24 avril 2015

10. DE LA PAIX A LA GUERRE... CONTRE LE PEUPLE LIBYEN

10.
DE LA
PAIX À LA GUERRE...
CONTRE LE PEUPLE LIBYEN

2 - 9. L’« affaire des infirmières bulgares »

 

      « Juillet 2007. » Voix off : « En ce début de quinquennat, tous les chemins le mènent en Libye. Il s’attelle sans tarder à son Union pour la Méditerranée, s’efforçant de convaincre les chefs d’État de la région d’y adhérer. Il a aussi en tête les grands contrats qu’il pourrait obtenir de la riche Libye. Lui qui a promis de ramener milliards et emplois aux entreprises françaises. Et puis, cerise sur le gâteau : il saisit l’opportunité de réaliser un bon coup de communication qui contribuerait à sa gloire. » Des images montrent les infirmières bulgares et le “médecin palestinien” derrière des barreaux. Deux des infirmières sont bien maquillées et bien habillé(e)s. Elles et leurs consœurs, ainsi que le « médecin palestinien » - en réalité, il était étudiant en médecine, dans sa dernière année d’internat - ne paraissent pas très marqué(e)s - ni sur leurs visages, ni dans leurs corps - par les nombreuses tortures de toutes sortes qu’il-elles auraient subies, qui ont été décrites, avec force de détails, dans certains livres, et qui, si elles avaient été subies, ne les auraient pas laissé(e)s vivant(e)s.

     
Voix off : « À Tripoli, en effet, l’imprévisible Guide libyen a suscité un nouvel obstacle dans ses relations avec l’Occident. Il détient cinq infirmières bulgares dont le calvaire émeut l’opinion internationale. Injustement accusées d’avoir inoculé le virus du sida à des enfants, torturées, elles viennent d’être condamnées à mort. » « Il détient »… Muammar Gaddhafi ne détient pas ces infirmières, pas plus que l’étudiant en médecine, né en Égypte en 1969 et vivant en Libye depuis 1972, dont il est permis de se demander pourquoi il a été présenté partout comme un « médecin palestinien ». Ce personnel médical étant soupçonné de faits très graves puisque des enfants meurent du sida, une enquête s’est avérée nécessaire. Dans la Libye révolutionnaire, ce n’est pas la loi de la jungle ou la loi de l’arbitraire : il y a une justice populaire avec des tribunaux… La commentatrice va un peu vite en affirmant que les infirmières étaient « injustement accusées »… d’autant qu’elles et le prétendu médecin palestinien manifestaient un comportement plus qu’étrange. L’étudiant en médecine et certaines infirmières se livraient à d’importants transferts d’argent, qui n’avaient rien à voir avec le montant de leurs rémunérations : d’où venait cet afflux d’argent ? contre quels services rendus, à qui ou à quel pays ? Il-elles détenaient de l’alcool ostensiblement. Bref, il-elles contrevenaient aux lois civiles et bafouaient les lois religieuses de la Libye (pays d’accueil pour les infirmières bulgares). L’affaire étant extrêmement grave, les juges libyens prennent leur temps pour statuer sur le sort de ce personnel hospitalier : « Nous déférerons l’affaire devant la cour d’assise,[à Benghazi]. » À noter le « nous »… (Les mots entre crochets n’ont pas été traduits dans le documentaire.)

     
Voix off : « Depuis des mois, l’Union européenne négocie leur libération avec le dictateur. » Voix off : « En ce mois de juillet 2007, la commissaire aux relations extérieures est sur le point de réussir. » Benita Ferrero-Waldner (commissaire européenne) : « Dans une journée, parce qu’ils changeaient toujours tout, on a négocié ça. Et c’était prêt à signer. Et là, nous voulions signer. Et tout à coup, les Libyens, ils avaient coupé tout. Et ils voulaient savoir : « Oui, on n’est pas sûrs. ». » La commissaire européenne a l’honnêteté de dire : « les Libyens » et non Muammar Gaddhafi. Les Libyens avaient différentes raisons de se méfier… Ils venaient de sortir d’un long embargo et, maintenant, leurs enfants mouraient à l’hôpital… à Benghazi, là où il y avait des opposants à la démocratie directe. « Nous avons fait le travail. On ne savait pas que Sarkozy négociait derrière. »
     
Voix off : « Car à l’Élysée, dans la plus grande discrétion, entouré de sa seule garde rapprochée, Jean-David lévitte, son conseiller diplomatique, Henri Guaino et l’indispensable Claude Guéant, le président joue en personne les négociateurs. » Donc, à quoi servait la commission européenne ? L’ambassadeur de France en Libye, Jean-Luc Sibiude, donne quelques détails : « On me passait un coup de téléphone. Le président Sarkozy voudrait parler à Kadhafi. Dis-nous où se trouve Kadhafi, à deux heures de l’après-midi ou à cinq heures de l’après-midi. Et c’est comme ça que les choses se passaient. Et ça, j’ai eu au moins quatre ou cinq coups de téléphone » Henri Guaino (conseiller de Nicolas Sarkozy) : « Pour les sauver, eh bien, il fallait aussi accepter en contrepartie, d’abord, de discuter avec le colonel Kadhafi. »

     
L’ambassadeur, lui, connaît le Guide libyen un peu mieux que ses compatriotes de la politique : « Ça a beaucoup joué ça, enfin, parce que Kadhafi se sentait considéré. Quand vous recevez un coup de téléphone, quand vous recevez un message écrit, c’est une chose… mais qu’ensuite, vous voyez trois ou quinze jours après, nouvel appel, etc., à trois-quatre reprises, ça marque. Surtout avec ces pays-là qui, quand même, sont des pays où la relation humaine est fondamentale. »
     
Voix off : « Pour devenir le libérateur des innocentes infirmières, le président est prêt à offrir beaucoup. Il sait que le dictateur rêve d’effectuer une prestigieuse visite officielle en Occident pour marquer son retour sur la scène internationale. » Les infirmières bulgares et le “médecin palestinien”, ou plutôt l’interne égypto-libyen, devenu bulgare, ont été libéré(e)s mais leur innocence reste à prouver… Car ces membres du personnel médical n’ont pas eu un comportement très clair dans cette histoire. Le conseiller, Henri Guaino : « C’est en échange du sauvetage des infirmières bulgares qu’a été fait la promesse de recevoir le colonel Kadhafi en visite d’État, en visite d’État à Paris. » Vraiment ? Mais n’y a-t-il pas eu autre chose ?

     
Voix off : « Le président accède à un autre désir cher au dictateur : affligé d’avoir dû renoncer à l’arme nucléaire, le Libyen veut posséder au moins une centrale nucléaire, symbole de puissance. Depuis des mois, il sollicite les autorités françaises jusqu’à présent circonspectes face aux caprices d’un dictateur réputé incontrôlable. » Ces propos sont inexacts : le peuple libyen avec le Guide - et non le Guide révolutionnaire tout seul - ont renoncé à l’arme nucléaire comme aux armes chimiques parce qu’ils considéraient qu’il fallait œuvrer en faveur de la paix et, donc, payer d’exemple, en renonçant à cette arme. Jusqu’ici, en la matière… le « dictateur incontrôlable » a plutôt été chaque dirigeant des États-Unis, en partant - pour ne pas remonter trop loin dans le temps - de celui qui a donné, en 1945, l’ordre de larguer les deux bombes atomiques sur Hiroshima et Nagasaki, au Japon, pour arriver à celui qui a imposé un embargo à l’Irak : « pétrole contre nourriture », détruit le pays, massacré le peuple, fait mourir des enfants de faim et de maladies, pour avoir la peau de Saddam Hussein… Quant à la centrale nucléaire, le peuple libyen, n’avait-il pas le droit d’en avoir une, ne serait-ce qu’à des fins civiles ? Le peuple libyen, n’avait-il pas le droit de développer son pays ?
     
L’ambassadeur, Jean-Luc Sibiude, fait cette remarque : « Il y avait des gens qui étaient très, tout à fait opposés à s’aventurer, ou à s’engager - ce n’est pas une aventure - , à s’engager dans cette voie, même à pas comptés. Mais, là-dessus, le président de la république a arbitré parce que, là, à chaque reprise, dans les entretiens auxquels j’avais, auxquels j’ai assisté, le président, à plusieurs reprises, le président Kadhafi, ça lui tenait à cœur, ce point-là. » Un petit problème tout de même : le président Sarkozy, étant partie prenante dans cette affaire, ne pouvait guère arbitrer… À noter que ni Zohra Mansour, ni le cousin Ahmed Gaddhaf El Dam ne parlent de Muammar Gaddhafi comme d’un « président ».

     
Le conseiller du président Sarkozy, Henri Guaino, qui a rencontré le Guide libyen, en reste tout ébaubi : « C’était un personnage extrêmement intelligent, très manœuvrier, un homme de pouvoir très très efficace. Il a, heu, tiré tout le parti qu’il pouvait tirer de cette négociation. » L’ambassadeur, Jean-Luc Sibiude, lui, ne montre pas des Libyens particulièrement profiteurs : « Ils n’ont pas cherché à obtenir davantage. Non, les seuls, c’est, c’est l’accord de défense qui a fait un tout petit peu, un petit peu problème et, heu, parce que les Libyens voulaient une sorte de clause de défense, en disant que, en gros, s’ils étaient attaqués, la France devait venir à leur secours. Vous pensez bien qu’il n’en était pas question, de ça. Et je sais que mon homologue libyen m’a dit : « Je n’ai pas pu obtenir… » Et moi j’avais dit : « Ah non ! mais ça, c’est exclu, hein, il ne faut pas chercher. Je lui ai dit : « Tu… Ça ne passera jamais. » À noter que l’ambassadeur de France en Libye ne dit pas « Kadhafi », mais « Ils », « Les Libyens », « mon homologue libyen ». Par ailleurs, si « les Libyens voulaient une sorte de clause de défense », n’était-ce pas parce qu’après le carnage occidental en Irak, ils se savaient menacés ?

     
Voix off : « Le dictateur a obtenu presque tout ce qu’il pouvait espérer. Dans la nuit du 22 juillet 2007, le deal est scellé. » Voix off : « Quarante-huit heures plus tard, en Bulgarie, un avion de la « République Française » rend la liberté aux malheureuses. Des dizaines de journalistes sont venus retransmettre ce succès présidentiel. Ils découvrent alors qu’il comporte un inattendu volet conjugal. » Sans doute un journaliste : « Madame Sarkozy ! » Voix off : « Pour aller chercher les infirmières en Libye, le président s’est fait représenter par sa femme, Cécilia. Un geste envers le dictateur et, peut-être, même, plus que cela. » Mme Sarkozy apparaît accompagnée de Claude Guéant.
     
L’avis des femmes est, en Libye révolutionnaire, plus respecté qu’en Occident capitaliste. Dès après la Révolution du 1er Septembre 1969, les Libyennes ont pris une part active à la vie politique, économique et militaire de leur pays. Les Françaises bourgeoises sont à la traîne ; singeant les hommes, elles sont considérées, par les hommes politiques, comme celles qui veulent prendre leurs places ; quant aux Françaises de condition modeste, pas plus que les Français de même condition, même si elles-s’ils ont des capacités, elles-ils n’ont quasiment aucune possibilité d’accéder à des fonctions politiques de haut niveau : c'est la démocratie du “méritofric”. Ahmed Gaddhaf El Dam souligne la sensibilité des Arabes à ce que “femme veut” : « Et puis, on est des Arabes, vous savez. Il a envoyé sa femme à Tripoli. Ça compte. Il nous était difficile de refuser la demande d’une femme sur un sujet comme celui-là. »

     
La commissaire européenne, Benita Ferrero-Waldner, soulève un coin du voile et découvre que, décidément, les enjeux privés se dissimulent quelque peu derrière les intérêts publics : « Je crois, pour lui, c’était important, aussi, pour montrer à Cécilia que elle pouvait jouer un grand rôle si elle restait. Ça était un peu ce que j’ai compris quand elle était avec moi dans l’avion. » Bruno Jeudy (journaliste au Figaro) confirme les impressions de la commissaire : « Il espère, à travers l’affaire libyenne, qu’elle va trouver sa place et que, comme ça a marché, il imagine qu’il va pouvoir la garder, heu, la garder comme ça. » Voix off : « Baroque exercice du pouvoir où diplomatie et vie privée se mêlent. » Le président Nicolas Sarkozy arrive dans la salle, où est rassemblée la presse ; il paraît chercher quelqu’un, se retourne, trouve Bernard Kouchner qui se tient juste derrière lui, et s’exclame : « Tiens !... Ouais. » Bernard Kouchner se range à sa gauche, François Fillon et Rama Yade, à sa droite. Le président déclare tout de go : « Bon, mesdames et messieurs, je vous remercie d’avoir répondu à notre invitation dans des délais aussi brefs. je voulais vous dire quelle était notre joie devant la fin de ce long calvaire qui a frappé cinq femmes puis vous comprendrez que je dise également que Cécilia a fait un travail tout à fait remarquable, que, pour être une phrase courte, elle n’en est pas moins très sincère. »

     
Voix off : « Deux mois seulement après son arrivée au pouvoir, le dictateur lui offre cette victoire diplomatique éclatante, de surcroît, parée de bons sentiments de toutes sortes, et ce ne sont pas les interrogations de la presse qui vont gâcher ce moment. » Une Journaliste ose la question qui peut fâcher : « On sait bien que rien ne se fait avec le colonel Kadhafi sans compensation. » Comme si de pareilles tractations entre d’autres chefs d’États se faisaient purement gratuitement … Le président Sarkozy : « Bon ! Si vous me posez la question : la France, a-t-elle versé un euro, ma réponse, c’est « non ! ». » Nicolas Sarkozy dit vrai : c’est monsieur Qatar qui a payé pour la France. (Cf. Les témoignages de certains négociateurs…) « De quoi s’agissait-il ? Il s’agissait d’arracher cinq malheureuses femmes à un sort bien peu enviable. Il y avait un problème à résoudre, on l’a résolu. Point ! »
     
À propos de la solution apportée à ce qui a été appelé « L’affaire des infirmières bulgares et du médecin palestinien », Ahmed Gaddhaf El Dam s’exprime en ces termes : « Pour servir nos intérêts dans notre projet africain, nous avions décidé de soutenir Nicolas Sarkozy dans cette affaire. Par tous les moyens ! En l’occurrence, nous voulions lui donner une carte à jouer. » À noter que Ahmed Gaddhaf El Dam dit « nous » et non « le colonel Gaddhafi ». À noter aussi cette expression : « Par tous les moyens ! » Voix off : « Cette carte, le président va venir la jouer en Libye. Dès le lendemain. »

 

Pour plus d’informations sur ce qui a été appelé « L’affaire des infirmières bulgares », se reporter au blog de Michel J. Cuny
http://kadhafi.canalblog.com/
Cf. Fin du texte, n° 39


 
Françoise Petitdemange


16 juin 2015

1 - GRANDEUR ET MISERE DES SPECIALISTES

GRANDEUR ET MISERE DES SPECIALISTES
(1ère partie)

 

Une carte de visite bien remplie… Et pour quoi faire ?

     

      En 1983, Agnès Levallois obtient un diplôme supérieur d’arabe littéral de l’INALCO (Institut National des Langues et Civilisations Orientales). Deux ans après, en 1990, en tant que spécialiste du Proche-Orient, elle intègre le service du SGDN (Secrétariat Général de la Défense Nationale). En 1993, elle obtient un DEA (Diplôme d’Études Approfondies) de l’IEP (Institut d’Études Politiques) de Paris sur le monde arabe contemporain. Elle devient « responsable du bureau arabe et persan à la Délégation aux affaires stratégiques, au ministère de la Défense ». [http://agneslevallois.com/apropos.php]

      En 1995, elle rédige des articles sur le monde arabe (Maghreb-Machrek) pour la revue La Documentation Française. Trois ans plus tard, en 1998, elle est journaliste à Nord-Sud Export pour le groupe Le Monde, et collaboratrice au Monde Économie. De novembre 2005 à juillet 2006, elle est directrice de l’information et des programmes de RMC-MO (Radio Monte-Carlo - Moyen-Orient, la filiale arabophone de RFI (Radio France Internationale).
[http://www.telesatellite.com/actu/12464-agnes-levallois-ete-nommee-directrice-de-information-de-la-radio-rmc.html] De juillet 2006 à février 2009, elle est directrice adjointe de la rédaction de France 24, responsable des contenus arabophones.

      En 2012, elle crée une SARL (Société à Responsabilité Limitée), Agnès Levallois Conseil. Le capital est de 8.000 euros ; le chiffre d’affaires atteint 1 million d’euros dès l’année 2013.
[https://corporama.com/fr/societe/agnes-levallois-conseil/539856427] Sur le site Agnès Levallois Conseil, le Curriculum Vitae de la spécialiste ès Moyen Orient, est, dans l’« À propos », un peu plus détaillé : « Parlant l’arabe, ayant vécu à Damas et effectué de nombreux séjours en Égypte, au Liban, au Maroc elle est l’auteur de nombreuses publications dont Moyen-Orient mode d’emploi, Stock, 2002. Agnès Levallois s’appuie sur un parcours de spécialiste en géopolitique, analyse du risque pays et en communication pour offrir une expertise sur les pays arabes. »
      [http://agneslevallois.com/apropos.php]

      Sur le même site, le chapitre « Services/Références » permet de découvrir ses diverses activités : missions, séminaires, conseils. Le passage au ministère de la Défense lui a ouvert des portes, dont celles, entre autres, de l’entreprise Thalès. Elle est…
     
« Chargée de mission à l’Académie diplomatique internationale (ADI). Participation à l’organisation de rencontres, de séminaires sur les transitions que vivent les pays de la zone MENA » [Middle East and North Africa] ;
     
« Chargée de cours à l’ENA sur les conséquences géopolitiques des bouleversements dans les pays arabes ;
     
« Chargée de cours à Sciences po : les services de sécurité et de renseignement dans le monde arabe : acteurs du changement ? ;
     
« Animation de séminaires à Ubifrance et dans de grandes entreprises parmi lesquelles Crédit agricole, Renault, Thalès ;
     
« Conseillère éditoriale d’Ipemed, institut de prospective économique du monde méditerranéen, think tank spécialiste des questions euro méditerranéennes. Juin 2011 - Juin 2014
      « Interventions dans de nombreux média : […]. »
     
[http://agneslevallois.com/services.php]
     
D’ailleurs, les logos de tous ces médias sont affichés sur le site : i Télé, RTL, France Inter, RFI, TF1, Arte, France 5, Radio-Canada, AFP, TV5 Monde, RTS Radio Télévision Suisse, Aljazeera, Europe 1, France 2, France Culture.


*
 
Avec pareil curriculum vitae, que peut dire cette spécialiste
sur le sort réservé par l’Occident au monde arabe ?
1ère partie

      Le 20 mai 2015, Agnès Levallois était l’invitée du Club de la Presse, sur Europe 1.
     
(À noter que le logo de la radio se trouve, effectivement, sur son site.)

      Après l’avoir présentée comme la « spécialiste du Moyen Orient et du monde arabe, chargée de cours à l’ENA et à Sciences Po », Nicolas Poincaré tente de dresser un bilan rapide de la situation du moment.
     
« Faut-il s’inquiéter des récentes progressions de l’État islamique en Syrie et en Irak ? L’État islamique, qui n’est plus qu’à 100 kilomètres de Bagdad après la prise de Ramadi, qui se serait emparé aujourd’hui d’une partie de la cité antique de Palmyre en Syrie… Daesh, est-il en train de progresser, faut-il s’en inquiéter ? On vous pose la question jusqu’à 20 heures avec nos trois grandes voix du soir : Gérard Carreyrou, Serge July et Olivier Duhamel. »

 
Mais, d’abord, qu’en est-il de la situation au Mali ?

      C’est l’animateur de l’émission, Nicolas Poincaré, qui pose la première question…
     
« Est-ce que c’est une guerre qu’on peut gagner ? »

       Agnès Levallois :
     
« Très difficile, hein, puisqu’on voit bien surtout sur un terrain comme le Mali qui est un terrain extrêmement large et très, très grand. Et donc, la grande difficulté est d’arriver à repérer où sont les terroristes ou ceux qui sont contre nous et la difficulté à pouvoir atteindre puisqu’on sait très bien que, même si on atteint un groupe ou un responsable, il peut y en avoir d’autres et qui se meuvent très facilement sur ces terrains qu’ils connaissent évidemment beaucoup mieux que nous et qui leur donne un avantage certain sur la capacité que l’on a à réagir. »
     
« Contre nous », c’est-à-dire ? Après son élection en 2012, le nouveau président, François Hollande, n’a pas hésité à marcher sur les pas de son prédécesseur, Nicolas Sarkozy, qui, en faisant la guerre contre le peuple libyen et le Guide révolutionnaire, Muammar Gaddhafi, a non seulement détruit la Libye mais achevé de déstabiliser toute la région sahélienne. En dépit de plusieurs déclarations, François Hollande, s’ingérant dans les problèmes intérieurs du Mali, lançait le 11 janvier 2013, une importante opération militaire sur le sol de ce pays africain autant que dans les airs, et imposait la date des élections présidentielles au peuple malien pour faire élire l’un de ses favoris. Car, intervenir au Mali, c’est protéger les intérêts français dans les mines d’uranium du pays voisin, le Niger.

      L’invitée veut croire, quant à elle, que tout va bien, pour la France, dans le meilleur des mondes…
     
« Ce qu’y a de vrai, c’est que…, non c’est vrai que l’opération française au Mali a été plutôt réussie, mais, là, nous sommes sur des espaces avec peu de population. C’est la grande différence, je crois, quand même, avec l’Irak et la Syrie où la situation, du coup, est beaucoup plus compliquée, heu, qu’on n’a pas vraiment un projet politique au Mali parce que la situation politique, dans ce pays, est autrement différente de celle qui existe en Irak, qu’en Irak, on sort quand même de plus de dix ans de guerre ou, en tous les cas, d’un pays qui a été complètement cassé, déstructuré, lors de l’invasion américaine. »

      Comme le dit madame Levallois, « L’opération française au Mali a été plutôt réussie ». En effet… France Diplomatie se trouvait dans l’obligation, en ce mois de mai 2015 - soit, deux ans après l’opération guerrière de François Hollande - d’alerter toute personne, résidant au Mali ou désirant s’y rendre, quant au degré du danger.
      « En raison des menaces terroristes prévalant dans la zone sahélienne et des opérations militaires en Carte_du_Mali___mai_2015cours sur unepartie du territoire malien, il est recommandé aux personnes devant se rendre en mission au Mali et à nos compatriotes résidant sur place de faire preuve de vigilance et de se tenir informés de l’évolution de la situation. Pour rappel, il est formellement déconseillé de se rendre en zone rouge (cf. carte en rubrique sécurité) et il est déconseillé, sauf raison impérative liée notamment à des déplacements professionnels, de se rendre en zone orange. » Enfin… « Le tourisme au Mali reste formellement déconseillé. » [Citation et carte dans
http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/conseils-aux-voyageurs/conseils-par-pays/mali-12287/]
     
Il est vrai que, à consulter la carte produite par le site, il est difficile de savoir où il serait possible de poser un pied sûr au Mali…

      Madame Levallois, spécialiste ès monde arabe, pourra dire, dans la suite de sa prestation au Club de la Presse qui fera l’objet de l’article suivant, que… casser la colonne vertébrale d’un pays ne suffit pas…


Ce 1er texte est paru dans La Voix de la Libye
http://lavoixdelalibye.com/?p=22813


Françoise Petitdemange

http://www.francoisepetitdemange.sitew.fr/#LA_LIBYE_REVOLUTIONNAIRE_.A


17 juin 2015

2 - GRANDEUR ET MISERE DES SPECIALISTES

GRANDEUR ET MISERE DES SPECIALISTES
(2ème partie)
 

 

Qu’en est-il de l’Irak ? « complètement cassé », « déstructuré »…

 

      La guerre états-unienne a atteint son maximum jusqu’à transformer l’Irak - comme le dit, en termes très imagés, au Club de la Presse du 20 mai 2015, madame Levallois - en « un pays qui a été complètement cassé, déstructuré, lors de l’invasion américaine. Souvenez-vous : l’armée avait été complètement cassée, les services de renseignement mis complètement hors jeu, le parti Baas, qui était la structure, qui était vraiment la colonne vertébrale du régime du pays, de l’Irak, a été cassée. Et donc on s’est retrouvé face à un vide absolument total qui explique aussi les difficultés que l’on a aujourd’hui à reprendre la main pour les Américains ou pour la communauté occidentale sur ce... » …sur ce pays, donc.

     
Casser la colonne vertébrale… c’est déstructurer un pays, un parti, mais cela ne suffisait pas au président des États-Unis, George W. Bush, ni au premier ministre britannique, Tony Blair. Il fallait casser l’homme pour casser le peuple.
2__Carte_de_l__Irak

      L’exécution par balle ayant été refusée à Saddam Hussein, ce fut, le 30 décembre 2006, la mort par pendaison qui lui fut imposée. La pendaison entraînant souvent une rupture des vertèbres cervicales… lorsque l’invitée du Club de la Presse énonce que « le parti Baas, qui était la structure, qui était vraiment la colonne vertébrale du régime du pays, de l’Irak, a été cassée », elle ne croit pas si bien dire… Arguant de prétextes mensongers, le président des États-Unis et le premier ministre de Grande-Bretagne ont cassé la colonne vertébrale de l’Irak, du parti Baas, du président Saddam Hussein, et donc du peuple pour obtenir le… « vide absolument total » qui ne peut tout de même pas être une surprise aux yeux de ceux et de celles qui l’ont voulu et fabriqué à coups de famines et de bombes, afin de… « reprendre la main pour les Américains ou pour la communauté occidentale » - et non pour la communauté internationale, comme il est si souvent dit - « sur ce… » pays arabe, bien sûr !

 

De la déstructuration à la guerre civile 


      Casser la colonne vertébrale d’un pays, d’un parti, d’un homme, d’un peuple ne suffit pas… tant qu’il reste une partie de ce peuple qui refuse de se plier au régime politico-économique que les chefs d’États capitalistes et leurs multinationales veulent, par la force la plus brutale - la force militaire - lui imposer.

      Mais Serge July a une petite question à poser…
      « […]. Les États-Unis souhaitaient, en particulier, armer les tribus sunnites et les détourner de Daesh. Semble-t-il, l’argent n’est jamais arrivé, hein. C’est exact ? »

      Agnès Levallois :
     
« Il y a une partie de l’argent qui est arrivé : y a des tribus qui ont récupéré une partie de cet argent américain. »
     
Achever la déstructuration des sociétés arabes en finançant certaines tribus pour les armer contre d’autres, ou contre « Daesh » qui est une création occidentale, n’est-ce pas une manière de provoquer des guerres civiles tout en se lavant les mains du sang répandu ?…

      En tout cas, la spécialiste ès monde arabe sait, elle, ce qui ne marche pas et ce qui « marche » :
     
« Ce qui est sûr, c’est que les opérations uniquement militaires, aériennes, ne servent, enfin, ne sont, sont largement insuffisantes pour arriver à un résultat et que, sans engagement au sol, on n’y arrivera pas. Le meilleur exemple, me semble-t-il, c’est l’opération qui a été menée, le week-end dernier, par les Américains lors de la prise d’Abou Sayyaf qui était donc un responsable de l’État islamique et pour capturer [Intervention : « qui a été tué, donc, par des forces spéciales américaines au sol »], et qui a été tué par des forces américaines, mais y a eu, à ce moment-là, intervention au sol, ponctuelle, pour mener cette opération. Donc, on voit bien que, quand y a un objectif précis à atteindre, là, en l’occurrence, y avait suffisamment de renseignements, j’imagine, pour savoir qu’on pouvait le prendre ; les moyens ont été mis en œuvre, non seulement aériens mais également des troupes au sol pour mener cette opération. Et là, ça marche ! »
     
Heu… des moyens aériens, terrestres - des troupes au sol - tout cela pour… « capturer », comme Agnès Levallois le dit si bien, un seul homme ? Peut-être, la question, est-elle triviale mais… À l’aune états-unienne, ça coûte combien, la capture d’un homme ?
     
Ces « opérations » ont eu lieu avec l’accord des autorités irakiennes, non pas sur le sol irakien mais sur le sol syrien, à Al-Amr, sans que le régime syrien en ait été informé. Quatre chefs du groupe ÉI (État Islamique), dont Abou Sayyaf, et d’autres membres de l’organisation ont été tués : 32 personnes au total. Autrement dit, les forces états-uniennes peuvent aller tuer des personnes sur le sol d’un pays étranger - ici, la Syrie - sans l’aval de celui-ci ; elles bafouent ainsi les autorités du pays et sa souveraineté.   

 

“Refiler” le chaos à une armée irakienne en lambeaux

 

      De toute évidence, selon l’invitée du Club de la presse, il y a une bonne leçon à tirer de l’expérience du week-end :
     
« Donc, on voit bien que, dans cette situation irakienne, si y a pas, un moment, d'engagement au sol, on n'arrivera, enfin, les Américains n'arriveront à rien. Mais les seuls qui interviennent […]. Alors, le problème, c’est qu’il faut que l’armée irakienne, il faut que l’armée irakienne soit en mesure de le faire. Et c’était l’engagement pris par le nouveau Premier ministre irakien, Al-Abadi, de reprendre en mains une armée et d’en faire une armée qui ne soit pas une armée chiite ou sunnite mais que ce soit une armée irakienne [Intervention d’Olivier Duhamel : « Ils n’y arrivent pas, manifestement.]. »
     
La déstructuration d’un pays, sur les plans politique, économique, militaire, jusqu’à la destruction totale de ses infrastructures et de ses superstructures, c’est l’anéantissement du travail de toute une population qui avait fourni les efforts nécessaires, jusque-là, pour obtenir de meilleures conditions de vie. Quant à ceux qui voulaient la place d’un Saddam Hussein, en Irak, ou d’un Muammar Gaddhafi, en Libye… les voici avec un pays ingouvernable.

     
Qu’importe si le résultat obtenu s’avère catastrophique, l’armée états-unienne ne pense plus qu’à une chose : “refiler” le chaos à une armée irakienne qu’elle a largement contribué à désintégrer et sur laquelle elle plaque un type d’organisation qui ne convient pas… Agnès Levallois, qui se rend bien compte du problème, enchaîne sur l’intervention d’Olivier Duhamel…
     
« Sauf que, pour l’instant, ils n’y arrivent absolument pas parce que le pays a été tellement clivé et qu’aujourd’hui, on a vraiment face à face les milices chiites, heu, les milices sunnites qui, elles, sont complètement affaiblies parce qu’elles ont pas été, effectivement, on leur a pas donné les moyens nécessaires pour se mettre en ordre de bataille, parce que l’idée, c’était d’éviter d’arriver à cette situation aussi tranchée mais qu’on ait une armée, avant tout, irakienne [Intervention d’Olivier Duhamel : « Mais, comme on n’y arrive pas, il faut des soldats américains ? »]. Non, je ne crois pas qu’il faille des soldats américains, je pense que les soldats américains, si ponctuellement, ils peuvent faire une opération comme celle du week-end dernier, je crois pas que massivement, une, un engagement de l’armée américaine soit possible dans le contexte actuel et ça provoquera, à la limite, peut-être encore plus de catastrophes que ça ne réglerait de questions. »
     
Autrement dit, madame Levallois ne se fait aucune illusion sur un rôle éventuellement bénéfique des interventions américaines.

      Alors, il ne reste sans doute, pour les chefs d’États occidentaux et leurs armées, que deux choses à faire : laisser ce pays, l’Irak, se débrouiller tout seul avec le chaos dans lequel il a été plongé, en attendant de pouvoir y revenir, et semer le chaos ailleurs… Ce “chaos ailleurs” sera l’objet d’un prochain article, rédigé à partir de la même émission…
 

Ce 2ème texte est paru dans La Voix de la Libye
http://lavoixdelalibye.com/?p=22889


Françoise Petitdemange
  

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18 juin 2015

3 - GRANDEUR ET MISERE DES SPECIALISTES

GRANDEUR ET MISÈRE DES SPÉCIALISTES
(3ème partie)


Une créature ingrate : « Daesh »

      Au Club de la Presse du 20 mai 2015, c’est la dernière ligne droite pour madame Levallois. Elle connaît très bien la Syrie. Son Curriculum Vitae l’indique : elle a vécu à Damas et séjourné en Égypte, au Liban, au Maroc…

      Après la déstructuration achevée de l’Irak (2003), la dislocation de l’État des masses en Libye (2011), la déstabilisation de la Syrie (depuis 2011), la guerre au Mali (depuis 2013), un seul souci pour les franco-anglo-saxons et les monarques du Golfe : Al-Qaïda (dont le fondateur, Oussama Ben Laden, était un ami de la famille royale saoudienne) qui, par son alliance avec d’autres groupes armés, a été partie prenante dans la formation, en 2006, d’un Conseil consultatif des moudjahidines en Irak. Celui-ci, et quelque trente tribus sunnites qui représentent la majeure partie de la population d’Al-Anbar (province de l’ouest de l’Irak), proclament, en octobre de l’année 2006 - soit deux mois avant l’assassinat du Président de la République d’Irak, Saddam Hussein, qui est sunnite  - la création de l’ÉII (État Islamique d’Irak). En avril 2013, certains territoires de la Syrie passant sous son contrôle, l’ÉII devient l’ÉIIL (État Islamique de l’Irak et du Levant). En juin 2014, l’ÉIIL annonce l’instauration d’un califat sur les territoires irakiens et syriens qu’il a pris : l’EIIL devient en abrégé l’ÉI (État Islamique). Mais le califat, qui sera rejeté par certaines organisations comme AQMI (Al-Qaïda du Maghreb Islamique), sera soutenu par d’autres comme le Conseil consultatif de la jeunesse islamique, établi à Derna en Libye, qui prête allégeance à l’État Islamique, le 31 octobre 2014, soit trois ans après la fin des bombardements de l’OTAN en Libye.

3___L_EIIL

      L’ÉIIL, que ses opposants appellent « Daesh », s’avère de plus en plus difficile à manœuvrer pour les chefs d’États occidentaux et les monarques du Golfe. Combien sont-ils, les combattants de cet État Islamique ?

     
C’est au tour de Gérard Carreyrou de poser la question :
     
« On a parlé de dix mille hommes. Ensuite, on a parlé de vingt mille hommes. Maintenant, on parle éventuellement de trente mille hommes. Combien y a-t-il de combattants de Daesh ? »

     
Agnès Levallois : « Maintenant, y a une question sur le nombre, effectivement : au départ, on parlait de quelques milliers, même on arrive à trente mille morts, je serais incapable de [Interventions : « Trente mille hommes, trente mille vivants, pas encore trente mille morts. » « Oui. »]. Pardon. Trente mille, ce serait peut-être une bonne chose, mais trente mille combattants. Je suis incapable de vous donner un chiffre parce que personne n’est en mesure de le donner. »
     
Le lapsus de madame Levallois est particulièrement parlant : il nécessitait bien une pause…


Alors, la Syrie…

      Dès la reprise de l’émission, Nicolas Poincaré ajoute une petite récréation :
     
« On parlait de Palmyre, à l’instant, cette cité antique, donc syrienne, qui est sur le point de tomber entre les mains de l’organisation de l’État islamique. Écoutez ce que nous en disait, hier soir, ici même, Jack Lang. »

     
« Pour Palmyre, vraiment, qu’on, qu’on prenne tous les moyens, je ne sais, aériens, si on veut pas aller au sol pour, j’allais dire, massacrer ces massacreurs ! [Intervention d’une journaliste : « Une bombe ? »] Pour détruire ces voyous ! ces étrangleurs ! ces assassins ! ces bandits ! Il faut sauver Palmyre ! C’est, c’est là une partie de notre civilisation : sauvons Palmyre ! Il faut sauver Palmyre par tous les moyens. »
     
Le palmarès politique de Jack Lang est éloquent : sous les deux présidences de François Mitterrand, Jack Lang fut ministre de la Culture, du 22 mai 1981 au 20 mars 1986, puis ministre de la Culture et de la Communication, du 13 mai 1988 au 2 avril 1992 ; en outre, du 17 mai 1991 au 2 avril 1992, il fut porte-parole du gouvernement Cresson. Du 2 avril 1992 au 29 mars 1993, sous le gouvernement Bérégovoy, il fut ministre d’État, ministre de l’Éducation nationale et de la Culture, puis, du 27 mars 2000 au 6 mai 2002, sous le gouvernement Jospin, ministre de l’Éducation nationale.

     
Palmyre… Cette oasis du désert de Syrie, qui est située à 210 kilomètres au nord-est de la capitale syrienne, Damas, est connue pour son site ancien classé au patrimoine mondial de l’UNESCO. Mais ce n’est pas de l’histoire antique de Palmyre que Jack Lang était venu parler, la veille, le 19 mai 2015, au Club de la Presse…
     
Les conditions de vie faites, depuis 2011, par les Occidentaux au peuple syrien - comme au peuple libyen - au nom des droits de l’homme et de la démocratie, pour renverser un régime qu’ils honnissent et évincer un président élu et même réélu, Bachar El Assad, qui ne fait pas leurs affaires, n’ont rien à voir avec l’art… Les propos qui vont suivre sont sans équivoque.

     
L’animateur, Nicolas Poincaré, se renseigne auprès de son invitée…
     
« Mais c’est une grande ville en dehors du site antique […] ? »

     
Palmyre, un site archéologique ? Bien sûr, mais Agnès Levallois y voit autre chose...
     
« Non, ce n’est pas une ville, ce n’est pas une ville très très grande, mais c’est surtout une ville qui a une position stratégique puisque c’est une ville qui est pas très loin de la frontière avec l’Irak, hein. On est à quelques centaines de kilomètres et, donc, c’est la région qui est mitoyenne de la fameuse région d’Al-Anbar où se trouve la ville de Ramadi qui a été prise par les [mot inaudible] islamiques récemment. Donc, on est[Intervention de Nicolas Poincaré : « Donc, ça ferait une entité territoriale pour Daesh. »] Voilà ! Et c’est pour ça. Il y a une profondeur stratégique, et c’est la route de Damas, on est à 250 kilomètres de Damas. Et, au nord, si on va vers Homs qui est ce verrou stratégique qui permet après d’aller vers la région de Lattaquié, qui est la région alaouite dont est originaire le président syrien. Vous voyez bien qu’on est sur une situation stratégique extrêmement intéressante. »
     
Voilà ce qui anime particulièrement les chefs d’États français, britannique, états-unien et les monarques du Golfe… en marge des gros intérêts politico-économiques de leurs multinationales de l’armement : faire tomber Damas, qui est à la fois la capitale de la Syrie et la ville natale de Bachar El Assad, comme ils ont fait tomber Bagdad, la capitale de l’Irak, et Tripoli, la capitale de la Libye ; faire détruire Lattaquié (région alaouite), comme ils ont fait détruire tout récemment, en mars 2015, le mausolée, construit à l’époque de Saddam Hussein pour honorer les morts, qui avait reçu les dépouilles de celui-ci, de ses fils, et d’autres personnes - monument érigé au centre d’Al-Awja, village natal de Saddam Hussein, situé à 10 kilomètres au sud de la ville de Tikrit, dans la province de Salah ad-Din, comme ils ont détruit, en octobre 2011, la ville de Syrte, contribué au massacre d’un millier de membres de la tribu Gadhadhafa et au lynchage du Guide révolutionnaire, et laissé profaner, dans la cour de la demeure familiale des Gaddhafi, le tombeau de la mère de Muammar Gaddhafi et de trois autres membres de la famille, au mépris de la loi musulmane comme de toute loi humaine.

     
Agnès Levallois poursuit son explication :
     
« Et que, pour l’État islamique qui a dans cette idée d’abolir les frontières, d’avoir Ramadi et Palmyre, ça permet justement de dire que ils sont en mesure d’établir un califat, même si on est dans le fantasme, et que, du coup, les frontières n’ont plus de sens et qu’ils sont, eux, dans cette logique de, de détruire ces fameuses frontières. Donc, c’est en ça que Palmyre est important. Et les, les organisa, enfin l’État islamique est tout à fait conscient aussi que, en s’approchant de Palmyre, la communauté internationale va réagir et qu’on va, à nouveau, parler d’elle parce que cette organisation ne vit, enfin, vit beaucoup sur la com. Et c’est une organisation qui fait une com d’enfer en permanence. » Selon Agnès Levallois, l’État islamique est en plein fantasme et en pleine com. Les populations le savent : les hommes et les femmes politiques en France ne font pas de « com ». Et madame Levallois, qui est « spécialiste » « en communication », non plus, d’ailleurs…


1er texte paru dans La Voix de la Libye
http://lavoixdelalibye.com/?p=22813
2ème texte paru dans La Voix de la Libye
http://lavoixdelalibye.com/?p=22889



Françoise Petitdemange


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19 juin 2015

4 - GRANDEUR ET MISERE DES SPECIALISTES

GRANDEUR ET MISERE DES SPECIALISTES
(4ème partie)

Les guerres religieuses rallumées ?

      Dans le cadre du Club de la Presse du 20 mai 2015, « les trois grandes voix du soir », selon l’animateur Nicolas Poincaré, sont toujours avec l’invitée, Agnès Levallois.

     
Olivier Duhamel, spécialiste de droit constitutionnel, essaie de récapituler à sa façon le poids des tendances religieuses dans les conflits politiques actuels :
     
« […], ce qu’on comprend au début, c’est un combat entre sunnites et chiites, et ça, quand on dit ça, y a une petite complication parce que c’est l’Iran qui est chiite et donc l’Iran, ennemi des États-Unis, dans cette affaire-là, devient, forcément, plus ou moins allié des États-Unis. Et pis ça se complique encore un peu parce que l’Arabie saoudite, elle est sunnite, donc, normalement, elle devrait soutenir heu… ou elle pourrait soutenir les sunnites de Daesh. Sauf que, non, elle est avec les États-Unis contre les sunnites de Daesh. Alors, expliquez-moi pourquoi l’Arabie saoudite n’est pas avec Daesh et jusqu’où les États-Unis vont aller avec l’Iran ? »

      Agnès Levallois :
     
« Alors, la raison pour laquelle l’Arabie saoudite n’est pas avec Daesh, c’est que, là, vous avez un groupe de radicaux, de djihadistes radicaux, et qui ont, dans leur ligne de mire, la disparition du régime d’Arabie saoudite, estimant, les membres de Daesh estiment que l’Arabie saoudite est tout à fait illégitime et qu’elle n’a aucune 4___Arabie_saouditeraison [Intervention : « Ah ! d’accord… »] de, de diriger ce pays en raison de la corruption qui règne au sein de la famille royale [Intervention : « Ce sont les extrémistes. »] Ils sont bien plus radicaux même si, alors si on analyse les choses de plus près, c’est plus compliqué parce qu’on s’aperçoit qu’il y des pratiques de ce royaume saoudien qui sont finalement assez proches des pratiques de Daesh, et je pense simplement aux décapitations, aux exécutions. Aujourd’hui, il y a déjà eu 84 exécutions en Arabie saoudite depuis le début de l’année, ce qui est quand même énorme. Donc, elle n’a rien à envier à Daesh et vice versa. Mais on va, on va essayer de, de revenir sur le, la question que vous m’avez posée. »
     
Une petite idée vient à l’esprit : les hommes et les femmes politiques en France, en Grande-Bretagne et aux États-Unis qui ne cessaient, en 2011, de clamer haut et fort que Muammar Gaddhafi, en Libye, et Bachar El Assad, en Syrie, étaient des dictateurs qu’il fallait éliminer, sont devenu(e)s de fervent(e)s partisan(e) des monarchies du Golfe et, notamment, du roi saoudien qui a tout de même - selon ce qu’en dit Agnès Levallois - la main un peu lourde sur les délinquants, non ?

Une Arabie saoudite aux abois ?

      Voilà un complément de réponse apporté, par madame Levallois, à la question d’Olivier Duhamel :
     
« Aujourd’hui, l’Arabie a qu’une angoisse, c’est que Daesh approche de ses frontières et la remette en question. Donc, l’Arabie saoudite fera tout pour empêcher l’avancée de Daesh [Intervention : « Ce sont leurs extrémistes en quelque sorte, du genre Mélanchon, bon, d’accord…. » Ce sont leurs extrémistes mais ce sont vraiment leurs, leurs ennemis, leurs ennemis de façon absolument [Intervention : « D’accord ! »] dramatique. Donc, l’Arabie saoudite ne va pas soutenir Daesh même si certains Saoudiens - je ne parle pas du gouvernement de la famille royale - peuvent soutenir Daesh par des financements parce qu’ils ont leurs propres canaux de financements, estimant que finalement ce que fait Daesh n’est pas mal pour rentrer en guerre contre la famille royale. Donc, ça. Il peut y avoir des financements. C’est pour ça qu’on entend régulièrement dire que les Saoudiens, certains Saoudiens, financent Daesh. Certains peuvent le faire, mais ça ne sera jamais la famille royale [Intervention : « D’accord ! »] qui, aujourd’hui, se rend compte que, de toute façon [Serge July : « C’est surtout la branche actuelle… »], celle qui est aux affaires, bien sûr. Donc, ça, de ce côté-là, y a pas de, y a pas d’ambiguïté là-dessus. C’est vrai que le conflit, enfin la situation au Moyen Orient - ce qui n’était pas le cas, y a quelques années -, s’est complètement confessionnalisée, et qu’aujourd’hui, on a tendance [Serge July : « Confessionnalisée, sunnites contre chiites… »], sunnites contre chiites, et qu’on a tendance aujourd’hui à ne voir ce conflit que sous cet angle de ce clivage entre les sunnites et les chiites. »

À propos de l’Iran et de l’Irak

      Après avoir fait un détour par l’Arabie saoudite, Agnès Levallois évoque les deux pays qui se sont opposés dans une guerre fratricide de septembre 1980 à août 1988 :
     
« Là où ça se complique, c’est qu’effectivement, les Iraniens, qui sont la force régionale dominante chiite, heu…, a des liens privilégiés avec l’Irak aujourd’hui, dont la majorité des Irakiens est elle-même chiite, hein. Alors que, du temps de Saddam Hussein, c’était la minorité sunnite qui était aux affaires. Donc, je rappelle ça parce que ça explique aussi la situation actuelle en Irak, où vous avez quand même, après l’invasion américaine et avec les élections qui se sont tenues, et donc les chiites, majoritaires, qui sont arrivés au pouvoir, soutenus, en cela, par l’Iran, heu, ont eu un comportement aussi de revanche après toutes les années de l’époque de Saddam Hussein au cours desquelles les chiites étaient vraiment maltraités et n’avaient pas leurs places dans les institutions politiques. Donc, là, on a un renversement de situation : aujourd’hui, ce sont les chiites qui sont aux affaires et les sunnites se trouvent complètement marginalisés et estiment qu’ils n’ont pas la place qu’il leur revient. Ce qui fait que, aujourd’hui, vous avez une partie de la population irakienne sunnite qui rejoint Daesh, pas par idéologie, pas par adhésion à ce que défend Daesh, mais par réaction au comportement du gouvernement central de Bagdad, chiite, sectaire, [Intervention de Serge July : « et des milices »] et des milices. Donc, on est dans une situation, là, qui devient vraiment très compliquée parce que vous avez beaucoup d’anciens de Saddam Hussein - je pense, en particulier, à des militaires du temps de Saddam et des services, des responsables des services de sécurité du temps de Saddam Hussein - qui ont rejoint Daesh parce que ça leur permet de retrouver une activité sur le terrain. »

       Serge July :
     
« Oui. Est-ce que, finalement, tous ces événements ne sont pas des dégâts collatéraux de la, du choix stratégique qui a été fait par les États-Unis de privilégier la relation avec l’Iran et d’avoir un accord, en particulier, sur le nucléaire. Parce que tout ça, ça déroule, c’est une provocation d’être, vis-à-vis des Irakiens, vis-à-vis d’une partie des Syriens, cette alliance avec, potentielle en tout cas, avec l’Iran. »

      Agnès Levallois revient sur les États-Unis qui soufflent sur les braises :
     
« Non, je pense pas qu’on puisse, heu, envisager les choses sous cet angle-là. Au contraire, je pense que la, le règlement, ou en tous les cas, une vraie négociation sérieuse entre les États-Unis et l’Iran peut permettre, au contraire, d’apaiser la situation dans la, dans la région. Et éviter, justement, que chacun essaie de placer ses pions et essaie de [Serge July : « Mais l’Iran est un épouvantail pour, heu, quand même les sunnites…]. Bien sûr. Bien sûr que l’Iran est un, est un épouvantail pour, heu, pour les sunnites, pour, oui, pour les sunnites. […]. La grande, quand même la, la, l’origine de la déstabilisation de la région, c’est quand même l’invasion américaine de l’Irak, à partir de laquelle tout a découlé et que des alliances se sont justement faites pour essayer de, de contrer, ou chacun essayant de profiter du vide causé par cette, cette catastrophe qui a été provoquée. »
     
Il faut bien noter - et c’est madame Levallois, qui ne peut être accusée d’être anti-occidentale, qui le dit - que « l’invasion américaine de l’Irak » est à « l’origine de la déstabilisation de la région », « du vide causé par cette, cette catastrophe qui a été provoquée » : c’est-à-dire à l’origine de tous les problèmes survenant, depuis de nombreuses années, dans les pays arabes évoqués ici.

 

1er texte : http://lavoixdelalibye.com/?p=22813
2ème texte : http://lavoixdelalibye.com/?p=22889



Françoise
Petitdemange
 

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20 juin 2015

5 - GRANDEUR ET MISERE DES SPECIALISTES

GRANDEUR ET MISÈRE DES SPÉCIALISTES
(5ème partie)

  

Derrière la Syrie… la Russie

 

      Malgré ce qu’Agnès Levallois a pu dire précédemment, au Club de la Presse, ce 20 mai 2015, de l’origine états-unienne de la déstabilisation du Moyen Orient, Gérard Carreyrou, lui, est pour la manière forte :
      « […], pour arrêter les troupes de Daesh, heu, d’envahir, pour empêcher qu’elles, qu’elles n’envahissent Palmyre, et, éventuellement, procèdent à des destructions, y a pas beaucoup de possibilités, mais y en a au moins deux. Y a celle que les Américains, qui ont quand même des forces aériennes en permanence et qui ont des drones, qui savent exactement où sont situées les forces de Daesh, puissent faire un bombardement. On a maintenant les moyens, à un mètre près, de bombarder les cibles. Donc, ça, pourquoi n’ont-ils pas bombardé ? Comment se fait-il que les Syriens ? L’armée de Bachar El Assad est la seule armée qui, elle, est déployée, heu, de manière terrestre, dans cette région. Pourquoi n’intervient-elle pas ? Elle dispose aussi d’hélicoptères de combat, elle le fait d’ailleurs pour bombarder les populations avec des barils en permanence de, [Agnès Levallois : de dynamite] de dynamite ou de je ne sais quelle, quel explosif. Donc, pourquoi les Américains, n’ont-ils pas, ne sont-ils pas intervenus là, sur, sur, heu, le, les faubourgs de Palmyre et pourquoi Bachar El Assad, n’intervient-il pas, à moins qu’il n’ait un jeu politique plus compliqué ? »
     
La précision des États-Unis dans leurs bombardements est évoquée, ici, mais l’histoire des guerres, même récentes, ne leur reconnaît pas vraiment cette qualité… Par ailleurs, il n’est pas sûr que l’armée syrienne soit « la seule armée » « déployée », « de manière terrestre, dans cette région »… Puisque les forces de l’ÉI (État islamique), et ce qu’il reste de l’ASL (Armée Syrienne Libre), sont sur le terrain, soutenues par les forces états-uniennes et israéliennes. Sans doute, selon Gérard Carreyrou, Bachar El Assad et l’armée syrienne devraient faire le “sale boulot”, celui que le président des États-Unis, Barack Obama, ne veut pas faire et que le président français, François Hollande, ne peut pas faire. Mais, si l’armée syrienne bombardait où que ce soit « les forces de Daesh », de suite les chefs d’États occidentaux accuseraient Bachar El Assad de tous les crimes. D’ailleurs, le journaliste lui-même continue à rabâcher les accusations selon lesquelles « l’armée de Bachar El Assad » fait « bombarder les populations ». Comme si l’armée de la République Arabe Syrienne appartenait à Bachar El Assad ! Comme si elle avait intérêt à massacrer les populations !

      Agnès Levallois :
      « Alors, pour la, la réponse sur la, pourquoi les Américains ne sont pas intervenus, c’est vrai que la, la question de l’intervention des Américains, en Syrie, est problématique puisque, aussi, autant les Américains ou la coalition internationale, heu, est intervenue pour lutter contre cette organisation en Irak, avec l’accord et à la demande des autorités irakiennes, en revanche, les autorités syriennes ne demandent pas à la coalition d’intervenir. Et donc le, la coalition ou les Américains, en intervenant en Syrie, rentrent directement en confrontation avec le régime de Bachar El Assad et il me semble que les Américains sont, ne, ne souhaitent pas rentrer en confrontation parce que, derrière, vous avez qui, vous avez aussi la Russie qui est le soutien de, du régime [Intervention de Serge July : « et l’Iran »] de Bachar El Assad, et l’Iran. Mais, là, c’est vrai qu’en termes, s’il y avait vraiment une intervention militaire de l’aviation américaine sur le sol syrien, c’est vrai que la Russie, qui a des accords de défense avec la Syrie, pourrait se sentir d’une certaine manière attaquée, et pourrait réagir et, et les, les Iraniens pourraient le faire. Donc, là, je pense que c’est un élément important du, du fait que les Américains n’aient pas réagi et, et parce qu’on a bien vu : il y a eu des déclarations qui ont été faites et les Français aussi ont toujours dit que, eux, ne voulaient pas intervenir en Syrie parce que il y avait pas de demande des autorités syriennes comme ça a été le cas en Irak où, je le répète, la coalition intervient à la demande des autorités irakiennes. »
     
Madame Levallois paraît ne pas se souvenir du fait que François Hollande voulait lancer la guerre contre la Syrie pour - en parfait démocrate et en bon socialiste - chasser le président élu, Bachar El Assad, et renverser le régime issu du parti Baas qui allie le socialisme arabe et le nationalisme panarabe et s’appuie sur la laïcité, et de cet autre fait que la Russie et la Chine - estimant avoir été trompées par les chefs d’États français et anglo-saxons qui n’avaient pas hésité à outrepasser la résolution de l’ONU pour faire la guerre contre la Libye - avaient opposé leur veto, en octobre 2011, en février et en juillet 2012 à la grande colère du président français. Peut-être est-il intéressant de rappeler que Saddam Hussein était, lui aussi, issu du parti Baas. Quant au grand-père de Bachar El Assad, il s’était opposé à l’occupation française : d’où, peut-être cette haine de certain(e)s responsables politiques et médiatiques pour les Assad et cette distance prise par les Assad à l’égard de la France…

 La_Russie

 

Mais qu’attend donc Bachar El Assad pour bombarder !

      Agnès Levallois s’exprime ainsi à propos des derniers événements survenus à Palmyre :
      « Là, simplement, la, la, les forces de Bachar El Assad ont commencé à intervenir parce que, Palmyre, symboliquement, au point du comité international, en raison de, de, de ce que représente Palmyre, de ce joyau de l’humanité, a décidé de réagir. Et là je pense que Bachar El Assad est en train de jouer un jeu comme il le joue depuis maintenant quatre ans, et un jeu extrêmement dangereux. C’est que, évidemment, il a les moyens d’intervenir avec ses hélicoptères qui, tous les jours, bombardent la ville d’Alep pour essayer de faire partir les, les, les combattants de, de Daesh mais je pense que, pour l’instant, il ne le souhaite pas. Il va peut-être intervenir à la dernière minute. Ce sera peut-être d’ailleurs trop tard. Mais pour montrer que c’est lui le rempart contre Daesh. On est toujours dans cette stratégie de Bachar El Assad d’essayer de démontrer à la communauté internationale que lui seul est en mesure de lutter contre Daesh. »
     
Les propos de la spécialiste ès monde arabe sont contradictoires : « les forces de Bachar El Assad ont commencé à intervenir parce que, Palmyre,… » « il a les moyens d’intervenir avec ses hélicoptères […] mais je pense que, pour l’instant, il ne le souhaite pas. » Par ailleurs, elle prête des intentions au président syrien qui ne sont peut-être que les fruits de son imagination à elle...

     
Qu’importe ! Agnès Levallois poursuit : 
     
« Ne, n’oublions pas ce que représente cette zone, hein, entre Palmyre et Ramadi. On est en plein désert. Y a pas un arbre, y a quand même très peu de vie, y a très peu de villages et de villes, donc, c’est assez facile de savoir où sont ces combattants. Donc, là, Bachar El Assad avait les moyens avec ses hélicoptères et ses moyens aériens, effectivement, de, de bombarder, d’envoyer quelques signaux en disant : “Bon, ben, ne vous avancez pas plus parce que nous, on a les moyens de vous arrêter.” Mais, évidemment, il ne l’a pas fait, parce que, ça, ça le sert complètement et que c’est une carte qu’il va pouvoir monnayer parce que Bachar El Assad est quand même sérieusement affaibli, aujourd’hui, et que toute carte qu’il peut essayer de, de, de monnayer, il le fera même si il prend pour cela beaucoup de risques mais, à la limite, il a plus grand-chose à perdre. Donc autant essayer de jouer cette carte. »
     
Bachar El Assad, n’a-t-il pas des raisons de se méfier d’une riposte occidentale, dans le cas où l’armée syrienne bombarderait « Daesh » ? Car, quoi que cette géo-stratège dise, « Daesh » est le produit de l’Arabie saoudite et des Occidentaux.

     
Olivier Duhamel, un peu déprimé…
      « 
Vous vous rendez compte à quel point c’est compliqué, hein. Et Dieu sait pourtant que vous êtes formidablement claire. Si j’ai bien compris, par exemple, les États-Unis sont l’allié objectif de l’Iran en Irak et sont l’ennemi objectif de l’Iran en Syrie. Rien que ça, hein ! Alors que le conflit est dans les deux endroits. Juste rappeler ça. [Intervention d’Agnès Levallois : « Absolument. »] La France, dans tout ça, du coup, la France, dans tout ça ? Qu’est-ce qu’elle a à faire là-dedans, la France ? Est-ce qu’elle a raison de mettre même un petit doigt là-dedans, la France ? Moi, si je me mets dans la peau d’un jeune Français, qu’est-ce que j’ai entendu dire ? J’ai entendu dire que Bachar El Assad était un sanguinaire absolu, le pire des tyrans, qu’il fallait absolument lutter contre lui, qu’on devait aller le bombarder. Alors, en plus, je suis musulman, je suis sensible à ce discours, je me dis : “Je vais aller là-bas [Intervention d’AL : « hum »] ; je vais aller faire le djihad ; je vais aller me battre contre Bachar El Assad [Intervention d’AL : « hum »] ; c’est le Hitler des temps modernes [Intervention d’AL : « hum »] ; moi, je vois tout le temps des films sur la résistance à la télé, je vois tout le temps que les héros sont ceux qui résistent aux tyrans ; donc, je vais aller battre Bachar. [Intervention de Serge July : « Là, il est toujours dans son rôle de jeune musulman [mot inaudible]. » Nicolas Poincaré : « Oui, oui, on comprend bien. » « français »]. Et puis, tout d’un coup, patatras ! Tout se retourne. Y a les attentats en France, etc. Et je suis devenu quelqu’un qu’il faut interdire de sortir [Intervention d’AL : « hum »] et arrêter si il revient.” Comment est-ce que vous voulez qu’on s’y retrouve ?

     
Agnès Levallois :
     
« Alors, je suis assez critique à l’égard de la, de la politique française en la matière parce que, autant, sur le fond, je suis d’accord quand les responsables français ou Laurent Fabius dit que « Bachar El Assad n’est pas le meilleur des présidents » (c’est une litote), autant je trouve ça un, un peu dramatique de dire : « Bachar El Assad n’a pas le droit d’exister », parce que je pense que, quand vous utilisez des propos comme ça et que ça tourne dans la tête, effectivement, de jeunes qui ne savent plus très bien où ils en sont, [Intervention de Serge July : « ça fait des dégâts »], ça fait des dégâts considérables, parce que, effectivement, ils veulent aller après, en Syrie, pour se battre contre Bachar El Assad. Sauf qu’ils sont récupérés par Daesh et qu’ils ont pas forcément les moyens de comprendre ce dont il s’agit, et qui se retrouvent embrigadés dans quelque chose qui n’a plus rien à voir avec ce qu’ils avaient en tête en partant, par exemple, de Paris ou de Marseille. »
     
Mais… En quoi, Laurent Fabius, est-il qualifié pour juger de la qualité d’un Président d’une République Arabe ? Que regrette, ici, Agnès Levallois ? Que de jeunes musulmans français, partis pour faire la guerre contre Bachar El Assad, se trouvent détournés de leur but par « Daesh » qui les intègre dans ses rangs pour conforter l’État Islamique du Levant ?

     
Agnès Levallois, encore :
     
« Et donc, ça, je trouve qu’il y a une responsabilité de la part des autorités françaises à avoir dit des choses beaucoup trop radicales. Même si, je le répète, sur le fond, je suis d’accord avec ce constat, mais y a une façon de, de, de dire les choses pour éviter des dérives et, là, on est allés très-très loin dans ce, dans ce, dans ce domaine-là. »
     
Agnès Levallois se dit d’accord « sur le fond », « avec ce constat ». C’est-à-dire… avec la phrase de Laurent Fabius : « Bachar El Assad n’a pas le droit d’exister » ?

  

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2ème texte : http://lavoixdelalibye.com/?p=22889

 

Françoise Petitdemange

 

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21 juin 2015

6 - GRANDEUR ET MISERE DES SPECIALISTES

GRANDEUR ET MISÈRE DES SPÉCIALISTES
(6ème partie)


La politique de la France en Syrie…

 

      Toujours au Club de la Presse, le 20 mai 2015, voici ce qui étonne, par-dessus tout, Agnès Levallois :
      « Et aujourd’hui on a une position de la France qui est absolument inaudible et qui est complètement. Moi, ce qui me frappe, c’est qu’aujourd’hui le gouvernement de Bachar El Assad nous déteste, hein, déteste la politique de la France à juste titre. Mais que l’opposition nous en veut aussi terriblement parce que, au début, souvenez-vous, on n’a pas arrêté de dire : “Nous, la France, on va aider cette opposition”, on n’a rien fait. Donc, aujourd’hui, tout le monde nous déteste : l’opposition qui estime qu’on n’a pas respecté des accords, qu’on n’a pas respecté la parole et le gouvernement de Bachar El Assad qui, effectivement, trouve qu’on joue un jeu terriblement. »
     
Après la haine contre le président syrien en exercice, Bachar El Assad, répandue dans les médias français, et après tout ce que madame Levallois vient d’exprimer, faut-il s’étonner que « la politique de la France » soit « détestée » ? La France a fait « des accords » avec les opposants syriens qui, pour la plupart, ne vivaient plus, depuis des décennies, dans leur pays natal : cela s’apparente à une aide de la France à un coup d’État venant de l’extérieur contre le régime syrien. La haine des responsables politiques et médiatiques contre Bachar El Assad aura son revers habituel : dans le cas où l’issue de la guerre en Syrie se révélerait favorable aux chefs d’État occidentaux, les États-Unis ramasseront à la pelle des contrats avec ce pays tandis que la France n’aura pas même des miettes.

     
Serge July qui, dans cette émission, intervient quand il veut… n’hésite pas à couper la parole à l’invitée…
     
« Alors, justement, la question [Nicolas Poincaré : « Serge July… »] que je voulais poser, au mois d’août 2013, de savoir les États-Unis, la France, est-ce que ils allaient bombarder le régime de Bachar, les, les armées de Bachar, heu, vous pensez que ça a été un tournant, heu, terrible. [Agnès Levallois : « Pour moi »…] Vous, personnellement, en tant que chercheuse, vous pensez que ç’aurait été utile ? »

     
Agnès Levallois va tout de même pouvoir répondre…
     
« Alors, c’est une question extrêmement difficile [Serge July : « Oui. »]. Moi, je pense, je pense honnêtement que, en août 2013, le régime était vraiment affaibli : y avait vraiment un sentiment, à Damas, enfin des échos que j’avais, vraiment, de, de, de peur, mais de peur terrible de ce régime, de ce qui était en train de se passer. Et je crois que quelques frappes, heu, ciblées, auraient pu permettre en tous les cas de, de, soit de faire tomber le régime, soit de, d’envoyer un signal au deuxième cercle autour de Bachar El Assad. Je ne parle pas du premier cercle, hein, qui, lui, de toute façon, ne bougera jamais. Mais le deuxième et troisième cercles, là, de basculer parce que ce deuxième et troisième cercles auraient vu qu’il y avait vraiment une vraie parole de cette communauté internationale et qu’elle était prête à aller jusqu’au bout. »
     
Agnès Levallois omet de rappeler « ce qui était en train de se passer », réellement, au mois d’août 2013. Début août, les opposants syriens avaient mené une offensive dans la région de Lattaquié et causé un massacre dans la population civile alaouite. Le berceau familial des Assad se trouve notoirement à Qardaha, près de Lattaquié, à l’ouest de la Syrie, et le père de Bachar, Hafez El Assad, y était né dans une famille pauvre appartenant à la petite communauté religieuse des Alaouites. Fin août, les opposants dénonçaient des bombardements massifs à l’arme chimique perpétrés par le prétendu dictateur, Bachar El Assad, contre la population civile, principalement alaouite. Or, quel intérêt, le président de la république, aurait-il eu à bombarder les civil(e)s de cette communauté ?… Pour les responsables politiques et médiatiques occidentaux, ces accusations, qui attaquaient le régime syrien et qui provenaient des opposants, ne pouvaient être que vraies.
     
L’invitée du Club de la Presse émet un autre regret : celui que lui donnent les forces occidentales de n’avoir pas profité de ces mensonges contre Bachar El Assad, diffusés en masse dans les médias français notamment, pour intervenir par « quelques frappes » 7___Syrie« ciblées » contre la Syrie (comme en Irak, lors des deux guerres du Golfe, comme en Libye en 2011 pour protéger le peuple)… En vertu de quel droit ? Eh bien ! du droit d’ingérence des États occidentaux - si cher à Bernard Kouchner - dans les affaires intérieures des autres pays, droit qui bafoue le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et qui viole leur souveraineté… Pour Agnès Levallois, il fallait « aller jusqu’au bout » ! C’est-à-dire renverser le régime : la République Arabe Syrienne et le président élu.
     
Faut-il rappeler, ici, que Ali Sulayman el-Wahch avait fait partie d’un groupe d’insurgés opposés à l’occupation française (1920-1946) de leur pays et que sa lutte contre l’occupant lui avait valu le surnom d’El Assad (Le Lion). Son fils, Hafez El Assad, qui était entré à l’Académie militaire syrienne et avait suivi une formation de pilote de chasse au sein de l’Armée Rouge, en URSS, avait mis fin, une fois devenu président de la République Arabe Syrienne, à la série de coups d’État orchestrés contre son pays. Son petit-fils, Bachar El Assad, s’est opposé à l’invasion de l’Irak par l’armée américaine, en 2003, qui se trouve, selon Agnès Levallois, à l’origine de tous les problèmes actuels dans le monde arabe.

      Serge July :
      « Vous savez pourquoi ça n’a pas eu lieu »
     
     
Agnès Levallois :
     
« Je sais, mais et du coup [Serge July : « À cause de l’Iran. »]. Bien sûr. [SJ : « Et des négociations avec l’Iran. »] Mais à partir de là, mais à partir de là, ce qui, pour moi, est encore beaucoup plus dramatique, c’est que c’est un permis de tuer qui a été délivré à Bachar El Assad. C’est-à-dire que Bachar El Assad, quand il a vu qu’il y avait ce recul de la communauté internationale, s’est, ce que j’appelle vraiment “permis de tuer” et de, à partir de là, on a vu Bachar El Assad, effectivement, se déchaîner. Il avait plus aucune raison d’arrêter de, de, de faire ce qu’il était en train de faire puisqu’en dépit de nos grandes paroles, on ne faisait plus rien. Et quand vous reprenez la chronologie, vous vous apercevez qu’à partir de là, il y a eu ces bombardements sans fin de la population civile par Bachar El Assad à Alep, en particulier, qui est quand même un cas de figure emblématique, la deuxième plus grande ville de Syrie. Là aussi, un joyau architectural. »
     
Comment madame Levallois, qui procède par des assertions sans preuves et des sous-entendus, peut-elle penser que ce qu’elle raconte, au sujet des « bombardements sans fin de la population civile par Bachar El Assad à Alep », est crédible ? Les appareils politico-médiatiques, n’ont-ils pas menti aux peuples du monde en racontant que Saddam Hussein détenait des armes chimiques qui, de figurer dans la panoplie des ADM (Armes de Destruction Massive), étaient réprouvées par les chefs d’États occidentaux qui ne se gênaient pas et ne se gênent toujours pas pour en détenir eux-mêmes… et pour les utiliser comme en Yougoslavie, en Irak, en Libye, etc. Les appareils politico-médiatiques, n’ont-ils pas menti aux peuples du monde en racontant que Muammar Gaddhafi bombardait son peuple et faisait des centaines puis des milliers de morts ? Selon le regret de madame Levallois, « la communauté internationale », aurait-elle dû se donner le « permis de tuer » en bombardant la Syrie ? Le droit d’ingérence par les bombes, que se sont donné et que se donnent les Occidentaux dans les affaires intérieures des autres pays, est, lui, un « permis de tuer » les populations militaires et civiles sans qu’elles n’aient pu et ne puissent plus se défendre des attaques intérieures et extérieures puisque l’armée de leur pays est détruite en premier lieu…
     
En mars 2011, les autorités légitimes de la Libye et de la Syrie - police, armée - et les populations de ces deux pays ont été attaquées - comme par hasard, en même temps - par des groupes armés d’opposition. Les trois chefs d’États français, britannique, états-unien ont profité de ces attaques par des groupuscules d’hommes armés, dont certains n’étaient pas de Libye et de Syrie, pour traiter le Guide révolutionnaire libyen, Muammar Gaddhafi, et le président syrien, Bachar El Assad de « dictateurs sanguinaires » et pour bombarder directement la population libyenne sous le prétexte de la protéger et indirectement la population syrienne… Qu’auraient fait ces trois chefs d’État si des groupes armés d’opposition, pas même venus d’ailleurs, avaient attaqué les autorités - police, armée - et les populations dans leurs pays ? La réponse est ici : en Grande-Bretagne, un Britannique d’origine antillaise, soupçonné d’être un dealer, fut abattu par la police, le 4 août 2011 ; suite à ce meurtre, des manifestations contre la police - tout de suite appelées « émeutes » dans les médias - ont eu lieu entre le 6 et le 10 août, à Londres, à Birmingham, à Liverpool, à Manchester et à Bristol… Les forces de police n’ont pas hésité à riposter. David Cameron, qui s’était rangé du côté des prétendus manifestants et des tout aussi prétendus rebelles, libyens et syriens, et qui était occupé à faire bombarder la population civile en Libye, annoncera de terribles mesures de répression contre les manifestants un peu turbulents dans son pays.
     
     
D’un côté, madame Levallois accuse Bachar El Assad d’avoir mis à mal Alep, « un joyau architectural », et, d’un autre, elle a appelé le même à attaquer « Daesh » à Palmyre, autre joyau du patrimoine antique syrien.
     
« Quand vous vous promenez dans le vieux souk d’Alep ou la citadelle qui surplombe le souk d’Alep, heu, - là aussi, j’y suis allée à de nombreuses reprises - et que ça n’existe plus, que ça a été détruit, c’est une cata, et ça, c’est le régime de Bachar El Assad qui l’a fait. Et ce n’était pas Daesh, à l’époque. »
     
Où serait l’avantage de Bachar El Assad de détruire les joyaux de son pays ? N’y avait-il pas, là, des manifestants ou, plutôt, des groupes armés contre la République Arabe Syrienne et contre un président élu ? Ces groupes s’étaient bientôt constitués en ASL (Armée Syrienne Libre) soutenue par les chefs d’États français, britannique, états-unien, renforcée par l’apport de mercenaires - combattants islamistes, armés et entraînés en Turquie, financés par les monarques du Golfe (Qatar et Arabie saoudite), supervisés, depuis la Turquie, par des agents de la CIA - qui faisaient et font encore le coup de feu contre l’armée de la République Arabe Syrienne, pour renverser le président élu et anéantir le parti Baas, dans le but d’établir… quelle démocratie ?

     
Faut-il penser que seuls les chefs d’États occidentaux et leurs complices du Moyen Orient ont le droit de bombarder des pays et les populations qui y vivent ?… Agnès Levallois :
     
« Donc, tout ça pour dire que le, le, le, le, le rendez-vous manqué de 2013, heu, soit on ne disait rien parce qu’on n’avait pas, on savait très bien qu’on n’irait jamais bombarder, mais, à ce moment, il fallait pas dire qu’il y avait des lignes rouges, et à partir du moment où on dit qu’il y a des lignes rouges et que la parole n’est pas tenue, là, Bachar El Assad : boulevard devant lui et [mot inaudible], pour lui la vie était belle et on voit les résultats, deux ans après, ce qu’on arrive pratiquement à deux ans après. »
     
Vraiment, madame Levallois, en 2013, « la vie était belle » pour Bachar El Assad qui, depuis 2011, voyait son pays attaqué, la population obligée de fuir, et ne pouvait ignorer le sort réservé par les chefs d’États français, britannique, états-unien à Muammar Gaddhafi ?                 

  

1er texte : http://lavoixdelalibye.com/?p=22813
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Françoise Petitdemange

 

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23 juin 2015

8 - GRANDEUR ET MISERE DES SPECIALISTES

GRANDEUR ET MISÈRE DES SPÉCIALISTES
(8ème et dernière partie)

 

      Enfin, au Club de la Presse, le 20 mai 2015… les dernières questions sont posées à l’invitée, Agnès Levallois.

      Olivier Duhamel :
      « Vous avez un dernier scénario, c’est que, Poincaré, quand il est arrivé à Beyrouth et que ça a implosé, il a dit : “Y en a pour trente ans”, et que c’est là : on n’en, ça finit pas demain ça finit pas après-demain, et que c’est parti pour trente ans. »

      La spécialiste ès monde arabe, Agnès Levallois, ne recule pas devant un pronostic :
     « Je pense que c’est parti pour quelques années à moins que le, le, le premier cercle de Bachar El Assad, 8___Irann’oublions pas une dernière petite chose importante, c’est qu’aujourd’hui toute la sécurité de Bachar El Assad est, est tenue par les Iraniens. Par les Iraniens ! Même pas par les Alaouites parce que la communauté alaouite commence à en avoir ras-le-bol, enfin les parents en ont marre de voir que leurs enfants, c’est de la chair à canon pour un Bachar El Assad qui n’a aucune stratégie à part sa propre survie et rien d’autre. »
     
Madame Levallois, lorsqu’elle prête des sentiments aux parents syriens, devraient se souvenir d’événements terribles qui ont eu lieu - qui ont encore lieu - en Palestine, en Yougoslavie, en Irak, en Syrie, en Libye… Les parents palestiniens, yougoslaves, irakiens, syriens, libyens ont vu - certains voient encore - leurs enfants devenir « de la chair » à bombes occidentales et israéliennes et se faire déchiqueter. Les chefs d’États occidentaux, qui disaient vouloir protéger les populations civiles, n’ont reculé devant rien : au nom des droits de l’homme, et pour leur apporter une fausse démocratie et un semblant de liberté, les bombes de l’OTAN ont détruit des pays et massacré des civil(e)s…
     
Les trois chefs d’États français, britannique, états-unien, et leurs amis de l’ONU, des ONG, de l’OTAN, etc., n’ont rien assumé de leurs décisions : ils étaient protégés - ils sont toujours protégés - physiquement, au maximum, alors que l’Irak, la Libye, la Syrie et aucun autre pays dans le monde n’avaient manifesté la moindre intention de bombarder un pays occidental. Question courage… Saddam Hussein, Muammar Gaddhafi, Bachar El Assad n’ont jamais eu de leçon à recevoir des chefs d’États occidentaux, plutôt couards et véritablement criminels.
     
     
Voilà donc les Iraniens honnis par madame Levallois parce qu’ils portent secours aux Syriens.
      « Donc, aujourd’hui, ce sont les Iraniens qui tiennent tout [Intervention d’Olivier Duhamel : Tout passe par l’Iran.]. C’est eux qui mènent la stratégie militaire et les Syriens qui sont nationalistes, qui sont Syriens avant tout, avant d’être alaouites, sunnites, chiites, druzes, ils sont Syriens et ça, la majorité des Syriens, aujourd’hui, ne supporte plus la mainmise et la privatisation - c’est le terme utilisé par nombre de Syriens - la privatisation de la Syrie par l’Iran. Et donc, ça c’est un élément aussi qui peut permettre, de se, de cette façon de la société syrienne de se remobiliser autour d’elle. »
     
Faudrait-il faire la guerre à l’Iran ? La spécialiste ès monde arabe est bien dans l’esprit d’une recolonisation occidentale des pays arabes lorsque, dans les réponses rapportées dans les textes précédents, elle insiste sur l’aide que doit apporter la « communauté internationale », c’est-à-dire la communauté occidentale, aux fonctionnaires syriens, et qu’elle refuse à la population syrienne, dans son ensemble, jusqu’à la possibilité d’être aidée, défendue par les Iraniens.
     
Elle oublie de dire qu’il y a des Syrien(ne)s de l’étranger qui sont à l’origine de la déstabilisation de leur pays natal et qui veulent arracher le pouvoir au président élu par la population de Syrie pour faire de ce pays où ils-elles ne vivent plus un pays capitaliste à la botte des chefs d’États occidentaux et de leurs multinationales. Quant aux Syrien(ne)s qui vivent dans leur pays, la majorité d’entre eux-elles a reconduit Bachar El Assad dans sa fonction présidentielle alors qu’elle aurait très bien pu profiter de la situation pour l’évincer du pouvoir : si elle ne l’a pas fait, c’est parce que les Assad, père et fils, avaient, jusqu’en 2011, apporté une stabilité politique au pays qui permettait le développement économique. Ces Syrien(ne)s-là, n’en déplaise à madame Levallois, n’ont aucunement le désir de voir leur pays de nouveau sous mandat français ou britannique, ou de le voir sous domination états-unienne ou israélienne, annexé aux monarchies du Golfe, ou déchiré entre les factions religieuses…

     
Serge July :
     
« Vous pensez que ça va finir par une guerre entre les Syriens et l’Iran ? » [Rire nerveux du grandissime journaleux, Serge July.]

     
Nicolas Poincaré qui sait que l’émission tire à sa fin…
     
« Allez savoir ! »

       L’infatigable Agnès Levallois qui a fait passer, dans cette émission, tout ce qu’elle devait faire passer, va jusqu’au bout…
     
« Non. Je ne crois pas qu’on arrivera à ça. Mais, en tous les cas, y a une capacité de cette société syrienne et je pense qu’il faut terminer aussi sur cette note un peu plus positive. »
     
Au-delà de ce verbiage, ce qui est espéré par madame Levallois, c’est l’installation d’une classe moyenne - notamment de fonctionnaires citoyens comme si les autres Syrien(ne)s n’étaient pas des citoyen(ne)s - qui serve de marchepied à la grande bourgeoisie occidentale et à la finance internationale.
     
     
Ce discours d’Agnès Levallois est diabolique, non au sens religieux du terme, mais dans le sens étymologique : dia (séparation, division, clivage, etc.). C'est bien au clivage, par les chefs d’États occidentaux et israélien, des pays et des religions auquel chaque citoyen(ne) du monde assiste, avec la rage au coeur et, de plus en plus, l'esprit en révolte.


1er texte : http://lavoixdelalibye.com/?p=22813
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Françoise Petitdemange

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