26 avril 2015

20. DE LA PAIX A LA GUERRE... CONTRE LE PEUPLE LIBYEN

20.
DE LA PAIX À LA GUERRE…

CONTRE LE PEUPLE LIBYEN

4 - 19. L’UPM (Union Pour la Méditerranée), 13 juillet 2008 :
une règle du jeu modifiée

      Sommet de Paris pour la Méditerranée - 13 juillet 2008 : Nicolas Sarkozy apparaît entre Jean-David Lévitte, son conseiller diplomatique, et Bernard Kouchner. Les invités arrivent… Nicolas Sarkozy fait l’accolade à Hosni Moubarak.
     
Voix off : « L’année suivante, en juillet 2008, le président accueille à Paris le sommet fondateur de son Union Pour la Méditerranée devant une quarantaine de chefs d’États. »
     
Cependant, le projet de départ a complètement changé… Ce qui est passé sous silence dans le documentaire... Jean-David Lévitte (conseiller diplomatique de Nicolas Sarkozy) : « Le seul qui, heu… fidèle à sa, son imprévisibilité, heu… a décidé de déclarer forfait, c’est finalement Kadhafi. Et non seulement il a déclaré forfait, mais il a boudé en disant : « Ce n’est pas comme ça qu’il fallait le faire. ». » Pour « bâtir une Union méditerranéenne », il fallait s’en tenir aux pays méditerranéens. Il ne fallait pas, à la fois, obliger les pays du nord de l’Afrique à accepter, dans le groupe, tous les pays européens, y compris ceux qui, comme l’Allemagne, étaient loin de la Méditerranée, et rejeter du groupe, dans le même temps, les autres pays de l’Afrique qui n’avaient pas de côtes méditerranéennes ! Il ne fallait pas non plus forcer la main des Arabes en les obligeant à reconnaître l’État d’Israël au détriment de l'existence du peuple palestinien. Ce projet allait bientôt se présenter, aux regards des chefs d’États africains - et pas seulement au regard de Muammar Gaddhafi - comme une tentative, d’abord française, puis européenne, de court-circuiter le projet de l’UA (Union Africaine), de séparer les pays d’Afrique du Nord des autres pays africains, et de faire exploser les États-Unis d’Afrique en voie de création. Après l’échec de son projet d’« Union Pour la Méditerranée », Nicolas Sarkozy, au lieu de s'interroger sur cet échec, n’a cessé de ruminer sa colère et de fomenter des guerres civiles : en Côte d’Ivoire, en Tunisie, en Égypte, en Syrie, en Libye… Il a détruit ce pays, bombardé le peuple libyen, et semé la haine de l’Afrique du Nord à l’Afghanistan.
     
La diplomate libyenne, Zohra Mansour,  : « Ce qui a mené Muammar Gaddhafi à la rupture avec Sarkozy, c’est la quête de leadership de Sarkozy. Pour Muammar Gaddhafi, les pays africains sont au nombre de 54 : ils sont plus nombreux que les pays européens. »

      Vue sur une assemblée installée dans des fauteuils verts. Muammar Gaddhafi, toujours dans son habit traditionnel brun, avec sa chéchia noire sur la tête, est installé, lui aussi, dans un fauteuil vert, en face de l’assemblée, derrière une table basse sur laquelle se trouvent une demi-douzaine de micros, peut-être un magnétophone, et une boîte de mouchoirs. La rencontre a lieu dans la tente. Un Libyen de l’assemblée, en habit traditionnel et couvre-chef blancs, parle dans un micro, juste devant le premier rang. Pourquoi donc son intervention, n’est-elle pas traduite dans le documentaire ?…
     
Voix off : « Préférant rester maître sur son continent, le dictateur multiplie les déclarations hostiles à l’Union pour la Méditerranée. Fragilisée, dès ses débuts par l’absence de la Libye, cette Union ne verra jamais le jour. » L’« Union Pour la Méditerranée » aurait pu se faire sans la Libye, si les chefs des autres États africains n’avaient pas compris, eux aussi, que le Français Sarkozy et, d’une façon plus générale, les Européens avaient, entre-temps, modifié la règle du jeu à leur avantage exclusif.
     
« À Paris… » Voix off : « L’aventure libyenne est, pour le président, un échec cuisant. Elle a mis en lumière ses défauts, son exercice solitaire du pouvoir, un certain amateurisme. Cela explique, sans doute, qu’elle coïncide dans les sondages avec le début d’une impopularité durable. Dans les trois années suivantes, le président ne veut plus entendre parler du dictateur. Jusqu’à un certain jour de février 2011. »

 

Françoise Petitdemange


21. DE LA PAIX A LA GUERRE... CONTRE LE PEUPLE LIBYEN

21.
DE LA PAIX À LA GUERRE…
CONTRE LE PEUPLE LIBYEN


5 - 20. De quoi se mêle le président français ?

 

      Le président Nicolas Sarkozy prend la parole face à une assemblée, avec, sur sa droite, le drapeau européen et le drapeau français : « Et qu’est-ce qui s’est passé au Moyen-Orient ? Une chose extraordinaire. C’est que les peuples arabes ont décidé, sans violence, de prendre leur destin en mains. Ces peuples aspirent à la démocratie, au progrès social, alors que, jusqu’à présent, on avait plutôt des régimes autoritaires, dont nous avions des rapports avec eux, parce qu’ils étaient laïcs et parce qu’il n’y avait pas d’autre solution d’alternative crédible. Aujourd’hui, il y a cette alternative. » La Constitution de 1958 étant une Constitution anti-démocratique par excellence qui donne un pouvoir exorbitant au président de la république, le peuple français devra prendre son destin en mains. Car, pour l’alternative, il a déjà donné. Il faut que ces hommes et ces femmes qui squattent les fonctions politiques et économiques, depuis des décennies, s’en aillent… En Libye, s’il y a une... alternative, elle ne peut venir que des opposants qui, depuis des décennies, tentent de reprendre le pouvoir des mains du peuple en menant des attentats, à main armée, et en semant la mort dans le peuple jamahiriyen avec, pour but, d'assassiner Muammar Gaddhafi.
     
Voix off : « Il se trouve en Turquie lorsqu’il réagit à une stupéfiante nouvelle. Début 2011, des révolutions ont balayé deux membres éminents de son UPM [Union Pour la Méditerranée] l’Égyptien Moubarak et le Tunisien Ben Ali. » Après la déstabilisation de la Côte d’Ivoire, les pays situés, de chaque côté de la Libye, se trouvent eux aussi déstabilisés jusqu’à provoquer la fuite des présidents tunisien et égyptien. Images d’un groupe de manifestants : l’un brandit un exemplaire du Livre Vert qu’il déchire ; l’autre brandit le portrait d’un jeune homme avec des inscriptions en arabe ; un pied marche sur une affiche représentant le visage de Muammar Gaddhafi. Ils savent qu’ils sont filmés… Voix off : « Et voici que les Libyens, à leur tour, se soulèvent contre leur dictateur. Lui n’hésite pas à faire mitrailler la foule de ses opposants. »
     
Toujours depuis la Turquie, le président Nicolas Sarkozy déclare catégoriquement : « Notre position est claire. Monsieur Kadhafi doit partir. » Déjà, il était clair que l’accusation, disant que Muammar Gaddhafi faisait tirer sur sa population, était inexacte. Par ailleurs, au nom de quoi, le président français peut s’ingérer dans les affaires de la GJALPS (Grande Jamahiriya Arabe Libyenne Populaire Socialiste), de l’État libyen, c’est-à-dire de la démocratie directe, c’est-à-dire du peuple libyen ? Au nom de quoi, ce président peut chasser un homme de sa terre natale ? Et de quel droit Nicolas Sarkozy, pouvait-il exiger le départ du Guide ?

 

Françoise Petitdemange