16 juin 2015

1 - GRANDEUR ET MISERE DES SPECIALISTES

GRANDEUR ET MISERE DES SPECIALISTES
(1ère partie)

 

Une carte de visite bien remplie… Et pour quoi faire ?

     

      En 1983, Agnès Levallois obtient un diplôme supérieur d’arabe littéral de l’INALCO (Institut National des Langues et Civilisations Orientales). Deux ans après, en 1990, en tant que spécialiste du Proche-Orient, elle intègre le service du SGDN (Secrétariat Général de la Défense Nationale). En 1993, elle obtient un DEA (Diplôme d’Études Approfondies) de l’IEP (Institut d’Études Politiques) de Paris sur le monde arabe contemporain. Elle devient « responsable du bureau arabe et persan à la Délégation aux affaires stratégiques, au ministère de la Défense ». [http://agneslevallois.com/apropos.php]

      En 1995, elle rédige des articles sur le monde arabe (Maghreb-Machrek) pour la revue La Documentation Française. Trois ans plus tard, en 1998, elle est journaliste à Nord-Sud Export pour le groupe Le Monde, et collaboratrice au Monde Économie. De novembre 2005 à juillet 2006, elle est directrice de l’information et des programmes de RMC-MO (Radio Monte-Carlo - Moyen-Orient, la filiale arabophone de RFI (Radio France Internationale).
[http://www.telesatellite.com/actu/12464-agnes-levallois-ete-nommee-directrice-de-information-de-la-radio-rmc.html] De juillet 2006 à février 2009, elle est directrice adjointe de la rédaction de France 24, responsable des contenus arabophones.

      En 2012, elle crée une SARL (Société à Responsabilité Limitée), Agnès Levallois Conseil. Le capital est de 8.000 euros ; le chiffre d’affaires atteint 1 million d’euros dès l’année 2013.
[https://corporama.com/fr/societe/agnes-levallois-conseil/539856427] Sur le site Agnès Levallois Conseil, le Curriculum Vitae de la spécialiste ès Moyen Orient, est, dans l’« À propos », un peu plus détaillé : « Parlant l’arabe, ayant vécu à Damas et effectué de nombreux séjours en Égypte, au Liban, au Maroc elle est l’auteur de nombreuses publications dont Moyen-Orient mode d’emploi, Stock, 2002. Agnès Levallois s’appuie sur un parcours de spécialiste en géopolitique, analyse du risque pays et en communication pour offrir une expertise sur les pays arabes. »
      [http://agneslevallois.com/apropos.php]

      Sur le même site, le chapitre « Services/Références » permet de découvrir ses diverses activités : missions, séminaires, conseils. Le passage au ministère de la Défense lui a ouvert des portes, dont celles, entre autres, de l’entreprise Thalès. Elle est…
     
« Chargée de mission à l’Académie diplomatique internationale (ADI). Participation à l’organisation de rencontres, de séminaires sur les transitions que vivent les pays de la zone MENA » [Middle East and North Africa] ;
     
« Chargée de cours à l’ENA sur les conséquences géopolitiques des bouleversements dans les pays arabes ;
     
« Chargée de cours à Sciences po : les services de sécurité et de renseignement dans le monde arabe : acteurs du changement ? ;
     
« Animation de séminaires à Ubifrance et dans de grandes entreprises parmi lesquelles Crédit agricole, Renault, Thalès ;
     
« Conseillère éditoriale d’Ipemed, institut de prospective économique du monde méditerranéen, think tank spécialiste des questions euro méditerranéennes. Juin 2011 - Juin 2014
      « Interventions dans de nombreux média : […]. »
     
[http://agneslevallois.com/services.php]
     
D’ailleurs, les logos de tous ces médias sont affichés sur le site : i Télé, RTL, France Inter, RFI, TF1, Arte, France 5, Radio-Canada, AFP, TV5 Monde, RTS Radio Télévision Suisse, Aljazeera, Europe 1, France 2, France Culture.


*
 
Avec pareil curriculum vitae, que peut dire cette spécialiste
sur le sort réservé par l’Occident au monde arabe ?
1ère partie

      Le 20 mai 2015, Agnès Levallois était l’invitée du Club de la Presse, sur Europe 1.
     
(À noter que le logo de la radio se trouve, effectivement, sur son site.)

      Après l’avoir présentée comme la « spécialiste du Moyen Orient et du monde arabe, chargée de cours à l’ENA et à Sciences Po », Nicolas Poincaré tente de dresser un bilan rapide de la situation du moment.
     
« Faut-il s’inquiéter des récentes progressions de l’État islamique en Syrie et en Irak ? L’État islamique, qui n’est plus qu’à 100 kilomètres de Bagdad après la prise de Ramadi, qui se serait emparé aujourd’hui d’une partie de la cité antique de Palmyre en Syrie… Daesh, est-il en train de progresser, faut-il s’en inquiéter ? On vous pose la question jusqu’à 20 heures avec nos trois grandes voix du soir : Gérard Carreyrou, Serge July et Olivier Duhamel. »

 
Mais, d’abord, qu’en est-il de la situation au Mali ?

      C’est l’animateur de l’émission, Nicolas Poincaré, qui pose la première question…
     
« Est-ce que c’est une guerre qu’on peut gagner ? »

       Agnès Levallois :
     
« Très difficile, hein, puisqu’on voit bien surtout sur un terrain comme le Mali qui est un terrain extrêmement large et très, très grand. Et donc, la grande difficulté est d’arriver à repérer où sont les terroristes ou ceux qui sont contre nous et la difficulté à pouvoir atteindre puisqu’on sait très bien que, même si on atteint un groupe ou un responsable, il peut y en avoir d’autres et qui se meuvent très facilement sur ces terrains qu’ils connaissent évidemment beaucoup mieux que nous et qui leur donne un avantage certain sur la capacité que l’on a à réagir. »
     
« Contre nous », c’est-à-dire ? Après son élection en 2012, le nouveau président, François Hollande, n’a pas hésité à marcher sur les pas de son prédécesseur, Nicolas Sarkozy, qui, en faisant la guerre contre le peuple libyen et le Guide révolutionnaire, Muammar Gaddhafi, a non seulement détruit la Libye mais achevé de déstabiliser toute la région sahélienne. En dépit de plusieurs déclarations, François Hollande, s’ingérant dans les problèmes intérieurs du Mali, lançait le 11 janvier 2013, une importante opération militaire sur le sol de ce pays africain autant que dans les airs, et imposait la date des élections présidentielles au peuple malien pour faire élire l’un de ses favoris. Car, intervenir au Mali, c’est protéger les intérêts français dans les mines d’uranium du pays voisin, le Niger.

      L’invitée veut croire, quant à elle, que tout va bien, pour la France, dans le meilleur des mondes…
     
« Ce qu’y a de vrai, c’est que…, non c’est vrai que l’opération française au Mali a été plutôt réussie, mais, là, nous sommes sur des espaces avec peu de population. C’est la grande différence, je crois, quand même, avec l’Irak et la Syrie où la situation, du coup, est beaucoup plus compliquée, heu, qu’on n’a pas vraiment un projet politique au Mali parce que la situation politique, dans ce pays, est autrement différente de celle qui existe en Irak, qu’en Irak, on sort quand même de plus de dix ans de guerre ou, en tous les cas, d’un pays qui a été complètement cassé, déstructuré, lors de l’invasion américaine. »

      Comme le dit madame Levallois, « L’opération française au Mali a été plutôt réussie ». En effet… France Diplomatie se trouvait dans l’obligation, en ce mois de mai 2015 - soit, deux ans après l’opération guerrière de François Hollande - d’alerter toute personne, résidant au Mali ou désirant s’y rendre, quant au degré du danger.
      « En raison des menaces terroristes prévalant dans la zone sahélienne et des opérations militaires en Carte_du_Mali___mai_2015cours sur unepartie du territoire malien, il est recommandé aux personnes devant se rendre en mission au Mali et à nos compatriotes résidant sur place de faire preuve de vigilance et de se tenir informés de l’évolution de la situation. Pour rappel, il est formellement déconseillé de se rendre en zone rouge (cf. carte en rubrique sécurité) et il est déconseillé, sauf raison impérative liée notamment à des déplacements professionnels, de se rendre en zone orange. » Enfin… « Le tourisme au Mali reste formellement déconseillé. » [Citation et carte dans
http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/conseils-aux-voyageurs/conseils-par-pays/mali-12287/]
     
Il est vrai que, à consulter la carte produite par le site, il est difficile de savoir où il serait possible de poser un pied sûr au Mali…

      Madame Levallois, spécialiste ès monde arabe, pourra dire, dans la suite de sa prestation au Club de la Presse qui fera l’objet de l’article suivant, que… casser la colonne vertébrale d’un pays ne suffit pas…


Ce 1er texte est paru dans La Voix de la Libye
http://lavoixdelalibye.com/?p=22813


Françoise Petitdemange

http://www.francoisepetitdemange.sitew.fr/#LA_LIBYE_REVOLUTIONNAIRE_.A


19 juin 2015

4 - GRANDEUR ET MISERE DES SPECIALISTES

GRANDEUR ET MISERE DES SPECIALISTES
(4ème partie)

Les guerres religieuses rallumées ?

      Dans le cadre du Club de la Presse du 20 mai 2015, « les trois grandes voix du soir », selon l’animateur Nicolas Poincaré, sont toujours avec l’invitée, Agnès Levallois.

     
Olivier Duhamel, spécialiste de droit constitutionnel, essaie de récapituler à sa façon le poids des tendances religieuses dans les conflits politiques actuels :
     
« […], ce qu’on comprend au début, c’est un combat entre sunnites et chiites, et ça, quand on dit ça, y a une petite complication parce que c’est l’Iran qui est chiite et donc l’Iran, ennemi des États-Unis, dans cette affaire-là, devient, forcément, plus ou moins allié des États-Unis. Et pis ça se complique encore un peu parce que l’Arabie saoudite, elle est sunnite, donc, normalement, elle devrait soutenir heu… ou elle pourrait soutenir les sunnites de Daesh. Sauf que, non, elle est avec les États-Unis contre les sunnites de Daesh. Alors, expliquez-moi pourquoi l’Arabie saoudite n’est pas avec Daesh et jusqu’où les États-Unis vont aller avec l’Iran ? »

      Agnès Levallois :
     
« Alors, la raison pour laquelle l’Arabie saoudite n’est pas avec Daesh, c’est que, là, vous avez un groupe de radicaux, de djihadistes radicaux, et qui ont, dans leur ligne de mire, la disparition du régime d’Arabie saoudite, estimant, les membres de Daesh estiment que l’Arabie saoudite est tout à fait illégitime et qu’elle n’a aucune 4___Arabie_saouditeraison [Intervention : « Ah ! d’accord… »] de, de diriger ce pays en raison de la corruption qui règne au sein de la famille royale [Intervention : « Ce sont les extrémistes. »] Ils sont bien plus radicaux même si, alors si on analyse les choses de plus près, c’est plus compliqué parce qu’on s’aperçoit qu’il y des pratiques de ce royaume saoudien qui sont finalement assez proches des pratiques de Daesh, et je pense simplement aux décapitations, aux exécutions. Aujourd’hui, il y a déjà eu 84 exécutions en Arabie saoudite depuis le début de l’année, ce qui est quand même énorme. Donc, elle n’a rien à envier à Daesh et vice versa. Mais on va, on va essayer de, de revenir sur le, la question que vous m’avez posée. »
     
Une petite idée vient à l’esprit : les hommes et les femmes politiques en France, en Grande-Bretagne et aux États-Unis qui ne cessaient, en 2011, de clamer haut et fort que Muammar Gaddhafi, en Libye, et Bachar El Assad, en Syrie, étaient des dictateurs qu’il fallait éliminer, sont devenu(e)s de fervent(e)s partisan(e) des monarchies du Golfe et, notamment, du roi saoudien qui a tout de même - selon ce qu’en dit Agnès Levallois - la main un peu lourde sur les délinquants, non ?

Une Arabie saoudite aux abois ?

      Voilà un complément de réponse apporté, par madame Levallois, à la question d’Olivier Duhamel :
     
« Aujourd’hui, l’Arabie a qu’une angoisse, c’est que Daesh approche de ses frontières et la remette en question. Donc, l’Arabie saoudite fera tout pour empêcher l’avancée de Daesh [Intervention : « Ce sont leurs extrémistes en quelque sorte, du genre Mélanchon, bon, d’accord…. » Ce sont leurs extrémistes mais ce sont vraiment leurs, leurs ennemis, leurs ennemis de façon absolument [Intervention : « D’accord ! »] dramatique. Donc, l’Arabie saoudite ne va pas soutenir Daesh même si certains Saoudiens - je ne parle pas du gouvernement de la famille royale - peuvent soutenir Daesh par des financements parce qu’ils ont leurs propres canaux de financements, estimant que finalement ce que fait Daesh n’est pas mal pour rentrer en guerre contre la famille royale. Donc, ça. Il peut y avoir des financements. C’est pour ça qu’on entend régulièrement dire que les Saoudiens, certains Saoudiens, financent Daesh. Certains peuvent le faire, mais ça ne sera jamais la famille royale [Intervention : « D’accord ! »] qui, aujourd’hui, se rend compte que, de toute façon [Serge July : « C’est surtout la branche actuelle… »], celle qui est aux affaires, bien sûr. Donc, ça, de ce côté-là, y a pas de, y a pas d’ambiguïté là-dessus. C’est vrai que le conflit, enfin la situation au Moyen Orient - ce qui n’était pas le cas, y a quelques années -, s’est complètement confessionnalisée, et qu’aujourd’hui, on a tendance [Serge July : « Confessionnalisée, sunnites contre chiites… »], sunnites contre chiites, et qu’on a tendance aujourd’hui à ne voir ce conflit que sous cet angle de ce clivage entre les sunnites et les chiites. »

À propos de l’Iran et de l’Irak

      Après avoir fait un détour par l’Arabie saoudite, Agnès Levallois évoque les deux pays qui se sont opposés dans une guerre fratricide de septembre 1980 à août 1988 :
     
« Là où ça se complique, c’est qu’effectivement, les Iraniens, qui sont la force régionale dominante chiite, heu…, a des liens privilégiés avec l’Irak aujourd’hui, dont la majorité des Irakiens est elle-même chiite, hein. Alors que, du temps de Saddam Hussein, c’était la minorité sunnite qui était aux affaires. Donc, je rappelle ça parce que ça explique aussi la situation actuelle en Irak, où vous avez quand même, après l’invasion américaine et avec les élections qui se sont tenues, et donc les chiites, majoritaires, qui sont arrivés au pouvoir, soutenus, en cela, par l’Iran, heu, ont eu un comportement aussi de revanche après toutes les années de l’époque de Saddam Hussein au cours desquelles les chiites étaient vraiment maltraités et n’avaient pas leurs places dans les institutions politiques. Donc, là, on a un renversement de situation : aujourd’hui, ce sont les chiites qui sont aux affaires et les sunnites se trouvent complètement marginalisés et estiment qu’ils n’ont pas la place qu’il leur revient. Ce qui fait que, aujourd’hui, vous avez une partie de la population irakienne sunnite qui rejoint Daesh, pas par idéologie, pas par adhésion à ce que défend Daesh, mais par réaction au comportement du gouvernement central de Bagdad, chiite, sectaire, [Intervention de Serge July : « et des milices »] et des milices. Donc, on est dans une situation, là, qui devient vraiment très compliquée parce que vous avez beaucoup d’anciens de Saddam Hussein - je pense, en particulier, à des militaires du temps de Saddam et des services, des responsables des services de sécurité du temps de Saddam Hussein - qui ont rejoint Daesh parce que ça leur permet de retrouver une activité sur le terrain. »

       Serge July :
     
« Oui. Est-ce que, finalement, tous ces événements ne sont pas des dégâts collatéraux de la, du choix stratégique qui a été fait par les États-Unis de privilégier la relation avec l’Iran et d’avoir un accord, en particulier, sur le nucléaire. Parce que tout ça, ça déroule, c’est une provocation d’être, vis-à-vis des Irakiens, vis-à-vis d’une partie des Syriens, cette alliance avec, potentielle en tout cas, avec l’Iran. »

      Agnès Levallois revient sur les États-Unis qui soufflent sur les braises :
     
« Non, je pense pas qu’on puisse, heu, envisager les choses sous cet angle-là. Au contraire, je pense que la, le règlement, ou en tous les cas, une vraie négociation sérieuse entre les États-Unis et l’Iran peut permettre, au contraire, d’apaiser la situation dans la, dans la région. Et éviter, justement, que chacun essaie de placer ses pions et essaie de [Serge July : « Mais l’Iran est un épouvantail pour, heu, quand même les sunnites…]. Bien sûr. Bien sûr que l’Iran est un, est un épouvantail pour, heu, pour les sunnites, pour, oui, pour les sunnites. […]. La grande, quand même la, la, l’origine de la déstabilisation de la région, c’est quand même l’invasion américaine de l’Irak, à partir de laquelle tout a découlé et que des alliances se sont justement faites pour essayer de, de contrer, ou chacun essayant de profiter du vide causé par cette, cette catastrophe qui a été provoquée. »
     
Il faut bien noter - et c’est madame Levallois, qui ne peut être accusée d’être anti-occidentale, qui le dit - que « l’invasion américaine de l’Irak » est à « l’origine de la déstabilisation de la région », « du vide causé par cette, cette catastrophe qui a été provoquée » : c’est-à-dire à l’origine de tous les problèmes survenant, depuis de nombreuses années, dans les pays arabes évoqués ici.

 

1er texte : http://lavoixdelalibye.com/?p=22813
2ème texte : http://lavoixdelalibye.com/?p=22889



Françoise
Petitdemange
 

http://www.francoisepetitdemange.sitew.fr/#LA_LIBYE_REVOLUTIONNAIRE_.A

 

20 juin 2015

5 - GRANDEUR ET MISERE DES SPECIALISTES

GRANDEUR ET MISÈRE DES SPÉCIALISTES
(5ème partie)

  

Derrière la Syrie… la Russie

 

      Malgré ce qu’Agnès Levallois a pu dire précédemment, au Club de la Presse, ce 20 mai 2015, de l’origine états-unienne de la déstabilisation du Moyen Orient, Gérard Carreyrou, lui, est pour la manière forte :
      « […], pour arrêter les troupes de Daesh, heu, d’envahir, pour empêcher qu’elles, qu’elles n’envahissent Palmyre, et, éventuellement, procèdent à des destructions, y a pas beaucoup de possibilités, mais y en a au moins deux. Y a celle que les Américains, qui ont quand même des forces aériennes en permanence et qui ont des drones, qui savent exactement où sont situées les forces de Daesh, puissent faire un bombardement. On a maintenant les moyens, à un mètre près, de bombarder les cibles. Donc, ça, pourquoi n’ont-ils pas bombardé ? Comment se fait-il que les Syriens ? L’armée de Bachar El Assad est la seule armée qui, elle, est déployée, heu, de manière terrestre, dans cette région. Pourquoi n’intervient-elle pas ? Elle dispose aussi d’hélicoptères de combat, elle le fait d’ailleurs pour bombarder les populations avec des barils en permanence de, [Agnès Levallois : de dynamite] de dynamite ou de je ne sais quelle, quel explosif. Donc, pourquoi les Américains, n’ont-ils pas, ne sont-ils pas intervenus là, sur, sur, heu, le, les faubourgs de Palmyre et pourquoi Bachar El Assad, n’intervient-il pas, à moins qu’il n’ait un jeu politique plus compliqué ? »
     
La précision des États-Unis dans leurs bombardements est évoquée, ici, mais l’histoire des guerres, même récentes, ne leur reconnaît pas vraiment cette qualité… Par ailleurs, il n’est pas sûr que l’armée syrienne soit « la seule armée » « déployée », « de manière terrestre, dans cette région »… Puisque les forces de l’ÉI (État islamique), et ce qu’il reste de l’ASL (Armée Syrienne Libre), sont sur le terrain, soutenues par les forces états-uniennes et israéliennes. Sans doute, selon Gérard Carreyrou, Bachar El Assad et l’armée syrienne devraient faire le “sale boulot”, celui que le président des États-Unis, Barack Obama, ne veut pas faire et que le président français, François Hollande, ne peut pas faire. Mais, si l’armée syrienne bombardait où que ce soit « les forces de Daesh », de suite les chefs d’États occidentaux accuseraient Bachar El Assad de tous les crimes. D’ailleurs, le journaliste lui-même continue à rabâcher les accusations selon lesquelles « l’armée de Bachar El Assad » fait « bombarder les populations ». Comme si l’armée de la République Arabe Syrienne appartenait à Bachar El Assad ! Comme si elle avait intérêt à massacrer les populations !

      Agnès Levallois :
      « Alors, pour la, la réponse sur la, pourquoi les Américains ne sont pas intervenus, c’est vrai que la, la question de l’intervention des Américains, en Syrie, est problématique puisque, aussi, autant les Américains ou la coalition internationale, heu, est intervenue pour lutter contre cette organisation en Irak, avec l’accord et à la demande des autorités irakiennes, en revanche, les autorités syriennes ne demandent pas à la coalition d’intervenir. Et donc le, la coalition ou les Américains, en intervenant en Syrie, rentrent directement en confrontation avec le régime de Bachar El Assad et il me semble que les Américains sont, ne, ne souhaitent pas rentrer en confrontation parce que, derrière, vous avez qui, vous avez aussi la Russie qui est le soutien de, du régime [Intervention de Serge July : « et l’Iran »] de Bachar El Assad, et l’Iran. Mais, là, c’est vrai qu’en termes, s’il y avait vraiment une intervention militaire de l’aviation américaine sur le sol syrien, c’est vrai que la Russie, qui a des accords de défense avec la Syrie, pourrait se sentir d’une certaine manière attaquée, et pourrait réagir et, et les, les Iraniens pourraient le faire. Donc, là, je pense que c’est un élément important du, du fait que les Américains n’aient pas réagi et, et parce qu’on a bien vu : il y a eu des déclarations qui ont été faites et les Français aussi ont toujours dit que, eux, ne voulaient pas intervenir en Syrie parce que il y avait pas de demande des autorités syriennes comme ça a été le cas en Irak où, je le répète, la coalition intervient à la demande des autorités irakiennes. »
     
Madame Levallois paraît ne pas se souvenir du fait que François Hollande voulait lancer la guerre contre la Syrie pour - en parfait démocrate et en bon socialiste - chasser le président élu, Bachar El Assad, et renverser le régime issu du parti Baas qui allie le socialisme arabe et le nationalisme panarabe et s’appuie sur la laïcité, et de cet autre fait que la Russie et la Chine - estimant avoir été trompées par les chefs d’États français et anglo-saxons qui n’avaient pas hésité à outrepasser la résolution de l’ONU pour faire la guerre contre la Libye - avaient opposé leur veto, en octobre 2011, en février et en juillet 2012 à la grande colère du président français. Peut-être est-il intéressant de rappeler que Saddam Hussein était, lui aussi, issu du parti Baas. Quant au grand-père de Bachar El Assad, il s’était opposé à l’occupation française : d’où, peut-être cette haine de certain(e)s responsables politiques et médiatiques pour les Assad et cette distance prise par les Assad à l’égard de la France…

 La_Russie

 

Mais qu’attend donc Bachar El Assad pour bombarder !

      Agnès Levallois s’exprime ainsi à propos des derniers événements survenus à Palmyre :
      « Là, simplement, la, la, les forces de Bachar El Assad ont commencé à intervenir parce que, Palmyre, symboliquement, au point du comité international, en raison de, de, de ce que représente Palmyre, de ce joyau de l’humanité, a décidé de réagir. Et là je pense que Bachar El Assad est en train de jouer un jeu comme il le joue depuis maintenant quatre ans, et un jeu extrêmement dangereux. C’est que, évidemment, il a les moyens d’intervenir avec ses hélicoptères qui, tous les jours, bombardent la ville d’Alep pour essayer de faire partir les, les, les combattants de, de Daesh mais je pense que, pour l’instant, il ne le souhaite pas. Il va peut-être intervenir à la dernière minute. Ce sera peut-être d’ailleurs trop tard. Mais pour montrer que c’est lui le rempart contre Daesh. On est toujours dans cette stratégie de Bachar El Assad d’essayer de démontrer à la communauté internationale que lui seul est en mesure de lutter contre Daesh. »
     
Les propos de la spécialiste ès monde arabe sont contradictoires : « les forces de Bachar El Assad ont commencé à intervenir parce que, Palmyre,… » « il a les moyens d’intervenir avec ses hélicoptères […] mais je pense que, pour l’instant, il ne le souhaite pas. » Par ailleurs, elle prête des intentions au président syrien qui ne sont peut-être que les fruits de son imagination à elle...

     
Qu’importe ! Agnès Levallois poursuit : 
     
« Ne, n’oublions pas ce que représente cette zone, hein, entre Palmyre et Ramadi. On est en plein désert. Y a pas un arbre, y a quand même très peu de vie, y a très peu de villages et de villes, donc, c’est assez facile de savoir où sont ces combattants. Donc, là, Bachar El Assad avait les moyens avec ses hélicoptères et ses moyens aériens, effectivement, de, de bombarder, d’envoyer quelques signaux en disant : “Bon, ben, ne vous avancez pas plus parce que nous, on a les moyens de vous arrêter.” Mais, évidemment, il ne l’a pas fait, parce que, ça, ça le sert complètement et que c’est une carte qu’il va pouvoir monnayer parce que Bachar El Assad est quand même sérieusement affaibli, aujourd’hui, et que toute carte qu’il peut essayer de, de, de monnayer, il le fera même si il prend pour cela beaucoup de risques mais, à la limite, il a plus grand-chose à perdre. Donc autant essayer de jouer cette carte. »
     
Bachar El Assad, n’a-t-il pas des raisons de se méfier d’une riposte occidentale, dans le cas où l’armée syrienne bombarderait « Daesh » ? Car, quoi que cette géo-stratège dise, « Daesh » est le produit de l’Arabie saoudite et des Occidentaux.

     
Olivier Duhamel, un peu déprimé…
      « 
Vous vous rendez compte à quel point c’est compliqué, hein. Et Dieu sait pourtant que vous êtes formidablement claire. Si j’ai bien compris, par exemple, les États-Unis sont l’allié objectif de l’Iran en Irak et sont l’ennemi objectif de l’Iran en Syrie. Rien que ça, hein ! Alors que le conflit est dans les deux endroits. Juste rappeler ça. [Intervention d’Agnès Levallois : « Absolument. »] La France, dans tout ça, du coup, la France, dans tout ça ? Qu’est-ce qu’elle a à faire là-dedans, la France ? Est-ce qu’elle a raison de mettre même un petit doigt là-dedans, la France ? Moi, si je me mets dans la peau d’un jeune Français, qu’est-ce que j’ai entendu dire ? J’ai entendu dire que Bachar El Assad était un sanguinaire absolu, le pire des tyrans, qu’il fallait absolument lutter contre lui, qu’on devait aller le bombarder. Alors, en plus, je suis musulman, je suis sensible à ce discours, je me dis : “Je vais aller là-bas [Intervention d’AL : « hum »] ; je vais aller faire le djihad ; je vais aller me battre contre Bachar El Assad [Intervention d’AL : « hum »] ; c’est le Hitler des temps modernes [Intervention d’AL : « hum »] ; moi, je vois tout le temps des films sur la résistance à la télé, je vois tout le temps que les héros sont ceux qui résistent aux tyrans ; donc, je vais aller battre Bachar. [Intervention de Serge July : « Là, il est toujours dans son rôle de jeune musulman [mot inaudible]. » Nicolas Poincaré : « Oui, oui, on comprend bien. » « français »]. Et puis, tout d’un coup, patatras ! Tout se retourne. Y a les attentats en France, etc. Et je suis devenu quelqu’un qu’il faut interdire de sortir [Intervention d’AL : « hum »] et arrêter si il revient.” Comment est-ce que vous voulez qu’on s’y retrouve ?

     
Agnès Levallois :
     
« Alors, je suis assez critique à l’égard de la, de la politique française en la matière parce que, autant, sur le fond, je suis d’accord quand les responsables français ou Laurent Fabius dit que « Bachar El Assad n’est pas le meilleur des présidents » (c’est une litote), autant je trouve ça un, un peu dramatique de dire : « Bachar El Assad n’a pas le droit d’exister », parce que je pense que, quand vous utilisez des propos comme ça et que ça tourne dans la tête, effectivement, de jeunes qui ne savent plus très bien où ils en sont, [Intervention de Serge July : « ça fait des dégâts »], ça fait des dégâts considérables, parce que, effectivement, ils veulent aller après, en Syrie, pour se battre contre Bachar El Assad. Sauf qu’ils sont récupérés par Daesh et qu’ils ont pas forcément les moyens de comprendre ce dont il s’agit, et qui se retrouvent embrigadés dans quelque chose qui n’a plus rien à voir avec ce qu’ils avaient en tête en partant, par exemple, de Paris ou de Marseille. »
     
Mais… En quoi, Laurent Fabius, est-il qualifié pour juger de la qualité d’un Président d’une République Arabe ? Que regrette, ici, Agnès Levallois ? Que de jeunes musulmans français, partis pour faire la guerre contre Bachar El Assad, se trouvent détournés de leur but par « Daesh » qui les intègre dans ses rangs pour conforter l’État Islamique du Levant ?

     
Agnès Levallois, encore :
     
« Et donc, ça, je trouve qu’il y a une responsabilité de la part des autorités françaises à avoir dit des choses beaucoup trop radicales. Même si, je le répète, sur le fond, je suis d’accord avec ce constat, mais y a une façon de, de, de dire les choses pour éviter des dérives et, là, on est allés très-très loin dans ce, dans ce, dans ce domaine-là. »
     
Agnès Levallois se dit d’accord « sur le fond », « avec ce constat ». C’est-à-dire… avec la phrase de Laurent Fabius : « Bachar El Assad n’a pas le droit d’exister » ?

  

1er texte : http://lavoixdelalibye.com/?p=22813
2ème texte : http://lavoixdelalibye.com/?p=22889

 

Françoise Petitdemange

 

http://www.francoisepetitdemange.sitew.fr/#LA_LIBYE_REVOLUTIONNAIRE_.A