans une situation, là, qui devient vraiment très compliquée parce que vous avez beaucoup d’anciens de Saddam Hussein - je pense, en particulier, à des militaires du temps de Saddam et des services, des responsables des services de sécurité du temps de Saddam Hussein - qui ont rejoint Daesh parce que ça leur permet de retrouver une activité sur le terrain. »

       Serge July :
     
« Oui. Est-ce que, finalement, tous ces événements ne sont pas des dégâts collatéraux de la, du choix stratégique qui a été fait par les États-Unis de privilégier la relation avec l’Iran et d’avoir un accord, en particulier, sur le nucléaire. Parce que tout ça, ça déroule, c’est une provocation d’être, vis-à-vis des Irakiens, vis-à-vis d’une partie des Syriens, cette alliance avec, potentielle en tout cas, avec l’Iran. »

      Agnès Levallois revient sur les États-Unis qui soufflent sur les braises :
     
« Non, je pense pas qu’on puisse, heu, envisager les choses sous cet angle-là. Au contraire, je pense que la, le règlement, ou en tous les cas, une vraie négociation sérieuse entre les États-Unis et l’Iran peut permettre, au contraire, d’apaiser la situation dans la, dans la région. Et éviter, justement, que chacun essaie de placer ses pions et essaie de [Serge July : « Mais l’Iran est un épouvantail pour, heu, quand même les sunnites…]. Bien sûr. Bien sûr que l’Iran est un, est un épouvantail pour, heu, pour les sunnites, pour, oui, pour les sunnites. […]. La grande, quand même la, la, l’origine de la déstabilisation de la région, c’est quand même l’invasion américaine de l’Irak, à partir de laquelle tout a découlé et que des alliances se sont justement faites pour essayer de, de contrer, ou chacun essayant de profiter du vide causé par cette, cette catastrophe qui a été provoquée. »
     
Il faut bien noter - et c’est madame Levallois, qui ne peut être accusée d’être anti-occidentale, qui le dit - que « l’invasion américaine de l’Irak » est à « l’origine de la déstabilisation de la région », « du vide causé par cette, cette catastrophe qui a été provoquée » : c’est-à-dire à l’origine de tous les problèmes survenant, depuis de nombreuses années, dans les pays arabes évoqués ici.

 

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Françoise
Petitdemange
 

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20 juin 2015

5 - GRANDEUR ET MISERE DES SPECIALISTES

GRANDEUR ET MISÈRE DES SPÉCIALISTES
(5ème partie)

  

Derrière la Syrie… la Russie

 

      Malgré ce qu’Agnès Levallois a pu dire précédemment, au Club de la Presse, ce 20 mai 2015, de l’origine états-unienne de la déstabilisation du Moyen Orient, Gérard Carreyrou, lui, est pour la manière forte :
      « […], pour arrêter les troupes de Daesh, heu, d’envahir, pour empêcher qu’elles, qu’elles n’envahissent Palmyre, et, éventuellement, procèdent à des destructions, y a pas beaucoup de possibilités, mais y en a au moins deux. Y a celle que les Américains, qui ont quand même des forces aériennes en permanence et qui ont des drones, qui savent exactement où sont situées les forces de Daesh, puissent faire un bombardement. On a maintenant les moyens, à un mètre près, de bombarder les cibles. Donc, ça, pourquoi n’ont-ils pas bombardé ? Comment se fait-il que les Syriens ? L’armée de Bachar El Assad est la seule armée qui, elle, est déployée, heu, de manière terrestre, dans cette région. Pourquoi n’intervient-elle pas ? Elle dispose aussi d’hélicoptères de combat, elle le fait d’ailleurs pour bombarder les populations avec des barils en permanence de, [Agnès Levallois : de dynamite] de dynamite ou de je ne sais quelle, quel explosif. Donc, pourquoi les Américains, n’ont-ils pas, ne sont-ils pas intervenus là, sur, sur, heu, le, les faubourgs de Palmyre et pourquoi Bachar El Assad, n’intervient-il pas, à moins qu’il n’ait un jeu politique plus compliqué ? »
     
La précision des États-Unis dans leurs bombardements est évoquée, ici, mais l’histoire des guerres, même récentes, ne leur reconnaît pas vraiment cette qualité… Par ailleurs, il n’est pas sûr que l’armée syrienne soit « la seule armée » « déployée », « de manière terrestre, dans cette région »… Puisque les forces de l’ÉI (État islamique), et ce qu’il reste de l’ASL (Armée Syrienne Libre), sont sur le terrain, soutenues par les forces états-uniennes et israéliennes. Sans doute, selon Gérard Carreyrou, Bachar El Assad et l’armée syrienne devraient faire le “sale boulot”, celui que le président des États-Unis, Barack Obama, ne veut pas faire et que le président français, François Hollande, ne peut pas faire. Mais, si l’armée syrienne bombardait où que ce soit « les forces de Daesh », de suite les chefs d’États occidentaux accuseraient Bachar El Assad de tous les crimes. D’ailleurs, le journaliste lui-même continue à rabâcher les accusations selon lesquelles « l’armée de Bachar El Assad » fait « bombarder les populations ». Comme si l’armée de la République Arabe Syrienne appartenait à Bachar El Assad ! Comme si elle avait intérêt à massacrer les populations !

      Agnès Levallois :
      « Alors, pour la, la réponse sur la, pourquoi les Américains ne sont pas intervenus, c’est vrai que la, la question de l’intervention des Américains, en Syrie, est problématique puisque, aussi, autant les Américains ou la coalition internationale, heu, est intervenue pour lutter contre cette organisation en Irak, avec l’accord et à la demande des autorités irakiennes, en revanche, les autorités syriennes ne demandent pas à la coalition d’intervenir. Et donc le, la coalition ou les Américains, en intervenant en Syrie, rentrent directement en confrontation avec le régime de Bachar El Assad et il me semble que les Américains sont, ne, ne souhaitent pas rentrer en confrontation parce que, derrière, vous avez qui, vous avez aussi la Russie qui est le soutien de, du régime [Intervention de Serge July : « et l’Iran »] de Bachar El Assad, et l’Iran. Mais, là, c’est vrai qu’en termes, s’il y avait vraiment une intervention militaire de l’aviation américaine sur le sol syrien, c’est vrai que la Russie, qui a des accords de défense avec la Syrie, pourrait se sentir d’une certaine manière attaquée, et pourrait réagir et, et les, les Iraniens pourraient le faire. Donc, là, je pense que c’est un élément important du, du fait que les Américains n’aient pas réagi et, et parce qu’on a bien vu : il y a eu des déclarations qui ont été faites et les Français aussi ont toujours dit que, eux, ne voulaient pas intervenir en Syrie parce que il y avait pas de demande des autorités syriennes comme ça a été le cas en Irak où, je le répète, la coalition intervient à la demande des autorités irakiennes. »
     
Madame Levallois paraît ne pas se souvenir du fait que François Hollande voulait lancer la guerre contre la Syrie pour - en parfait démocrate et en bon socialiste - chasser le président élu, Bachar El Assad, et renverser le régime issu du parti Baas qui allie le socialisme arabe et le nationalisme panarabe et s’appuie sur la laïcité, et de cet autre fait que la Russie et la Chine - estimant avoir été trompées par les chefs d’États français et anglo-saxons qui n’avaient pas hésité à outrepasser la résolution de l’ONU pour faire la guerre contre la Libye - avaient opposé leur veto, en octobre 2011, en février et en juillet 2012 à la grande colère du président français. Peut-être est-il intéressant de rappeler que Saddam Hussein était, lui aussi, issu du parti Baas. Quant au grand-père de Bachar El Assad, il s’était opposé à l’occupation française : d’où, peut-être cette haine de certain(e)s responsables politiques et médiatiques pour les Assad et cette distance prise par les Assad à l’égard de la France…

 La_Russie

 

Mais qu’attend donc Bachar El Assad pour bombarder !

      Agnès Levallois s’exprime ainsi à propos des derniers événements survenus à Palmyre :
      « Là, simplement, la, la, les forces de Bachar El Assad ont commencé à intervenir parce que, Palmyre, symboliquement, au point du comité international, en raison de, de, de ce que représente Palmyre, de ce joyau de l’humanité, a décidé de réagir. Et là je pense que Bachar El Assad est en train de jouer un jeu comme il le joue depuis maintenant quatre ans, et un jeu extrêmement dangereux. C’est que, évidemment, il a les moyens d’intervenir avec ses hélicoptères qui, tous les jours, bombardent la ville d’Alep pour essayer de faire partir les, les, les combattants de, de Daesh mais je pense que, pour l’instant, il ne le souhaite pas. Il va peut-être intervenir à la dernière minute. Ce sera peut-être d’ailleurs trop tard. Mais pour montrer que c’est lui le rempart contre Daesh. On est toujours dans cette stratégie de Bachar El Assad d’essayer de démontrer à la communauté internationale que lui seul est en mesure de lutter contre Daesh. »
     
Les propos de la spécialiste ès monde arabe sont contradictoires : « les forces de Bachar El Assad ont commencé à intervenir parce que, Palmyre,… » « il a les moyens d’intervenir avec ses hélicoptères […] mais je pense que, pour l’instant, il ne le souhaite pas. » Par ailleurs, elle prête des intentions au président syrien qui ne sont peut-être que les fruits de son imagination à elle...

     
Qu’importe ! Agnès Levallois poursuit : 
     
« Ne, n’oublions pas ce que représente cette zone, hein, entre Palmyre et Ramadi. On est en plein désert. Y a pas un arbre, y a quand même très peu de vie, y a très peu de villages et de villes, donc, c’est assez facile de savoir où sont ces combattants. Donc, là, Bachar El Assad avait les moyens avec ses hélicoptères et ses moyens aériens, effectivement, de, de bombarder, d’envoyer quelques signaux en disant : “Bon, ben, ne vous avancez pas plus parce que nous, on a les moyens de vous arrêter.” Mais, évidemment, il ne l’a pas fait, parce que, ça, ça le sert complètement et que c’est une carte qu’il va pouvoir monnayer parce que Bachar El Assad est quand même sérieusement affaibli, aujourd’hui, et que toute carte qu’il peut essayer de, de, de monnayer, il le fera même si il prend pour cela beaucoup de risques mais, à la limite, il a plus grand-chose à perdre. Donc autant essayer de jouer cette carte. »
     
Bachar El Assad, n’a-t-il pas des raisons de se méfier d’une riposte occidentale, dans le cas où l’armée syrienne bombarderait « Daesh » ? Car, quoi que cette géo-stratège dise, « Daesh » est le produit de l’Arabie saoudite et des Occidentaux.

     
Olivier Duhamel, un peu déprimé…
      « 
Vous vous rendez compte à quel point c’est compliqué, hein. Et Dieu sait pourtant que vous êtes formidablement claire. Si j’ai bien compris, par exemple, les États-Unis sont l’allié objectif de l’Iran en Irak et sont l’ennemi objectif de l’Iran en Syrie. Rien que ça, hein ! Alors que le conflit est dans les deux endroits. Juste rappeler ça. [Intervention d’Agnès Levallois : « Absolument. »] La France, dans tout ça, du coup, la France, dans tout ça ? Qu’est-ce qu’elle a à faire là-dedans, la France ? Est-ce qu’elle a raison de mettre même un petit doigt là-dedans, la France ? Moi, si je me mets dans la peau d’un jeune Français, qu’est-ce que j’ai entendu dire ? J’ai entendu dire que Bachar El Assad était un sanguinaire absolu, le pire des tyrans, qu’il fallait absolument lutter contre lui, qu’on devait aller le bombarder. Alors, en plus, je suis musulman, je suis sensible à ce discours, je me dis : “Je vais aller là-bas [Intervention d’AL : « hum »] ; je vais aller faire le djihad ; je vais aller me battre contre Bachar El Assad [Intervention d’AL : « hum »] ; c’est le Hitler des temps modernes [Intervention d’AL : « hum »] ; moi, je vois tout le temps des films sur la résistance à la télé, je vois tout le temps que les héros sont ceux qui résistent aux tyrans ; donc, je vais aller battre Bachar. [Intervention de Serge July : « Là, il est toujours dans son rôle de jeune musulman [mot inaudible]. » Nicolas Poincaré : « Oui, oui, on comprend bien. » « français »]. Et puis, tout d’un coup, patatras ! Tout se retourne. Y a les attentats en France, etc. Et je suis devenu quelqu’un qu’il faut interdire de sortir [Intervention d’AL : « hum »] et arrêter si il revient.” Comment est-ce que vous voulez qu’on s’y retrouve ?

     
Agnès Levallois :
     
« Alors, je suis assez critique à l’égard de la, de la politique française en la matière parce que, autant, sur le fond, je suis d’accord quand les responsables français ou Laurent Fabius dit que « Bachar El Assad n’est pas le meilleur des présidents » (c’est une litote), autant je trouve ça un, un peu dramatique de dire : « Bachar El Assad n’a pas le droit d’exister », parce que je pense que, quand vous utilisez des propos comme ça et que ça tourne dans la tête, effectivement, de jeunes qui ne savent plus très bien où ils en sont, [Intervention de Serge July : « ça fait des dégâts »], ça fait des dégâts considérables, parce que, effectivement, ils veulent aller après, en Syrie, pour se battre contre Bachar El Assad. Sauf qu’ils sont récupérés par Daesh et qu’ils ont pas forcément les moyens de comprendre ce dont il s’agit, et qui se retrouvent embrigadés dans quelque chose qui n’a plus rien à voir avec ce qu’ils avaient en tête en partant, par exemple, de Paris ou de Marseille. »
     
Mais… En quoi, Laurent Fabius, est-il qualifié pour juger de la qualité d’un Président d’une République Arabe ? Que regrette, ici, Agnès Levallois ? Que de jeunes musulmans français, partis pour faire la guerre contre Bachar El Assad, se trouvent détournés de leur but par « Daesh » qui les intègre dans ses rangs pour conforter l’État Islamique du Levant ?

     
Agnès Levallois, encore :
     
« Et donc, ça, je trouve qu’il y a une responsabilité de la part des autorités françaises à avoir dit des choses beaucoup trop radicales. Même si, je le répète, sur le fond, je suis d’accord avec ce constat, mais y a une façon de, de, de dire les choses pour éviter des dérives et, là, on est allés très-très loin dans ce, dans ce, dans ce domaine-là. »
     
Agnès Levallois se dit d’accord « sur le fond », « avec ce constat ». C’est-à-dire… avec la phrase de Laurent Fabius : « Bachar El Assad n’a pas le droit d’exister » ?

  

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Françoise Petitdemange

 

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21 juin 2015

6 - GRANDEUR ET MISERE DES SPECIALISTES

GRANDEUR ET MISÈRE DES SPÉCIALISTES
(6ème partie)


La politique de la France en Syrie…

 

      Toujours au Club de la Presse, le 20 mai 2015, voici ce qui étonne, par-dessus tout, Agnès Levallois :
      « Et aujourd’hui on a une position de la France qui est absolument inaudible et qui est complètement. Moi, ce qui me frappe, c’est qu’aujourd’hui le gouvernement de Bachar El Assad nous déteste, hein, déteste la politique de la France à juste titre. Mais que l’opposition nous en veut aussi terriblement parce que, au début, souvenez-vous, on n’a pas arrêté de dire : “Nous, la France, on va aider cette opposition”, on n’a rien fait. Donc, aujourd’hui, tout le monde nous déteste : l’opposition qui estime qu’on n’a pas respecté des accords, qu’on n’a pas respecté la parole et le gouvernement de Bachar El Assad qui, effectivement, trouve qu’on joue un jeu terriblement. »
     
Après la haine contre le président syrien en exercice, Bachar El Assad, répandue dans les médias français, et après tout ce que madame Levallois vient d’exprimer, faut-il s’étonner que « la politique de la France » soit « détestée » ? La France a fait « des accords » avec les opposants syriens qui, pour la plupart, ne vivaient plus, depuis des décennies, dans leur pays natal : cela s’apparente à une aide de la France à un coup d’État venant de l’extérieur contre le régime syrien. La haine des responsables politiques et médiatiques contre Bachar El Assad aura son revers habituel : dans le cas où l’issue de la guerre en Syrie se révélerait favorable aux chefs d’État occidentaux, les États-Unis ramasseront à la pelle des contrats avec ce pays tandis que la France n’aura pas même des miettes.

     
Serge July qui, dans cette émission, intervient quand il veut… n’hésite pas à couper la parole à l’invitée…
     
« Alors, justement, la question [Nicolas Poincaré : « Serge July… »] que je voulais poser, au mois d’août 2013, de savoir les États-Unis, la France, est-ce que ils allaient bombarder le régime de Bachar, les, les armées de Bachar, heu, vous pensez que ça a été un tournant, heu, terrible. [Agnès Levallois : « Pour moi »…] Vous, personnellement, en tant que chercheuse, vous pensez que ç’aurait été utile ? »

     
Agnès Levallois va tout de même pouvoir répondre…
     
« Alors, c’est une question extrêmement difficile [Serge July : « Oui. »]. Moi, je pense, je pense honnêtement que, en août 2013, le régime était vraiment affaibli : y avait vraiment un sentiment, à Damas, enfin des échos que j’avais, vraiment, de, de, de peur, mais de peur terrible de ce régime, de ce qui était en train de se passer. Et je crois que quelques frappes, heu, ciblées, auraient pu permettre en tous les cas de, de, soit de faire tomber le régime, soit de, d’envoyer un signal au deuxième cercle autour de Bachar El Assad. Je ne parle pas du premier cercle, hein, qui, lui, de toute façon, ne bougera jamais. Mais le deuxième et troisième cercles, là, de basculer parce que ce deuxième et troisième cercles auraient vu qu’il y avait vraiment une vraie parole de cette communauté internationale et qu’elle était prête à aller jusqu’au bout. »
     
Agnès Levallois omet de rappeler « ce qui était en train de se passer », réellement, au mois d’août 2013. Début août, les opposants syriens avaient mené une offensive dans la région de Lattaquié et causé un massacre dans la population civile alaouite. Le berceau familial des Assad se trouve notoirement à Qardaha, près de Lattaquié, à l’ouest de la Syrie, et le père de Bachar, Hafez El Assad, y était né dans une famille pauvre appartenant à la petite communauté religieuse des Alaouites. Fin août, les opposants dénonçaient des bombardements massifs à l’arme chimique perpétrés par le prétendu dictateur, Bachar El Assad, contre la population civile, principalement alaouite. Or, quel intérêt, le président de la république, aurait-il eu à bombarder les civil(e)s de cette communauté ?… Pour les responsables politiques et médiatiques occidentaux, ces accusations, qui attaquaient le régime syrien et qui provenaient des opposants, ne pouvaient être que vraies.
     
L’invitée du Club de la Presse émet un autre regret : celui que lui donnent les forces occidentales de n’avoir pas profité de ces mensonges contre Bachar El Assad, diffusés en masse dans les médias français notamment, pour intervenir par « quelques frappes » 7___Syrie« ciblées » contre la Syrie (comme en Irak, lors des deux guerres du Golfe, comme en Libye en 2011 pour protéger le peuple)… En vertu de quel droit ? Eh bien ! du droit d’ingérence des États occidentaux - si cher à Bernard Kouchner - dans les affaires intérieures des autres pays, droit qui bafoue le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et qui viole leur souveraineté… Pour Agnès Levallois, il fallait « aller jusqu’au bout » ! C’est-à-dire renverser le régime : la République Arabe Syrienne et le président élu.
     
Faut-il rappeler, ici, que Ali Sulayman el-Wahch avait fait partie d’un groupe d’insurgés opposés à l’occupation française (1920-1946) de leur pays et que sa lutte contre l’occupant lui avait valu le surnom d’El Assad (Le Lion). Son fils, Hafez El Assad, qui était entré à l’Académie militaire syrienne et avait suivi une formation de pilote de chasse au sein de l’Armée Rouge, en URSS, avait mis fin, une fois devenu président de la République Arabe Syrienne, à la série de coups d’État orchestrés contre son pays. Son petit-fils, Bachar El Assad, s’est opposé à l’invasion de l’Irak par l’armée américaine, en 2003, qui se trouve, selon Agnès Levallois, à l’origine de tous les problèmes actuels dans le monde arabe.

      Serge July :
      « Vous savez pourquoi ça n’a pas eu lieu »
     
     
Agnès Levallois :
     
« Je sais, mais et du coup [Serge July : « À cause de l’Iran. »]. Bien sûr. [SJ : « Et des négociations avec l’Iran. »] Mais à partir de là, mais à partir de là, ce qui, pour moi, est encore beaucoup plus dramatique, c’est que c’est un permis de tuer qui a été délivré à Bachar El Assad. C’est-à-dire que Bachar El Assad, quand il a vu qu’il y avait ce recul de la communauté internationale, s’est, ce que j’appelle vraiment “permis de tuer” et de, à partir de là, on a vu Bachar El Assad, effectivement, se déchaîner. Il avait plus aucune raison d’arrêter de, de, de faire ce qu’il était en train de faire puisqu’en dépit de nos grandes paroles, on ne faisait plus rien. Et quand vous reprenez la chronologie, vous vous apercevez qu’à partir de là, il y a eu ces bombardements sans fin de la population civile par Bachar El Assad à Alep, en particulier, qui est quand même un cas de figure emblématique, la deuxième plus grande ville de Syrie. Là aussi, un joyau architectural. »
     
Comment madame Levallois, qui procède par des assertions sans preuves et des sous-entendus, peut-elle penser que ce qu’elle raconte, au sujet des « bombardements sans fin de la population civile par Bachar El Assad à Alep », est crédible ? Les appareils politico-médiatiques, n’ont-ils pas menti aux peuples du monde en racontant que Saddam Hussein détenait des armes chimiques qui, de figurer dans la panoplie des ADM (Armes de Destruction Massive), étaient réprouvées par les chefs d’États occidentaux qui ne se gênaient pas et ne se gênent toujours pas pour en détenir eux-mêmes… et pour les utiliser comme en Yougoslavie, en Irak, en Libye, etc. Les appareils politico-médiatiques, n’ont-ils pas menti aux peuples du monde en racontant que Muammar Gaddhafi bombardait son peuple et faisait des centaines puis des milliers de morts ? Selon le regret de madame Levallois, « la communauté internationale », aurait-elle dû se donner le « permis de tuer » en bombardant la Syrie ? Le droit d’ingérence par les bombes, que se sont donné et que se donnent les Occidentaux dans les affaires intérieures des autres pays, est, lui, un « permis de tuer » les populations militaires et civiles sans qu’elles n’aient pu et ne puissent plus se défendre des attaques intérieures et extérieures puisque l’armée de leur pays est détruite en premier lieu…
     
En mars 2011, les autorités légitimes de la Libye et de la Syrie - police, armée - et les populations de ces deux pays ont été attaquées - comme par hasard, en même temps - par des groupes armés d’opposition. Les trois chefs d’États français, britannique, états-unien ont profité de ces attaques par des groupuscules d’hommes armés, dont certains n’étaient pas de Libye et de Syrie, pour traiter le Guide révolutionnaire libyen, Muammar Gaddhafi, et le président syrien, Bachar El Assad de « dictateurs sanguinaires » et pour bombarder directement la population libyenne sous le prétexte de la protéger et indirectement la population syrienne… Qu’auraient fait ces trois chefs d’État si des groupes armés d’opposition, pas même venus d’ailleurs, avaient attaqué les autorités - police, armée - et les populations dans leurs pays ? La réponse est ici : en Grande-Bretagne, un Britannique d’origine antillaise, soupçonné d’être un dealer, fut abattu par la police, le 4 août 2011 ; suite à ce meurtre, des manifestations contre la police - tout de suite appelées « émeutes » dans les médias - ont eu lieu entre le 6 et le 10 août, à Londres, à Birmingham, à Liverpool, à Manchester et à Bristol… Les forces de police n’ont pas hésité à riposter. David Cameron, qui s’était rangé du côté des prétendus manifestants et des tout aussi prétendus rebelles, libyens et syriens, et qui était occupé à faire bombarder la population civile en Libye, annoncera de terribles mesures de répression contre les manifestants un peu turbulents dans son pays.
     
     
D’un côté, madame Levallois accuse Bachar El Assad d’avoir mis à mal Alep, « un joyau architectural », et, d’un autre, elle a appelé le même à attaquer « Daesh » à Palmyre, autre joyau du patrimoine antique syrien.
     
« Quand vous vous promenez dans le vieux souk d’Alep ou la citadelle qui surplombe le souk d’Alep, heu, - là aussi, j’y suis allée à de nombreuses reprises - et que ça n’existe plus, que ça a été détruit, c’est une cata, et ça, c’est le régime de Bachar El Assad qui l’a fait. Et ce n’était pas Daesh, à l’époque. »
     
Où serait l’avantage de Bachar El Assad de détruire les joyaux de son pays ? N’y avait-il pas, là, des manifestants ou, plutôt, des groupes armés contre la République Arabe Syrienne et contre un président élu ? Ces groupes s’étaient bientôt constitués en ASL (Armée Syrienne Libre) soutenue par les chefs d’États français, britannique, états-unien, renforcée par l’apport de mercenaires - combattants islamistes, armés et entraînés en Turquie, financés par les monarques du Golfe (Qatar et Arabie saoudite), supervisés, depuis la Turquie, par des agents de la CIA - qui faisaient et font encore le coup de feu contre l’armée de la République Arabe Syrienne, pour renverser le président élu et anéantir le parti Baas, dans le but d’établir… quelle démocratie ?

     
Faut-il penser que seuls les chefs d’États occidentaux et leurs complices du Moyen Orient ont le droit de bombarder des pays et les populations qui y vivent ?… Agnès Levallois :
     
« Donc, tout ça pour dire que le, le, le, le, le rendez-vous manqué de 2013, heu, soit on ne disait rien parce qu’on n’avait pas, on savait très bien qu’on n’irait jamais bombarder, mais, à ce moment, il fallait pas dire qu’il y avait des lignes rouges, et à partir du moment où on dit qu’il y a des lignes rouges et que la parole n’est pas tenue, là, Bachar El Assad : boulevard devant lui et [mot inaudible], pour lui la vie était belle et on voit les résultats, deux ans après, ce qu’on arrive pratiquement à deux ans après. »
     
Vraiment, madame Levallois, en 2013, « la vie était belle » pour Bachar El Assad qui, depuis 2011, voyait son pays attaqué, la population obligée de fuir, et ne pouvait ignorer le sort réservé par les chefs d’États français, britannique, états-unien à Muammar Gaddhafi ?                 

  

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Françoise Petitdemange

 

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22 juin 2015

7 - GRANDEUR ET MISERE DES SPECIALISTES

GRANDEUR ET MISÈRE DES SPÉCIALISTES
(7ème partie)

 

Les chefs d’États occidentaux,
peuvent-ils avoir le chaos en Syrie comme ils l’ont eu en Libye ?…

 

      Le Club de la Presse continue, ce 20 mai 2015, avec l’invitée, Agnès Levallois. Gérard Carreyrou revient sur la non-intervention occidentale contre la République Arabe Syrienne…
      « Oui, madame Levallois, vous avez très bien décrit les phases de Bachar : y a eu la phase de 2013 où Bachar est affaibli, et il est sauvé par le miracle : la non-intervention et, du coup - vous l’avez dit -, il commence à bombarder sa population de manière de plus en plus violente et dramatique. »
     
Le président de la république syrienne, Bachar El Assad, avait effectivement intérêt à « bombarder sa population », d’autant plus intérêt que les élections présidentielles n’étaient pas loin… « Bombarder sa population » pour se faire réélire : telle est sans doute la meilleure solution.

      Gérard Carreyrou personnalise beaucoup les problèmes du Proche-Orient :
      « Aujourd’hui, on a l’impression qu’on est dans une troisième phase où il est à nouveau en voie d’affaiblissement important et le régime éventuellement pourrait tomber dans quelques mois, dans quelques… plus loin, j’en sais rien. Mais, en tout cas, on, on voit cette fragilité. Qu’est-ce qui se passerait si Bachar tombait dans six mois ? Est-ce qu’on aurait une nouvelle Libye avec un chaos politique total ? »
     
Les prospectives des personnes politiques, des médias et des experts, dans les pays capitalistes occidentaux, conduisent à stigmatiser les chefs d’États, les régimes socialistes et les peuples qui résistent à une économie capitaliste. C’est qu’il s’agit, pour tous ces ingérents, d’imposer aux peuples une démocratie à l’occidentale, c’est-à-dire une oligarchie bourgeoise, politique et économique.
     
     
Agnès Levallois :
     
« Alors, je, je, je crois pas que on puisse comparer la, la situation syrienne à la situation libyenne. Heu, vous avez quand même, en Syrie, à la différence de la Libye, quand même un État. Alors, cet État est extrêmement affaibli, aujourd’hui, mais vous avez quand même des structures, vous avez quand même un certain nombre de Syriens qui sont très attachés à leur pays, qui sont des fonctionnaires qui continuent à travailler tant bien que mal dans ce, dans ce contexte. »
     
Mme Levallois, ne sait-elle pas qu’en Libye il y avait un État ? Dès la Révolution du 1er Septembre 1969, qui avait mis fin à une monarchie corrompue, au faux pouvoir du roi fantoche, Idriss 1er, et à l’accaparement, par l’entourage royal, de la manne pétrolière, le Conseil du Commandement de la Révolution avait créé la RAL (République Arabe Libyenne) et une Constitution avait été rédigée au début de décembre 1969 : la “Proclamation constitutionnelle du 2 Schawwal 1389 H[égire]” - soit du 11 décembre 1969, selon le calendrier grégorien - avait été publiée dès le 14. Lorsque le 2 mars 1977, la RAL a cédé la place à la JALPS (Jamahiriya Arabe Libyenne Populaire Socialiste) ou État des masses, celui-ci avait des structures très démocratiques, populaires et socialistes, qui, d’ailleurs, s’étaient mises en place dès la Révolution et qui avaient évolué durant la République Arabe Libyenne. L’État des masses avait lui aussi une Constitution : le 2 mars 1977, la “Proclamation du Pouvoir du Peuple” n’avait pas abrogé la Constitution de décembre 1969, elle l’avait affinée, complétée et adaptée à une société libyenne en grande évolution.
     
En Libye, les opposants, exilés ou pas, aux structures politiques et économiques de l’État des masses n’ont nourri qu’une seule pensée : assassiner Muammar Gaddhafi et arracher le pouvoir des mains du peuple. C’est pourquoi les hommes et femmes politiques des États occidentaux, qui appuient leur pouvoir politico-économique sur la grande bourgeoisie et ses multinationales, n’ont jamais voulu entendre parler de cet État des masses : ils l’ont nié. Pour eux-pour elles, cet État ne devait pas exister : le reconnaître… c’eût été reconnaître la démocratie directe et le fait que les peuples occidentaux ne vivent pas dans de réelles démocraties politiques et économiques ; c’eût été reconnaître que le peuple pouvait se gouverner lui-même ; c’eût été réveiller, dans les populations occidentales, le désir d’une autre vie. Selon madame Levallois… « un certain nombre de Syriens » « sont très attachés à leur pays ». Et les Libyen(ne)s, n’étaient-ils(elles) pas attaché(e)s à leur pays ? Une chose est sûre : avant que leur pays ne fût détruit, leurs conditions de travail et de vie étaient telles qu’ils(elles) n’éprouvaient pas le besoin d’émigrer en Occident.

 

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      Agnès Levallois persiste dans le fait d’opposer la Syrie à la Libye…
      « Donc, vous avez quand même un État qui continue à fonctionner : la paie des fonctionnaires fonctionne tous les mois. Donc, la Libye, ça n’était absolument pas le cas. »
      Dans l’État des masses, le système politico-économique était raffiné : démocratique, horizontal alors que, dans les autres États, le système est hiérarchisé et donc vertical. L’État des masses ayant été brisé et les personnes, qui voulaient le pouvoir et qui l’ont obtenu par les bombes de l’étranger, n’étant pas parvenues à l’exercer, la Libye ne peut plus être que dans le chaos.

     
Madame Levallois, qui ne peut ignorer qu’il existait, non pas un État bourgeois, mais un État des masses en Libye, essaie de se convaincre et de convaincre les autres…
     
« Vous aviez pas d’État parce que avec Kadhafi, y avait pas d’État possible. C’était une espèce de, de construction à la, à la Kadhafi. » « avec Kadhafi, y avait pas d’État possible » ?
     
Deux heures et demie après la Révolution du 1er Septembre 1969, le Communiqué, lu à la radio libyenne par Muammar Gaddhafi, dit ceci : « La Libye est, à partir de ce moment, une République libre et souveraine, qui prend le nom de République Arabe Libyenne » [Cité par Françoise Petitdemange, dans La Libye révolutionnaire dans le monde (1969-2011), Éditions Paroles Vives, page19.]  L’« espèce de construction à la Kadhafi », qu’était-ce ? Sinon l’État des masses, la JALPS (Jamahiriya Arabe Libyenne Populaire Socialiste), la démocratie directe, le gouvernement direct du peuple par le peuple pour le peuple. « La démocratie populaire directe est la base du système politique de la Jamahiriya arabe libyenne populaire socialiste, dans laquelle le pouvoir est entre les mains du peuple, seul. », « Le pouvoir du peuple est exercé par les organes suivants : - les Congrès populaires ; - les Comités populaires ; - les syndicats professionnels [Profesional Unions] ; - le Congrès général du peuple. » [Idem, pages 108 et 109.] Voilà ce qui faisait peur aux dirigeants politiques occidentaux au service de la finance internationale incarnée par la grande bourgeoisie ; voilà le type d’organisation de la société que s’efforce de dénigrer madame Levallois en attaquant Muammar Gaddhafi.
     
La spécialiste ès monde arabe pense qu’en s’appuyant sur la classe moyenne syrienne - les fonctionnaires - il y aurait une possibilité d’ouvrir la Syrie aux intérêts occidentaux ?
     
« Donc, là, vous avez quand même la capacité de vous appuyer sur une structure étatique qui continue à exister. Vous avez beaucoup de fonctionnaires, d’ailleurs, qui font une espèce de résistance passive, mais, bon !, le, le pays continue à tourner avec les plus grandes difficultés. »
     
À se rappeler ce que les chefs d’États occidentaux ont mis en place, avec leurs bombes, en Libye, la question se pose : les fonctionnaires syriens, attendraient-ils le bombardement occidental de leur pays pour que tout aille mieux et qu’ils puissent émigrer sur des bateaux-cercueils ?

     
Gérard Carreyrou :
     
« Donc, ça ne serait pas le chaos, pas forcément le chaos. »

      Agnès Levallois guigne du côté de l’opposition syrienne…
     
« Donc, ça serait pas, pas forcément le chaos. Ce qui me frappe, moi, quand même, depuis quelques temps, si vous reprenez la ville d’Idlip qui est une ville au nord de Homs, entre Homs et Alep, pour faire pour faire court, c’est une ville où vous avez des, des djihadistes - pas, pas Daesh, hein, mais plutôt des groupes qui venaient d’Al Qaïda - qui avaient pris la ville d’Idlip. Et vous avez une partie de l’opposition, pas djihadiste, qui a réussi à reprendre Idlip contre les djihadistes. Ce que je veux dire par là, c’est que, dans ce pays, en Syrie, vous avez quand même une population une population qu’on a un peu tendance à oublier lorsqu’on parle de la Syrie que sous un aspect géopolitique et géostragégique. Mais vous avez une population qui est une population qui est extrêmement attachée à son pays. Et si vous regardez la composition de, de Daesh, vous avez peut-être 10 à 15 % de Syriens, pas plus. »
     
L’invitée du Club de la Presse ne peut pas ne pas se rappeler que la déstabilisation de la Syrie, comme celle de la Libye, ont eu lieu dans le même temps, en février-mars 2011, et que la FIDH (Fédération Internationale des Droits de l’Homme) a répandu, par sa présidente Souhayr Belhassen, des calomnies relayées par les médias occidentaux et par la chaîne Al-Jazeera de l’émir du Qatar. L’opposition libyenne exilée, s’appuyant sur la Ligue libyenne des droits de l’homme basée en Suisse, et l’opposition syrienne exilée, s’appuyant sur l’Observatoire syrien des droits de l’homme basé à Londres, ont commencé, avec l’aide des mercenaires d’Al-Qaïda revenus des combats en Afghanistan, à déstabiliser leur pays natal pour s’emparer du pouvoir.

     
Manifestement, Agnès Levallois nourrit de grands espoirs en Syrie…
     
« Ce que je veux dire là, encore par là, c’est que vous avez une population syrienne qui est prête et qui n’a qu’une envie, c’est, c’est de se sortir évidemment de, de ce drame qu’elle vit depuis maintenant des années, que vous avez beaucoup d’initiatives citoyennes dans ce pays, et qui seraient en capacité - alors, je suis, peut-être, un peu optimiste mais il faut, peut-être, l’être un peu, aussi, dans, dans cette situation - une société syrienne qui, à mon avis, serait en capacité, en tous les cas, à faire des choses, à lancer des initiatives et tout à fait consciente des enjeux qui se, qui seront, qui seront face à elle et qu’elle tentera de relever. Si là, la communauté internationale aide cette, cette partie de cette population, heu, qui est vraiment dans, dans une démarche citoyenne, impressionnante. »
     
Bien sûr, la société syrienne n’a pas attendu madame Levallois et les va-t-en guerre occidentaux pour être une société de citoyens et de citoyennes et pour avoir des initiatives… Cependant, ce que la spécialiste ès monde arabe espère, c’est que la communauté internationale - c’est-à-dire la communauté occidentale - parviendra à utiliser une frange de la population syrienne, à l’intérieur du pays, comme un levier pour renverser le régime en place ; ce qu’elle vise ici, c’est l’appui, par les Occidentaux, d’une classe moyenne - citoyenne, comme elle dit - qui prenne les choses en main contre le peuple syrien, ce qui revient à dresser « une partie » de la population contre le reste, ce qui revient à prendre le risque de déclencher une autre guerre civile.

     
Là, madame Levallois sort le grand jeu de l’idéalisme béat d’une certaine jeunesse :
      « Regardez l’histoire des casques blancs qui sont ces jeunes, qui sont complètement engagés en Syrie, qui refusent tout armement alors qu’ils se font bombarder par le régime, qui sont confrontés à Daesh. Tous les jours, ils font leur boulot, ils sauvent des gens, ils men, ils mettent en place des structures. Donc, y a tout un réseau de la société civile, en Syrie, dont on ne parle jamais, mais qui est d’une, d’une efficacité et d’une, d’une énergie absolument hors du commun. Et donc, moi, je me base là-dessus pour, pour dire que, en cas de départ de Bachar El Assad, y aurait toute cette partie de la population qui n’attend qu’une chose et qui a déjà commencé à mailler le territoire avec ses initiatives citoyennes, et si on arrive à l’aider, je pense que, là, y a une capacité à faire quelque chose. Ce sera pas facile pour autant. »
     
Mme Levallois continue à peaufiner son petit scénario autour de la classe moyenne et à ignorer le vote de la population syrienne qui a réélu Bachar el Assad, le 3 juin 2014, à la présidence de la république.

  

1er texte : http://lavoixdelalibye.com/?p=22813
2ème
texte : http://lavoixdelalibye.com/?p=22889

 

Françoise Petitdemange

 

http://www.francoisepetitdemange.sitew.fr/#LA_LIBYE_REVOLUTIONNAIRE_.A

 

 

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23 juin 2015

8 - GRANDEUR ET MISERE DES SPECIALISTES

GRANDEUR ET MISÈRE DES SPÉCIALISTES
(8ème et dernière partie)

 

      Enfin, au Club de la Presse, le 20 mai 2015… les dernières questions sont posées à l’invitée, Agnès Levallois.

      Olivier Duhamel :
      « Vous avez un dernier scénario, c’est que, Poincaré, quand il est arrivé à Beyrouth et que ça a implosé, il a dit : “Y en a pour trente ans”, et que c’est là : on n’en, ça finit pas demain ça finit pas après-demain, et que c’est parti pour trente ans. »

      La spécialiste ès monde arabe, Agnès Levallois, ne recule pas devant un pronostic :
     « Je pense que c’est parti pour quelques années à moins que le, le, le premier cercle de Bachar El Assad, 8___Irann’oublions pas une dernière petite chose importante, c’est qu’aujourd’hui toute la sécurité de Bachar El Assad est, est tenue par les Iraniens. Par les Iraniens ! Même pas par les Alaouites parce que la communauté alaouite commence à en avoir ras-le-bol, enfin les parents en ont marre de voir que leurs enfants, c’est de la chair à canon pour un Bachar El Assad qui n’a aucune stratégie à part sa propre survie et rien d’autre. »
     
Madame Levallois, lorsqu’elle prête des sentiments aux parents syriens, devraient se souvenir d’événements terribles qui ont eu lieu - qui ont encore lieu - en Palestine, en Yougoslavie, en Irak, en Syrie, en Libye… Les parents palestiniens, yougoslaves, irakiens, syriens, libyens ont vu - certains voient encore - leurs enfants devenir « de la chair » à bombes occidentales et israéliennes et se faire déchiqueter. Les chefs d’États occidentaux, qui disaient vouloir protéger les populations civiles, n’ont reculé devant rien : au nom des droits de l’homme, et pour leur apporter une fausse démocratie et un semblant de liberté, les bombes de l’OTAN ont détruit des pays et massacré des civil(e)s…
     
Les trois chefs d’États français, britannique, états-unien, et leurs amis de l’ONU, des ONG, de l’OTAN, etc., n’ont rien assumé de leurs décisions : ils étaient protégés - ils sont toujours protégés - physiquement, au maximum, alors que l’Irak, la Libye, la Syrie et aucun autre pays dans le monde n’avaient manifesté la moindre intention de bombarder un pays occidental. Question courage… Saddam Hussein, Muammar Gaddhafi, Bachar El Assad n’ont jamais eu de leçon à recevoir des chefs d’États occidentaux, plutôt couards et véritablement criminels.
     
     
Voilà donc les Iraniens honnis par madame Levallois parce qu’ils portent secours aux Syriens.
      « Donc, aujourd’hui, ce sont les Iraniens qui tiennent tout [Intervention d’Olivier Duhamel : Tout passe par l’Iran.]. C’est eux qui mènent la stratégie militaire et les Syriens qui sont nationalistes, qui sont Syriens avant tout, avant d’être alaouites, sunnites, chiites, druzes, ils sont Syriens et ça, la majorité des Syriens, aujourd’hui, ne supporte plus la mainmise et la privatisation - c’est le terme utilisé par nombre de Syriens - la privatisation de la Syrie par l’Iran. Et donc, ça c’est un élément aussi qui peut permettre, de se, de cette façon de la société syrienne de se remobiliser autour d’elle. »
     
Faudrait-il faire la guerre à l’Iran ? La spécialiste ès monde arabe est bien dans l’esprit d’une recolonisation occidentale des pays arabes lorsque, dans les réponses rapportées dans les textes précédents, elle insiste sur l’aide que doit apporter la « communauté internationale », c’est-à-dire la communauté occidentale, aux fonctionnaires syriens, et qu’elle refuse à la population syrienne, dans son ensemble, jusqu’à la possibilité d’être aidée, défendue par les Iraniens.
     
Elle oublie de dire qu’il y a des Syrien(ne)s de l’étranger qui sont à l’origine de la déstabilisation de leur pays natal et qui veulent arracher le pouvoir au président élu par la population de Syrie pour faire de ce pays où ils-elles ne vivent plus un pays capitaliste à la botte des chefs d’États occidentaux et de leurs multinationales. Quant aux Syrien(ne)s qui vivent dans leur pays, la majorité d’entre eux-elles a reconduit Bachar El Assad dans sa fonction présidentielle alors qu’elle aurait très bien pu profiter de la situation pour l’évincer du pouvoir : si elle ne l’a pas fait, c’est parce que les Assad, père et fils, avaient, jusqu’en 2011, apporté une stabilité politique au pays qui permettait le développement économique. Ces Syrien(ne)s-là, n’en déplaise à madame Levallois, n’ont aucunement le désir de voir leur pays de nouveau sous mandat français ou britannique, ou de le voir sous domination états-unienne ou israélienne, annexé aux monarchies du Golfe, ou déchiré entre les factions religieuses…

     
Serge July :
     
« Vous pensez que ça va finir par une guerre entre les Syriens et l’Iran ? » [Rire nerveux du grandissime journaleux, Serge July.]

     
Nicolas Poincaré qui sait que l’émission tire à sa fin…
     
« Allez savoir ! »

       L’infatigable Agnès Levallois qui a fait passer, dans cette émission, tout ce qu’elle devait faire passer, va jusqu’au bout…
     
« Non. Je ne crois pas qu’on arrivera à ça. Mais, en tous les cas, y a une capacité de cette société syrienne et je pense qu’il faut terminer aussi sur cette note un peu plus positive. »
     
Au-delà de ce verbiage, ce qui est espéré par madame Levallois, c’est l’installation d’une classe moyenne - notamment de fonctionnaires citoyens comme si les autres Syrien(ne)s n’étaient pas des citoyen(ne)s - qui serve de marchepied à la grande bourgeoisie occidentale et à la finance internationale.
     
     
Ce discours d’Agnès Levallois est diabolique, non au sens religieux du terme, mais dans le sens étymologique : dia (séparation, division, clivage, etc.). C'est bien au clivage, par les chefs d’États occidentaux et israélien, des pays et des religions auquel chaque citoyen(ne) du monde assiste, avec la rage au coeur et, de plus en plus, l'esprit en révolte.


1er texte : http://lavoixdelalibye.com/?p=22813
2ème texte : http://lavoixdelalibye.com/?p=22889

 


Françoise Petitdemange

http://www.francoisepetitdemange.sitew.fr/#LA_LIBYE_REVOLUTIONNAIRE_.A