24 avril 2015

2. DE LA PAIX A LA GUERRE... CONTRE LE PEUPLE LIBYEN

2.
DE LA PAIX À LA GUERRE...
CONTRE LE PEUPLE LIBYEN


1
 - 1. La ruée occidentale vers la Libye

 

      Après la fin d’un embargo, imposé par le Conseil de sécurité de l’ONU (Organisation des Nations Unies), et sans cesse reconduit d’avril 1992 à septembre 2003, qui était destiné à étrangler le peuple pour le pousser à la révolte contre le Guide révolutionnaire, la Libye retrouvait une expansion économique des plus enviées. C’est dans ce nouveau contexte que le peuple libyen voit débarquer, sur le tarmac de ses aéroports, des affairistes mais aussi des hommes politiques occidentaux qui, d’ordinaire, ne se déplaçaient pas dans ce pays puni pour des attentats dans lesquels sa responsabilité n’a jamais été prouvée : la visite du ministre de l’Intérieur français, Nicolas Sarkozy, en 2005, a effectivement de quoi surprendre…

 

Françoise Petitdemange

 

5. DE LA PAIX A LA GUERRE... CONTRE LE PEUPLE LIBYEN

 5.
DE LA PAIX À LA GUERRE...
CONTRE LE PEUPLE LIBYEN

1 - 4. Le candidat Sarkozy à l’élection présidentielle

      À propos de la création des États-Unis d’Afrique… Voix off : « Après avoir vainement tenté de prendre la tête du monde arabe, le dictateur rêve de fonder des États-Unis d’Afrique que, bien sûr, il dirigerait. Autoproclamé roi des rois, ses milliards lui donnent les moyens de ses ambitions. »
     
Ces allégations ne sont pas conformes à la réalité… Muammar Gaddhafi - il le savait lui-même - n’était ni le seul homme, ni le premier à avoir rêvé de la FRA (Fédération des Républiques Arabes), et des États-Unis d’Afrique ; mais, cette fois, le rêve est passé à la réalité… La FRA, qui, dans les années 1970, rassemblait, pour commencer, la Tunisie, la Libye, l’Égypte, la Syrie, a été sabordée par le président égyptien, Anouar El Sadate, qui a renié sa signature en passant dans le camp d’en face, à la grande colère du peuple libyen qui appelait Sadate : « le traître ». Après cela, en 1999, Muammar Gaddhafi lançait un Appel aux dirigeants des autres pays africains : cet “Appel de Syrte” a été entendu et suivi de Sommets africains, qui se tenaient-se tiennent, d’année en année, dans des villes et des pays différent(e)s d’un Sommet à l’autre : Libye, Togo, Zambie, Afrique du Sud, Ghana, etc. L’OUA (Organisation de l’Unité Africaine), moribonde, a transmis le flambeau à l’UA (Union Africaine) avec, pour projet commun aux pays, de créer les États-Unis d’Afrique. Une Constitution et des Institutions ont été mises en place. Il s’agissait de créer une monnaie et une armée de défense communes…
     
Il n’était pas question, pour Muammar Gaddhafi de « prendre la tête du monde arabe ». La présidence de la FRA devait être assurée, tour à tour, par les dirigeants des pays qui la constituaient. De même, la présidence de l’UA (Union Africaine) était-est assurée, à tour de rôle, par tous les chefs des pays africains, pour une durée d’une année : Muammar Gaddhafi n’a pas été le premier président de l’UA (Union Africaine), mais le 7ème, du 2 février 2009 au 31 janvier 2010. Dans le même temps, en février 2009, il a été désigné, « roi des rois d’Afrique » par les chefs des autres États africains. Mais le concept de « roi des rois d’Afrique » - faut-il le préciser - n’a rien à voir avec celui des rois de France d’autrefois, ni avec celui des rois et reines actuel(le)s - de la reine d’Angleterre, du roi de Belgique, de la reine du Danemark, du roi d’Espagne, du roi du Luxembourg, du roi des Pays-Bas, du roi de Suède - qui règnent encore sur 7 pays d’une Europe prétendument démocratique qui en compte 28…
     
Voix off : « Mais, sur sa route, il craint la France et sa très active politique africaine. La France qui s’est toujours opposée à ses projets. Ainsi, ses rapports avec le président Chirac, sont-ils notoirement glaciaux. » Muammar Gaddhafi ne craint aucun pays. Simplement, il connaît l’histoire du continent africain. Il sait quels sont les pays européens qui, lors de la colonisation, ont tracé des chemins de sang dans les différents pays africains et l’indépendance très relative de certains d’entre eux… Il sait que l’histoire sanglante de la colonisation peut recommencer.

     
Ahmed Gaddhaf El Dam, conseiller de Muammar Gaddhafi, donne le point de vue libyen : « Il fallait donc améliorer nos relations avec la France. Coûte que coûte. Pour qu’elle ne perturbe pas, par son influence sur certains pays africains, les discussions sur la fondation des États-Unis d’Afrique. C’était notre but et c’est ce qu’on attendait de Sarkozy, à l’époque ministre de l’Intérieur. » Voix off : « L’un des hommes chargés des relations avec la France est le cousin du dictateur, son stratège, son confident. » Le visage d’Ahmed Gaddhaf El Dam apparaît, puis un portrait de Muammar Gaddhafi en tenue militaire sur fond d’un autre visage : celui d’Omar El Mokhtar.
     
Ahmed Gaddhaf El Dam : « Une chose est sûre : il nous a montré le plus grand respect. Il nous a fait l’impression d’un homme honnête qui voulait sincèrement développer nos relations et corriger les erreurs de la France en Afrique. » Voix off : « Le dictateur ne peut qu’apprécier ce ministre qui prône publiquement la rupture avec le président français du moment. Il s’en retourne en France avec le pouvoir à conquérir. Et s’il ne revient pas en Libye, plusieurs de ses proches feront le voyage. Parfois pour parler affaires. Car, après les années d’embargo, le juteux marché libyen suscite des convoitises. »

Françoise Petitdemange


6. DE LA PAIX A LA GUERRE... CONTRE LE PEUPLE LIBYEN

6.
DE LA PAIX À LA GUERRE...
CONTRE LE PEUPLE LIBYEN

1- 5. Des affaires qui changent de mains

 

      Voix off : « Ainsi, l’homme d’affaires Takieddine effectue de nombreux séjours dans les grands hôtels de Tripoli. Il utilise ses relations dans l’entourage du futur président pour emporter des contrats d’armement et évince ainsi des intermédiaires implantés de plus longue date. »
     
Bernard Cheynel feuillette un catalogue de présentation des nouvelles armes : « J’ai mes clients eux-mêmes qui viennent vers moi et qui me disent : “Ziad Takieddine est arrivé avec un courrier à en-tête du ministère de l’Intérieur” - Sarkozy était ministre de l’Intérieur - et, dans le courrier, il y avait marqué : “Je recommande chaudement monsieur Ziad Takieddine, homme de l’industrie, très connu par nos services, un homme remarquable pour les industriels Thalès, Dassault, Snecma.” Allons-y ! Pourquoi pas, Mac Do… (Il rit.) Enfin ! Il y en avait pour tous les goûts et signé : “Monsieur Sarkozy.”. » L’intermédiaire en armements poursuit : « J’ai su après que Sarkozy a été interrogé à l’Élysée. Sarkozy dit : “M’enfin, écoutez, soyons sérieux. Vous avez une copie ?” On lui a répondu : “Eh ben, non, on n’a pas de copie.” “Bon, ben, alors, écoutez, enfin, vous connaissez les Libanais !” C’est ce que j’ai su, ce qu’il leur est répondu : “Vous connaissez les Libanais ! Enfin, bon. Enfin…”. » Cette petite phrase de Nicolas Sarkozy : « Vous avez une copie ? », rapportée par Bernard Cheynel, renvoie à la fin de ce documentaire.
     
À propos du président Sarkozy, Ziad Takieddine précise : « Ce n’est pas lui qui me mandate, hein. Ce n’est pas lui qui me mandate. Par contre, Nicolas Sarkozy a reçu, officiellement, ma désignation comme interlocuteur de la part des Libyens avec lui. » (Large sourire et mouvement d’yeux de Ziad Takieddine qui remet les choses en place.)
     
Voix off : « Le futur président ne sait peut-être pas tout ce qui se trame autour de lui ou en son nom. Mais entre lui et le dictateur, il flotte, dès lors, un fumet affairiste qui ne sera pas sans conséquence à la fin de cette histoire. » De quoi est-il question, ici ? Du financement de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy par la Libye ?

 

Françoise Petitdemange

 

Posté par cunypetitdemange à 17:19 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , , ,

8. DE LA PAIX A LA GUERRE... CONTRE LE PEUPLE LIBYEN

 8.
DE LA PAIX À LA GUERRE...
CONTRE LE PEUPLE LIBYEN

1 -7. Une victoire à la Pyrrhus

 

      Voix off : « Salle Gaveau. Un célèbre théâtre parisien. La foule ignore qu’elle va assister au premier acte de la pièce que le nouvel élu s’apprête à jouer avec le dictateur. Après les généreuses paroles du candidat, place aux actes du président. » Le président Sarkozy, à peine élu, déclare : « C’est en Méditerranée que tout va se jouer, qu’il nous faut surmonter toutes les haines, pour laisser la place à un grand rêve de paix et à un grand rêve de civilisation. Le temps est venu de bâtir une Union méditerranéenne qui sera un trait d’union entre l’Europe et l’Afrique. Ce qui a été fait pour l’union de l’Europe, il y a soixante ans, nous allons le faire aujourd’hui pour l’Union de la Méditerranée. » Il n’inventait rien. Lors de son voyage officiel de 1973, à Paris, Muammar Gaddhafi, alors président de la RAL (République Arabe Libyenne), faisait cette déclaration devant une forêt de micros. Avec le président Georges Pompidou… « On a discuté […] du rôle que les deux États doivent jouer dans la Mer Méditerranée pour qu’[elle] soit un pays de lac et de paix ». [Cf. Vidéo, Archives Ina. Kadhafi à Paris, 24 novembre 1973.https://www.youtube.com/watch?v=eg6v-BZeDsk] En réalité, le président Nicolas Sarkozy, qui prônait un « grand rêve de paix », allait transformer celui-ci en haine. Le projet de l’« Union Pour la Méditerranée » ne sera jamais réalisé. Pourquoi ? Eh bien, parce qu’il ne fallait pas perdre de vue l’idée d’une région méditerranéenne comme « trait d’union » entre l’Europe et l’Afrique. Quant au « grand rêve de civilisation », Nicolas Sarkozy oubliait que l’Afrique a été civilisée avant la France…

     
Voix off : « Réunir tous les pays riverains de la Méditerranée au sein d’une union politique : telle est sa spectaculaire et surprenante promesse. Tout juste élu, et, déjà, il aspire à un coup de maître qui prouverait à tous qu’il est ce grand président pareil à nul autre qu’il promettait d’être. » Mais ce projet de départ ne fut effectivement qu’« une promesse » ! Voix off : « Pour réussir son pari, il a besoin du soutien d’un État d’Afrique du Nord, incontournable autant que peu coopératif dirigé par un peu commode dictateur. Le nouveau président a de bonnes raisons de penser qu’il trouvera en lui un allié. » Quelles « bonnes raisons » ? Serait-ce parce que la Libye a décidé de financer la campagne du candidat Sarkozy ?

Françoise Petitdemange


9. DE LA PAIX A LA GUERRE... CONTRE LE PEUPLE LIBYEN

9.
DE LA PAIX À LA GUERRE...
CONTRE LE PEUPLE LIBYEN


1 - 8. Le peuple libyen, avait-il contribué à la victoire ?


      Voix off : « Le 28 mai 2007, l’un des tout premiers dirigeants du monde à qui le président français, tout juste élu, téléphonait longuement était le chef d’un petit pays d’Afrique du Nord. »
Outre que Muammar Gaddhafi n'était pas « le chef », mais le Guide révolutionnaire, qu’est-ce qu’« un petit pays » ? Sur le plan géographique… la Libye a une superficie égale à plus de deux fois et demie la France. Autrement dit… Ce « petit pays » a une superficie qui équivaut à la superficie d’une petite Europe, même s’il est alors peuplé de six ou sept millions d’habitant(e)s.

      Muammar Gaddhafi : « Monsieur Sarkozy, je vous félicite pour votre élection. Vous méritez la confiance du peuple français. » Sans doute, Nicolas Sarkozy, sait-il s’il doit quelque chose à la Libye. En tout cas, il n’est pas question de « dictateur » : « Monsieur Kadhafi, je suis enchanté de vous parler. Je n’ai pas oublié notre rencontre. Je garde un excellent souvenir de la qualité de vos analyses. Vous méritez amplement votre titre de Guide. » Nicolas Sarkozy dit : « votre titre de Guide ». Muammar Gaddhafi, confiant : « Je suis rassuré d’avoir, avec vous, un ami en Europe. Je vous sais ambitieux et volontaire. Nous ferons beaucoup de choses entre nos deux pays. » Voici, en tout cas, un Nicolas Sarkozy très affable : « Oui, monsieur le Guide. J’espère vous recevoir en France ou me rendre en Libye. » Et, pour finir… « Je vous exprime mes respects et mon amitié, monsieur le Guide. »

 

Françoise Petitdemange

 

10. DE LA PAIX A LA GUERRE... CONTRE LE PEUPLE LIBYEN

10.
DE LA
PAIX À LA GUERRE...
CONTRE LE PEUPLE LIBYEN

2 - 9. L’« affaire des infirmières bulgares »

 

      « Juillet 2007. » Voix off : « En ce début de quinquennat, tous les chemins le mènent en Libye. Il s’attelle sans tarder à son Union pour la Méditerranée, s’efforçant de convaincre les chefs d’État de la région d’y adhérer. Il a aussi en tête les grands contrats qu’il pourrait obtenir de la riche Libye. Lui qui a promis de ramener milliards et emplois aux entreprises françaises. Et puis, cerise sur le gâteau : il saisit l’opportunité de réaliser un bon coup de communication qui contribuerait à sa gloire. » Des images montrent les infirmières bulgares et le “médecin palestinien” derrière des barreaux. Deux des infirmières sont bien maquillées et bien habillé(e)s. Elles et leurs consœurs, ainsi que le « médecin palestinien » - en réalité, il était étudiant en médecine, dans sa dernière année d’internat - ne paraissent pas très marqué(e)s - ni sur leurs visages, ni dans leurs corps - par les nombreuses tortures de toutes sortes qu’il-elles auraient subies, qui ont été décrites, avec force de détails, dans certains livres, et qui, si elles avaient été subies, ne les auraient pas laissé(e)s vivant(e)s.

     
Voix off : « À Tripoli, en effet, l’imprévisible Guide libyen a suscité un nouvel obstacle dans ses relations avec l’Occident. Il détient cinq infirmières bulgares dont le calvaire émeut l’opinion internationale. Injustement accusées d’avoir inoculé le virus du sida à des enfants, torturées, elles viennent d’être condamnées à mort. » « Il détient »… Muammar Gaddhafi ne détient pas ces infirmières, pas plus que l’étudiant en médecine, né en Égypte en 1969 et vivant en Libye depuis 1972, dont il est permis de se demander pourquoi il a été présenté partout comme un « médecin palestinien ». Ce personnel médical étant soupçonné de faits très graves puisque des enfants meurent du sida, une enquête s’est avérée nécessaire. Dans la Libye révolutionnaire, ce n’est pas la loi de la jungle ou la loi de l’arbitraire : il y a une justice populaire avec des tribunaux… La commentatrice va un peu vite en affirmant que les infirmières étaient « injustement accusées »… d’autant qu’elles et le prétendu médecin palestinien manifestaient un comportement plus qu’étrange. L’étudiant en médecine et certaines infirmières se livraient à d’importants transferts d’argent, qui n’avaient rien à voir avec le montant de leurs rémunérations : d’où venait cet afflux d’argent ? contre quels services rendus, à qui ou à quel pays ? Il-elles détenaient de l’alcool ostensiblement. Bref, il-elles contrevenaient aux lois civiles et bafouaient les lois religieuses de la Libye (pays d’accueil pour les infirmières bulgares). L’affaire étant extrêmement grave, les juges libyens prennent leur temps pour statuer sur le sort de ce personnel hospitalier : « Nous déférerons l’affaire devant la cour d’assise,[à Benghazi]. » À noter le « nous »… (Les mots entre crochets n’ont pas été traduits dans le documentaire.)

     
Voix off : « Depuis des mois, l’Union européenne négocie leur libération avec le dictateur. » Voix off : « En ce mois de juillet 2007, la commissaire aux relations extérieures est sur le point de réussir. » Benita Ferrero-Waldner (commissaire européenne) : « Dans une journée, parce qu’ils changeaient toujours tout, on a négocié ça. Et c’était prêt à signer. Et là, nous voulions signer. Et tout à coup, les Libyens, ils avaient coupé tout. Et ils voulaient savoir : « Oui, on n’est pas sûrs. ». » La commissaire européenne a l’honnêteté de dire : « les Libyens » et non Muammar Gaddhafi. Les Libyens avaient différentes raisons de se méfier… Ils venaient de sortir d’un long embargo et, maintenant, leurs enfants mouraient à l’hôpital… à Benghazi, là où il y avait des opposants à la démocratie directe. « Nous avons fait le travail. On ne savait pas que Sarkozy négociait derrière. »
     
Voix off : « Car à l’Élysée, dans la plus grande discrétion, entouré de sa seule garde rapprochée, Jean-David lévitte, son conseiller diplomatique, Henri Guaino et l’indispensable Claude Guéant, le président joue en personne les négociateurs. » Donc, à quoi servait la commission européenne ? L’ambassadeur de France en Libye, Jean-Luc Sibiude, donne quelques détails : « On me passait un coup de téléphone. Le président Sarkozy voudrait parler à Kadhafi. Dis-nous où se trouve Kadhafi, à deux heures de l’après-midi ou à cinq heures de l’après-midi. Et c’est comme ça que les choses se passaient. Et ça, j’ai eu au moins quatre ou cinq coups de téléphone » Henri Guaino (conseiller de Nicolas Sarkozy) : « Pour les sauver, eh bien, il fallait aussi accepter en contrepartie, d’abord, de discuter avec le colonel Kadhafi. »

     
L’ambassadeur, lui, connaît le Guide libyen un peu mieux que ses compatriotes de la politique : « Ça a beaucoup joué ça, enfin, parce que Kadhafi se sentait considéré. Quand vous recevez un coup de téléphone, quand vous recevez un message écrit, c’est une chose… mais qu’ensuite, vous voyez trois ou quinze jours après, nouvel appel, etc., à trois-quatre reprises, ça marque. Surtout avec ces pays-là qui, quand même, sont des pays où la relation humaine est fondamentale. »
     
Voix off : « Pour devenir le libérateur des innocentes infirmières, le président est prêt à offrir beaucoup. Il sait que le dictateur rêve d’effectuer une prestigieuse visite officielle en Occident pour marquer son retour sur la scène internationale. » Les infirmières bulgares et le “médecin palestinien”, ou plutôt l’interne égypto-libyen, devenu bulgare, ont été libéré(e)s mais leur innocence reste à prouver… Car ces membres du personnel médical n’ont pas eu un comportement très clair dans cette histoire. Le conseiller, Henri Guaino : « C’est en échange du sauvetage des infirmières bulgares qu’a été fait la promesse de recevoir le colonel Kadhafi en visite d’État, en visite d’État à Paris. » Vraiment ? Mais n’y a-t-il pas eu autre chose ?

     
Voix off : « Le président accède à un autre désir cher au dictateur : affligé d’avoir dû renoncer à l’arme nucléaire, le Libyen veut posséder au moins une centrale nucléaire, symbole de puissance. Depuis des mois, il sollicite les autorités françaises jusqu’à présent circonspectes face aux caprices d’un dictateur réputé incontrôlable. » Ces propos sont inexacts : le peuple libyen avec le Guide - et non le Guide révolutionnaire tout seul - ont renoncé à l’arme nucléaire comme aux armes chimiques parce qu’ils considéraient qu’il fallait œuvrer en faveur de la paix et, donc, payer d’exemple, en renonçant à cette arme. Jusqu’ici, en la matière… le « dictateur incontrôlable » a plutôt été chaque dirigeant des États-Unis, en partant - pour ne pas remonter trop loin dans le temps - de celui qui a donné, en 1945, l’ordre de larguer les deux bombes atomiques sur Hiroshima et Nagasaki, au Japon, pour arriver à celui qui a imposé un embargo à l’Irak : « pétrole contre nourriture », détruit le pays, massacré le peuple, fait mourir des enfants de faim et de maladies, pour avoir la peau de Saddam Hussein… Quant à la centrale nucléaire, le peuple libyen, n’avait-il pas le droit d’en avoir une, ne serait-ce qu’à des fins civiles ? Le peuple libyen, n’avait-il pas le droit de développer son pays ?
     
L’ambassadeur, Jean-Luc Sibiude, fait cette remarque : « Il y avait des gens qui étaient très, tout à fait opposés à s’aventurer, ou à s’engager - ce n’est pas une aventure - , à s’engager dans cette voie, même à pas comptés. Mais, là-dessus, le président de la république a arbitré parce que, là, à chaque reprise, dans les entretiens auxquels j’avais, auxquels j’ai assisté, le président, à plusieurs reprises, le président Kadhafi, ça lui tenait à cœur, ce point-là. » Un petit problème tout de même : le président Sarkozy, étant partie prenante dans cette affaire, ne pouvait guère arbitrer… À noter que ni Zohra Mansour, ni le cousin Ahmed Gaddhaf El Dam ne parlent de Muammar Gaddhafi comme d’un « président ».

     
Le conseiller du président Sarkozy, Henri Guaino, qui a rencontré le Guide libyen, en reste tout ébaubi : « C’était un personnage extrêmement intelligent, très manœuvrier, un homme de pouvoir très très efficace. Il a, heu, tiré tout le parti qu’il pouvait tirer de cette négociation. » L’ambassadeur, Jean-Luc Sibiude, lui, ne montre pas des Libyens particulièrement profiteurs : « Ils n’ont pas cherché à obtenir davantage. Non, les seuls, c’est, c’est l’accord de défense qui a fait un tout petit peu, un petit peu problème et, heu, parce que les Libyens voulaient une sorte de clause de défense, en disant que, en gros, s’ils étaient attaqués, la France devait venir à leur secours. Vous pensez bien qu’il n’en était pas question, de ça. Et je sais que mon homologue libyen m’a dit : « Je n’ai pas pu obtenir… » Et moi j’avais dit : « Ah non ! mais ça, c’est exclu, hein, il ne faut pas chercher. Je lui ai dit : « Tu… Ça ne passera jamais. » À noter que l’ambassadeur de France en Libye ne dit pas « Kadhafi », mais « Ils », « Les Libyens », « mon homologue libyen ». Par ailleurs, si « les Libyens voulaient une sorte de clause de défense », n’était-ce pas parce qu’après le carnage occidental en Irak, ils se savaient menacés ?

     
Voix off : « Le dictateur a obtenu presque tout ce qu’il pouvait espérer. Dans la nuit du 22 juillet 2007, le deal est scellé. » Voix off : « Quarante-huit heures plus tard, en Bulgarie, un avion de la « République Française » rend la liberté aux malheureuses. Des dizaines de journalistes sont venus retransmettre ce succès présidentiel. Ils découvrent alors qu’il comporte un inattendu volet conjugal. » Sans doute un journaliste : « Madame Sarkozy ! » Voix off : « Pour aller chercher les infirmières en Libye, le président s’est fait représenter par sa femme, Cécilia. Un geste envers le dictateur et, peut-être, même, plus que cela. » Mme Sarkozy apparaît accompagnée de Claude Guéant.
     
L’avis des femmes est, en Libye révolutionnaire, plus respecté qu’en Occident capitaliste. Dès après la Révolution du 1er Septembre 1969, les Libyennes ont pris une part active à la vie politique, économique et militaire de leur pays. Les Françaises bourgeoises sont à la traîne ; singeant les hommes, elles sont considérées, par les hommes politiques, comme celles qui veulent prendre leurs places ; quant aux Françaises de condition modeste, pas plus que les Français de même condition, même si elles-s’ils ont des capacités, elles-ils n’ont quasiment aucune possibilité d’accéder à des fonctions politiques de haut niveau : c'est la démocratie du “méritofric”. Ahmed Gaddhaf El Dam souligne la sensibilité des Arabes à ce que “femme veut” : « Et puis, on est des Arabes, vous savez. Il a envoyé sa femme à Tripoli. Ça compte. Il nous était difficile de refuser la demande d’une femme sur un sujet comme celui-là. »

     
La commissaire européenne, Benita Ferrero-Waldner, soulève un coin du voile et découvre que, décidément, les enjeux privés se dissimulent quelque peu derrière les intérêts publics : « Je crois, pour lui, c’était important, aussi, pour montrer à Cécilia que elle pouvait jouer un grand rôle si elle restait. Ça était un peu ce que j’ai compris quand elle était avec moi dans l’avion. » Bruno Jeudy (journaliste au Figaro) confirme les impressions de la commissaire : « Il espère, à travers l’affaire libyenne, qu’elle va trouver sa place et que, comme ça a marché, il imagine qu’il va pouvoir la garder, heu, la garder comme ça. » Voix off : « Baroque exercice du pouvoir où diplomatie et vie privée se mêlent. » Le président Nicolas Sarkozy arrive dans la salle, où est rassemblée la presse ; il paraît chercher quelqu’un, se retourne, trouve Bernard Kouchner qui se tient juste derrière lui, et s’exclame : « Tiens !... Ouais. » Bernard Kouchner se range à sa gauche, François Fillon et Rama Yade, à sa droite. Le président déclare tout de go : « Bon, mesdames et messieurs, je vous remercie d’avoir répondu à notre invitation dans des délais aussi brefs. je voulais vous dire quelle était notre joie devant la fin de ce long calvaire qui a frappé cinq femmes puis vous comprendrez que je dise également que Cécilia a fait un travail tout à fait remarquable, que, pour être une phrase courte, elle n’en est pas moins très sincère. »

     
Voix off : « Deux mois seulement après son arrivée au pouvoir, le dictateur lui offre cette victoire diplomatique éclatante, de surcroît, parée de bons sentiments de toutes sortes, et ce ne sont pas les interrogations de la presse qui vont gâcher ce moment. » Une Journaliste ose la question qui peut fâcher : « On sait bien que rien ne se fait avec le colonel Kadhafi sans compensation. » Comme si de pareilles tractations entre d’autres chefs d’États se faisaient purement gratuitement … Le président Sarkozy : « Bon ! Si vous me posez la question : la France, a-t-elle versé un euro, ma réponse, c’est « non ! ». » Nicolas Sarkozy dit vrai : c’est monsieur Qatar qui a payé pour la France. (Cf. Les témoignages de certains négociateurs…) « De quoi s’agissait-il ? Il s’agissait d’arracher cinq malheureuses femmes à un sort bien peu enviable. Il y avait un problème à résoudre, on l’a résolu. Point ! »
     
À propos de la solution apportée à ce qui a été appelé « L’affaire des infirmières bulgares et du médecin palestinien », Ahmed Gaddhaf El Dam s’exprime en ces termes : « Pour servir nos intérêts dans notre projet africain, nous avions décidé de soutenir Nicolas Sarkozy dans cette affaire. Par tous les moyens ! En l’occurrence, nous voulions lui donner une carte à jouer. » À noter que Ahmed Gaddhaf El Dam dit « nous » et non « le colonel Gaddhafi ». À noter aussi cette expression : « Par tous les moyens ! » Voix off : « Cette carte, le président va venir la jouer en Libye. Dès le lendemain. »

 

Pour plus d’informations sur ce qui a été appelé « L’affaire des infirmières bulgares », se reporter au blog de Michel J. Cuny
http://kadhafi.canalblog.com/
Cf. Fin du texte, n° 39


 
Françoise Petitdemange


25 avril 2015

11. DE LA PAIX A LA GUERRE... CONTRE LE PEUPLE LIBYEN

11.
DE LA PAIX À LA GUERRE...
CONTRE LE PEUPLE LIBYEN
 

3 - 10. Voyage du président Sarkozy en Libye

 

      « 25 juillet 2007. » Voix off : « Deux ans après son premier séjour, le président est de retour à Tripoli. L’ambassadeur méritant et le chef du protocole libyen l’attendent au bas du tapis rouge. Il est accueilli en grande pompe et en terrain connu. » L’accueil libyen est cordial : « Bienvenue, soyez le bienvenu dans notre pays. » Le président français, Nicolas Sarkozy, répond : « Merci. » Puis le groupe marche sur le tapis rouge mis en place pour la circonstance.
      Voix off : « La libération des infirmières est, pour le président des droits de l’homme, un paravent commode. Qui s’offusquerait, en effet, de cette escale à Tripoli aux lendemains d’une si émouvante libération ? Il peut passer en toute quiétude aux choses sérieuses avec le dictateur. »
     
L’ambassadeur de France en Libye, Jean-Luc Sibiude, s’en pourlèche encore les babines… « Autant la première visite avait été un peu fade, discrète, je ne vais peut-être pas, enfin… Autant, là, ça a été la fiesta. Voilà ! »

      L’armée du peuple effectue la parade militaire devant le bâtiment bombardé en 1986 par les États-Unis et la Grande-Bretagne. Muammar Gaddhafi sort d’une voiture. Voix off : « Dans le jardin de sa caserne, au pied d’un bâtiment laissé en l’état depuis le bombardement américain de 1986, c’est un dictateur en tenue d’apparat qui accueille le président et son importante délégation. Parmi elle, se trouve la jeune secrétaire d’État aux droits de l’homme, Rama Yade. » Le président Sarkozy est accompagné d’une « importante délégation ». En décembre 2007, les journalistes français critiqueraient le séjour de Muammar Gaddhafi qui, à Paris, serait accompagné d’une « importante délégation ».

     
Voici comment Rama Yade racontera la scène, comme pour rester fidèle à sa réputation de prétendue rebelle : « Arrivé à moi, il me serre la main. » L'image prise sur le vif, et insérée dans le documentaire, la montre à côté de Bernard Kouchner, et Nicolas Sarkozy tend la main vers elle pour la présenter. Quoi qu’elle dise, elle est toute souriante quand elle serre la main à Muammar Gaddhafi. « Et, heu…  et je lui serre la main, heu et heu… il me, enfin, il était d’ailleurs étrange, c’est, c’est, c’est… On n’aurait pas dit un président. » Effectivement. D'ailleurs... ce n’était plus un président depuis des décennies ! « Parce que il était habillé tout, un costume blanc avec, sur la poitrine, une carte de l’Afrique en plastique - voyez - noir, et puis heu des lunettes de soleil et puis ses cheveux tout mouillés ou ou huileux je sais pas trop et heu et puis donc heu il se pensait le représentant de l’Afrique. Moi, étant d’origine africaine, donc il a dû penser que on devait avoir une complicité particulière, et donc il me dit : « Mais comment, à trente ans, vous êtes ministre », et moi heu, du tac au tac, je lui réponds : « Mais vous, à vingt-sept ans, vous aviez bien fait un coup d’État. » Et, là, je vois le regard du président Sarkozy qui part dans tous les sens, et puis, lui, ça le fait rire manifestement. » Sur cette répartie de Rama Yade, en fait, Nicolas Sarkozy et l’interprète rient tout autant que Muammar Gaddhafi. Mais, manifestement, Rama Yade règle des comptes. Avec ses descriptions portant sur des détails de la personne de Muammar Gaddhafi, elle est à la limite de la xénophobie : les « cheveux huileux » font partie des vieux clichés d’une certaine époque… La jeune secrétaire d’État se prend pour une révoltée mais elle a beaucoup à apprendre : un coup d’État révolutionnaire, mené, sans effusion de sang, par des militaires et des civils qui mettront en place, très rapidement, des structures politiques et économiques horizontales et qui transmettront directement, huit ans plus tard, le pouvoir au peuple, ne peut se confondre avec un coup d’État réactionnaire, sanglant, mené par des militaires pour accaparer le pouvoir et opprimer le peuple, comme l’ont fait Francisco Franco ou Augusto Pinochet, soutenus par les dirigeants occidentaux.

    
Voix off : « L’heure est à l’idylle. Surtout lorsque vient la signature d’une dizaine d’accords de coopération. »
    
Bernard Kouchner et Abdel Rahman Shalgham en sont à signer des actes. Ils rient tous les deux. C’est rare de voir Bernard Kouchner rire… Abdel Rahman Shalgham dit : « Et, je signe, moi. » Bernard Kouchner, en riant : « Oui, mais, alors, vous avez (sali ?) l’acte. » Bernard Kouchner s’exclamant : « Il y a je ne sais pas combien de documents. Mais, qu’est-ce qu’on signe comme accords ! Oh, je ne m’en plains pas ! » La diplomate libyenne, Zohra Mansour, rapportant les propos de Muammar Gaddhafi, montrera à quel point la Libye faisait confiance à la France : « Auparavant, c’est moi qui avais été chargée de rédiger ces accords. Le Guide m’a dit, textuellement : « Zohra, s’agissant de la France, il ne faut pas t’inquiéter. Sarkozy est notre ami. Tout va bien pour nous. ». »

    
Voix off : « L’accord sur la défense, en particulier, a de quoi réjouir le dictateur. La France entraînera ses forces spéciales et lui fournira les armes les plus modernes. À la suite de ce rapprochement, les Français lui vendront même un système de surveillance d’Internet qu’il utilisera pour traquer ses opposants. » Ce n’est qu'un procès d’intention… Voix off : « Ceux-ci, il est vrai, pèsent à l’époque fort peu dans la balance. » Les deux signataires se lèvent et se serrent la main tandis que le groupe applaudit. Muammar Gaddhafi invite Bernard Kouchner à toucher la carte de l’Afrique qu’il porte sur sa veste ; ce que fait Bernard Kouchner avec plaisir.
    
Les contrats sur l’armement ? Henri Guaino a la réponse : « Quand vous faites des contrats de ventes d’armes, vous imaginez bien que le gouvernement peut effectivement les utiliser d’une autre manière que pour préserver l’indépendance, l’indépendance nationale. Bon ! Voilà. Mais faut-il donc ne plus vendre d’armes à quiconque ? Mais faut-il donc ne plus vendre d’armes à quiconque ? Vous trouverez toujours quelqu’un pour leur vendre des armes. Et, heu, voyez, là encore, c’est la difficulté, difficulté morale de tout cela. Mais le monde est comme il est. » Trois ans plus tard, le président Nicolas Sarkozy fera voter une résolution à l’ONU (Organisation des Nations Unies) qui interdira à tout avion libyen de décoller ; il sera ainsi plus facile de détruire les avions au sol et tout le dispositif de défense, empêchant ainsi le peuple libyen de préserver l’« indépendance nationale » si chère à monsieur Guaino.

    
Tandis que retentit « La Marseillaise », les deux hommes sont au garde-à-vous. Le président Nicolas Sarkozy grimace sous le soleil libyen : manifestement, il est en difficulté. C’est le moment, ici, de se souvenir de la description, sous forme d’une critique, faite plus haut par Rama Yade, à l’encontre de Muammar Gaddhafi : « et puis heu des lunettes de soleil ». Muammar Gaddhafi, lui, s’il porte des lunettes, c’est pour protéger ses yeux des rayons qu’il sait implacables. Beaucoup plus grave… Au fond de l’image, se trouve le « Monument de la souffrance du peuple libyen » qui a été érigé à la mémoire des victimes des bombardements britanniques et états-uniens, d’avril 1986, effectués en guise de représailles contre des actes terroristes attribués à la Libye dont la culpabilité n’a jamais été prouvée. Muammar Gaddhafi invite Nicolas Sarkozy à avancer. Après la signature des accords…
    
Voix off : « Pour le président, ces accords sont de moindre importance à côté du dossier qu’il a prévu d’évoquer dans quelques minutes avec le dictateur : sa chère Union pour la Méditerranée. Après deux mois de présidence, elle semble à portée de main. Il a besoin toutefois du soutien déterminant de son hôte. »
    
Muammar Gaddhafi et Nicolas Sarkozy se dirigent vers la tente. La modeste tente où sont installé(e)s, à une table portant deux plateaux de mets de réception, la dame interprète, Nicolas Sarkozy et, invisible de suite, Muammar Gaddhafi. Claude Guéant s’étire de tout son long, avec une indescriptible impolitesse, par-dessus l’un des plateaux et en faisant fi de l’interprète, pour chuchoter quelque chose en direction de Nicolas Sarkozy. Muammar Gaddhafi demande, par un petit signe, à des personnes restées à l’extérieur, de parler moins fort, sans doute des journalistes.

    
Jean-David Lévitte, conseiller diplomatique de Nicolas Sarkozy, en est resté aux vieux clichés : « C’était un axe majeur de sa politique étrangère. Lui arrivait avec un esprit cartésien et une discussion structurée en tête. En face, l’interlocuteur n’était pas dans les mêmes dispositions intellectuelles, disons. » Bernard Kouchner, ministre des Affaires étrangères, tente d’oublier sa déconfiture du moment… « J’ai le souvenir d’une scène de théâtre, de de d’une d’une incommunication flagrante, d’une comédie jouée par Mouammar Kadhafi. » Voix off : « Avec tout l’enthousiasme dont il est capable, le président expose sa vision géopolitique au maître des lieux à qui il offre de le rallier. » Bernard Kouchner : « C’était un sphynx. Il répondait pas. Ou il disait trois-quatre mots en arabe. Sans rapport du tout avec la discussion qu’on voulait avoir avec lui. Il y avait des éclairages sur ce qu’on pouvait lui vendre. En général, c’était je sais pas quoi, des armes anti-chars ou je ne sais pas quoi. Et nous, nous ne savions pas. Il fallait qu’on prenne des conseils. » Voix off : « Le dictateur élude. Bernard Kouchner recentre la discussion avec un peu d’insistance. » Jean-Luc Sibiude (ambassadeur de France en Libye) évoque ce moment particulier : « Le président l’a repris en disant pratiquement, disant à Kadhafi : “N’écoutez pas ce que dit mon ministre des Affaires étrangères.” Non, Sarkozy voulait une visite qui se passe bien. Bon ! Il disait : “Je suis là pour faire plaisir à mon hôte qui m’a fait, donc, heu, autant ne pas lui compliquer, ne pas évoquer les choses dans le détail.” En gros, le président a dit : “On verra, on vous précisera les choses, les grandes lignes, tout ça.”. »
    
Voix off : « Lorsqu’il quitte la tente, le président ne doute pas de gagner son hôte à sa cause. Le dictateur, lui, masque sa déception. Il escomptait un président acquis à ses rêves africains. Il reçoit un ambitieux qui lui demande de se rallier à un projet concurrent. » Ahmed Gaddhaf  El Dam, quant à lui, explique le point de vue, non de Muammar Gaddhafi, mais du « nous » libyen : « Nous, nous pensions que Sarkozy avait pris en compte le projet que nous avions impulsé en Afrique. Et, là, nous constatons qu’il cherche juste à se donner un rôle historique, qu’il veut être le chef. »

    
Jean-David Lévitte : « Kadhafi, il a toujours eu cette ambition un peu fantasque, mais enfin, de rassembler l’Afrique ou, en tout cas, une partie de l’Afrique, et il a essayé d’atteindre cet objectif, plus par l’ingérence que par la coopération. Donc, notre message, assez évident, était de lui dire : « Puisque vous avez renoncé au terrorisme et aux armes de destruction massive, renoncez aussi à l’ingérence, à la déstabilisation de vos voisins. ». » En quoi l’idée de « rassembler l’Afrique », à travers les chefs des États et les peuples, était-elle plus « fantasque » que l’idée d’États-Unis d’Amérique (au XVIIIème siècle), d’Union Européenne (au XXème siècle) ?
     
L’Union Européenne, n’était-elle pas un projet, sinon « fantasque », du moins anti-démocratique, manigancé en dehors des peuples ? Le vote des peuples - et notamment du peuple français - “pour ou contre le traité constitutionnel européen”, n’a-t-il pas été… bafoué, nié ? Contrairement à la réalisation de l’Union Européenne, la création des États-Unis d’Afrique était le fait, non seulement de la Libye mais aussi des autres États africains. L’OUA (Organisation de l’Unité Africaine), moribonde, a transmis le flambeau à l’UA (Union Africaine) : tous les États africains étaient invités (et non une partie de l’Afrique) ; il y avait des Sommets africains, d’année en année, pour mettre en place la Constitution avec « les droits de l’homme et des peuples » et les Institutions préparant la création des États-Unis d’Afrique. Contrairement à ce que prétend Jean-David Lévitte, l’Union Africaine, qui devait ouvrir sur les États-Unis d’Afrique, était un projet commun aux États et aux peuples africains ; certainement pas une « ingérence » de Muammar Gaddhafi ! Dans le cadre de la construction des États-Unis d’Afrique, en quoi une « ingérence » ou une « déstabilisation » de Muammar Gaddhafi, aurait-elle été bénéfique ?
      En 2010-2011, quel chef d’État a fait de « l'ingérence » dans les pays africains et par rapport aux peuples africains : Côte d’Ivoire, Tunisie, Égypte, Libye… ? Sinon le président français Nicolas Sarkozy, toute sa clique gouvernementale, et quelques pseudo-intellectuels qui n’avaient à se mêler ni des affaires politiques de la France, ni des affaires politiques de la Libye. C’est la volonté d’une grande partie du continent africain qui allait être bafouée, en 2011, par les puissances occidentales qui n’ont jamais pu renoncer à leurs colonies et donc à l’emprise qu’elles exerçaient sur les pays africains pour mieux voler les richesses du continent qu’elles continuent à voir comme une caverne d’Ali Baba, qui leur appartient nécessairement, puisqu'ils en sont les quarante voleurs.

    
Voix off : « Trop sûr de lui, le président mésestime les ambitions du roi des rois d’Afrique. Bref ! L’entrevue se révèle un jeu de dupes. Chacun se méprenant sur les intentions de l’autre. » Cette dame, sait-elle ce qu’elle dit, dans le commentaire ? Sait-elle ce qu’est ce titre, non pas que Muammar Gaddhafi s’est donné lui-même, mais que lui ont donné les chefs des autres États africains ? Voix off : « De retour vers la France, il reste à l’hyper-président, comme on commence à le surnommer, à honorer une promesse : la visite officielle qu’il a offerte au dictateur. Il convient qu’elle renforce son entente avec lui et parachève sa grande offensive diplomatique de début de mandat. »

 

Françoise Petitdemange


26 avril 2015

15. DE LA PAIX A LA GUERRE... CONTRE LE PEUPLE LIBYEN

15.
DE LA PAIX À LA GUERRE...

CONTRE LE PEUPLE LIBYEN


4 - 14. Des opposants… pacifiques ?
Des familles de victimes… victimes de qui ?

 

      Voix off : « Les rues bloquées exaspèrent les Parisiens. La pompe déployée pour un dictateur choque les Français. Ils assistent à des scènes comme celle-là. » Sur quoi, le mot générique « les Français », est-il fondé ? Des policiers interpellent des hommes et les fouillent… manifestement, pour savoir s’ils ne portent pas d’armes sur eux : Muammar Gaddhafi et la délégation libyenne sont les invité(e)s de la France et leur sécurité est de la responsabilité de celle-ci. Voix off : « De pacifiques opposants en exil, séquestrés dans un car des heures durant, afin d’éviter que le dirigeant libyen ne les aperçoive sur son passage. » « De pacifiques opposants », vraiment ? Comment la commentatrice, peut-elle penser faire accroire que Muammar Gaddhafi aurait le temps d’apercevoir ces opposants… sur son passage ?
     
Vue sur le convoi. Voix off : « Les plus sidérés sont les proches des 170 victimes de l’attentat commis sur ordre du dictateur contre un avion français en 1989. » Où est « l’ordre du dictateur » ? S.O.S. Attentats et Béatrice Boëry, sœur de l'une des victimes, qui ont accusé Muammar Gaddhafi, personnellement, ont été débouté(e) de leurs prétentions : la Cour de Cassation a cassé et annulé, le 13 mars 2001, l'arrêt de la Chambre d'accusation de la Cour d'Appel de Paris. D'ailleurs, les familles des victimes, elles-mêmes, ont émis des doutes sur la culpabilité de la Libye. Étrangement, le commentaire ne parle pas du bombardement de la Libye par des avions anglo-saxons, en 1986, qui ont tué des civil(e)s libyen(ne)s. Quant à la CIA, qui accuse toujours les autres…
     
Voix off : « Quatre ans auparavant, le dictateur a consenti à indemniser les familles des victimes du DC 10 d’UTA, mais il refuse toujours d’extrader les auteurs de l’attentat parmi lesquels son propre bras-droit. » Le 9 janvier 2004, le collectif, représentant les familles des victimes de l’explosion du DC 10 de l’UTA au-dessus du Ténéré (Niger), a signé un accord avec les représentants de la « Fondation de Saïf al-Islam Kadhafi » pour toucher des indemnisations : un million de dollars pour chaque victime, soit 170 millions, que la Libye a payés pour en finir avec les sanctions qui ont suivi les accusations lancées sans apporter la moindre preuve et pour avoir, enfin, la paix ! Que demander de plus ? L’extradition de qui ? De Libyens accusés sans preuve ?
     
Quelques images des familles des victimes du DC 10 d’UTA qui sortent de l’Élysée... Voix off : « Résumons. Le président invite le dictateur pour sauver des victimes bulgares, refuse de recevoir d’autres victimes, françaises, du terrorisme libyen, les reçoit finalement et se pose lui-même en victime. » La commentatrice va un peu vite lorsqu’elle parle des « victimes bulgares »… Elle va un peu vite aussi lorsqu’elle parle des avions qui ont explosé en plein vol et qui sont tombés, l’un à Lockerbie, en Écosse, en 1988, et l’autre, dans le désert du Ténéré, au Niger, en 1989, « victimes » « du terrorisme libyen » : il faut rappeler qu’aucune preuve de la culpabilité de la Libye n’a été apportée dans l’explosion de ces deux avions. À l’époque, beaucoup d’avions étaient cibles d’attentats… Pour l’avion qui est tombé en Écosse, c’est la CIA qui s’est chargée de l’enquête, qui a importé des pièces sur le lieu du crash… et qui a accusé la Libye. Pour l'avion tombé au Niger, un passager, qui a débarqué de l'avion, lors d'une escale avant l'explosion, n'a pas eu à justifier son départ. Après la mort de Muammar Gaddhafi, deux avions ont eu des problèmes : l’un s’est écrasé en Ukraine, l’autre a disparu en Malaisie. Était-ce, est-ce le fait de Muammar Gaddhafi ? de l’État libyen ? Pourquoi personne ne demande des comptes aux États-Unis, à la CIA, par exemple, ou… au Mossad ? Guillaume Denoix de Saint Marc, représentant des familles du DC 10 d’UTA : « J’aimerais qu’il s’en aille, heu… » À noter le « Je » du représentant des familles.


Françoise Petitdemange


19. DE LA PAIX A LA GUERRE... CONTRE LE PEUPLE LIBYEN

19.
DE LA PAIX À LA GUERRE...

CONTRE LE PEUPLE LIBYEN

4 - 18. La trahison manifeste
de l’équipe française au pouvoir

 

      Vue sur le brasero et la tente. Des Femmes en armes veillent... Voix off : « De l’autre côté de la rue, pour le dictateur, c’en est trop. Il attendait que cette visite consacre sa respectabilité. Au lieu de cela, on l’injurie. On le juge pitoyable. Il soupçonne le président lui-même de le trahir. Car, enfin, un ministre, peut-il agir sans l’accord de son chef ? Devant ses conseillers, il entre dans une colère terrible. »
     
Ahmed Gaddhaf  El Dam (conseiller de Muammar Gaddhafi) : « Kadhafi a été trompé par Sarkozy. Lui était clair comme de l’eau de roche et Sarkozy s’est comporté avec fourberie. »
     
La diplomate libyenne, Zohra Mansour, dira plus tard au sujet de ces étranges comportements d’alors : « C’était une attitude contraire à toute diplomatie. Pour nous, musulmans et diplomates, c’était un comportement inadmissible. »
     
Ahmed Gaddhaf El Dam soulèvera lui aussi un problème crucial : « S’il le détestait, pourquoi l’invitait-il en France ? l’accueillait-il chaleureusement ? Pourquoi était-il venu le visiter en Libye ? Tout ça, c’était de l’hypocrisie, [de l’hypocrisie]. » Ahmed Gaddhaf El Dam répète (ce qui n’est pas traduit :) « de l’hypocrisie ». Il est désolé…
     
En fait, les hommes et femmes politiques français(es), à la tête d’un pays capitaliste endetté jusqu’au cou, ne pouvaient ignorer le faible endettement de la Grande Jamahiriya Arabe Libyenne Populaire Socialiste, et n’étaient intéressé(e)s que par une seule chose : faire signer à la Libye des contrats.

     
Le président Sarkozy, dans un salon de l’Élysée, se trouve face à la presse.
     
Voix off : « La situation s’envenime encore lorsque le président tente désespérément de désamorcer la polémique qui agite la France. »
     
Nicolas Sarkozy : « C’est bien beau les leçons de droits de l’homme et les postures entre le Café Flore et le Zénith. Mais ces postures… elles sont restées pendant huit ans, ces malheureuses infirmières. J’ai dit au président Kadhafi combien il fallait continuer à progresser sur le chemin des droits de l’homme, dans tous ses aspects, tout ce qu’il restait à faire. » (Peu d’applaudissements.) Même le président français est ignorant du statut de Muammar Gaddhafi !

     
Voix off : « Maintenant, ce président lui fait publiquement la leçon. La coupe est pleine ». Muammar Gaddhafi se rend, de sa tente au palais de l’Élysée, portant lui-même son parapluie. Quel « dictateur » porterait son parapluie et se déplacerait ainsi, accompagné d’un seul homme : un Africain à la peau noire ?
     
Voix off : « La vengeance est un plat qui se mange froid. Aussi, le dictateur ne laisse rien paraître de son courroux lorsqu’il va retrouver son hôte. »
     
Jean-Luc Sibiude (ambassadeur de France en Libye) : « Le dernier entretien qui s’est fait… Sarkozy a tenu à le recevoir. Je ne sais plus très bien. Mais, en tout cas, c’est le président Sarkozy qui lui a dit : « Je suis désolé si la presse vous a mal accueilli », etc. Et Kadhafi, très grand seigneur, lui a répondu : « Mais, écoutez, ça, vous n’y êtes absolument pour rien. La presse est libre dans votre pays. » Il a dit : « C’est votre problème ; la presse française, ce n’est pas mon problème. Moi, je vais faire une virée avec la mienne, à mon retour, mais je n’ai aucun souci. » Il l’a même dit en plaisantant : « Je n’ai aucun souci avec ma presse. » (Jean-Luc Sibiude rit de bon cœur.)

     
Voix off : « Justement, la presse française à laquelle il a promis une interview va être l’instrument de sa vengeance. » Dans la tente de Muammar Gaddhafi, le journaliste, David Pujadas, pose une question : « Alors, cette visite, en France, provoque, ici, un un vif débat et le boycott de certains élus, comment réagissez-vous à cette controverse ? » Muammar Gaddhafi : « En fait, je ne suis pas au courant. Je n’ai pas lu la presse et je n’ai pas la télévision. » Le journaliste pose une autre question : « Le président Nicolas Sarkozy a indiqué, hier, qu’il vous avait demandé de progresser sur le chemin des droits de l’homme. » Muammar Gaddhafi : « Non, non, moi et le Président Sarkozy, nous n’avons pas évoqué ces sujets. Nous sommes des amis, nous coopérons… » Tout ce que dit Muammar Gaddhafi n’est pas traduit… Étrange… Le journaliste : « Ça n’a pas été évoqué ? » Muammar Gaddhafi : « Absolument pas, pas un instant. »

Françoise Petitdemange


 

21. DE LA PAIX A LA GUERRE... CONTRE LE PEUPLE LIBYEN

21.
DE LA PAIX À LA GUERRE…
CONTRE LE PEUPLE LIBYEN


5 - 20. De quoi se mêle le président français ?

 

      Le président Nicolas Sarkozy prend la parole face à une assemblée, avec, sur sa droite, le drapeau européen et le drapeau français : « Et qu’est-ce qui s’est passé au Moyen-Orient ? Une chose extraordinaire. C’est que les peuples arabes ont décidé, sans violence, de prendre leur destin en mains. Ces peuples aspirent à la démocratie, au progrès social, alors que, jusqu’à présent, on avait plutôt des régimes autoritaires, dont nous avions des rapports avec eux, parce qu’ils étaient laïcs et parce qu’il n’y avait pas d’autre solution d’alternative crédible. Aujourd’hui, il y a cette alternative. » La Constitution de 1958 étant une Constitution anti-démocratique par excellence qui donne un pouvoir exorbitant au président de la république, le peuple français devra prendre son destin en mains. Car, pour l’alternative, il a déjà donné. Il faut que ces hommes et ces femmes qui squattent les fonctions politiques et économiques, depuis des décennies, s’en aillent… En Libye, s’il y a une... alternative, elle ne peut venir que des opposants qui, depuis des décennies, tentent de reprendre le pouvoir des mains du peuple en menant des attentats, à main armée, et en semant la mort dans le peuple jamahiriyen avec, pour but, d'assassiner Muammar Gaddhafi.
     
Voix off : « Il se trouve en Turquie lorsqu’il réagit à une stupéfiante nouvelle. Début 2011, des révolutions ont balayé deux membres éminents de son UPM [Union Pour la Méditerranée] l’Égyptien Moubarak et le Tunisien Ben Ali. » Après la déstabilisation de la Côte d’Ivoire, les pays situés, de chaque côté de la Libye, se trouvent eux aussi déstabilisés jusqu’à provoquer la fuite des présidents tunisien et égyptien. Images d’un groupe de manifestants : l’un brandit un exemplaire du Livre Vert qu’il déchire ; l’autre brandit le portrait d’un jeune homme avec des inscriptions en arabe ; un pied marche sur une affiche représentant le visage de Muammar Gaddhafi. Ils savent qu’ils sont filmés… Voix off : « Et voici que les Libyens, à leur tour, se soulèvent contre leur dictateur. Lui n’hésite pas à faire mitrailler la foule de ses opposants. »
     
Toujours depuis la Turquie, le président Nicolas Sarkozy déclare catégoriquement : « Notre position est claire. Monsieur Kadhafi doit partir. » Déjà, il était clair que l’accusation, disant que Muammar Gaddhafi faisait tirer sur sa population, était inexacte. Par ailleurs, au nom de quoi, le président français peut s’ingérer dans les affaires de la GJALPS (Grande Jamahiriya Arabe Libyenne Populaire Socialiste), de l’État libyen, c’est-à-dire de la démocratie directe, c’est-à-dire du peuple libyen ? Au nom de quoi, ce président peut chasser un homme de sa terre natale ? Et de quel droit Nicolas Sarkozy, pouvait-il exiger le départ du Guide ?

 

Françoise Petitdemange