24 avril 2015

2. DE LA PAIX A LA GUERRE... CONTRE LE PEUPLE LIBYEN

2.
DE LA PAIX À LA GUERRE...
CONTRE LE PEUPLE LIBYEN


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 - 1. La ruée occidentale vers la Libye

 

      Après la fin d’un embargo, imposé par le Conseil de sécurité de l’ONU (Organisation des Nations Unies), et sans cesse reconduit d’avril 1992 à septembre 2003, qui était destiné à étrangler le peuple pour le pousser à la révolte contre le Guide révolutionnaire, la Libye retrouvait une expansion économique des plus enviées. C’est dans ce nouveau contexte que le peuple libyen voit débarquer, sur le tarmac de ses aéroports, des affairistes mais aussi des hommes politiques occidentaux qui, d’ordinaire, ne se déplaçaient pas dans ce pays puni pour des attentats dans lesquels sa responsabilité n’a jamais été prouvée : la visite du ministre de l’Intérieur français, Nicolas Sarkozy, en 2005, a effectivement de quoi surprendre…

 

Françoise Petitdemange

 

3. DE LA PAIX A LA GUERRE... CONTRE LE PEUPLE LIBYEN

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DE LA PAIX À LA GUERRE...
CONTRE LE PEUPLE LIBYEN

 

1 - 2. Un ministre de l’Intérieur
dans l’État-paria…

 

      « 6 octobre 2005. » Voix off : « Toute cette histoire a commencé deux ans avant que le futur président n’entre à l’Élysée lorsqu’il est allé faire la connaissance du dictateur un jour d’octobre 2005. Il est alors un fringuant ministre de l’Intérieur de Jacques Chirac qui ne fait pas de mystère de ses ambitions présidentielles. Depuis l’aéroport, son convoi file à travers Tripoli, capitale d’un État de six millions d’habitants que la manne pétrolière a rendu le plus riche d’Afrique. Sur les murs s’affiche partout l’homme qui le dirige d’une main de fer depuis 1969. »

     
Voix off : « Officiellement, le ministre a été convié, ici, à venir s’entretenir de la lutte antiterroriste et de l’immigration irrégulière. » Nicolas Sarkozy : « Pourquoi voulez-vous aller en Italie ? » Un jeune homme : « Je voulais partir. » Pour les États capitalistes en crise, dont une partie des populations - au chômage ou au travail - ne peuvent plus subvenir aux nécessités de leur existence, il s’agit, à l’époque, de lutter contre le terrorisme que, pourtant, ils sécrètent eux-mêmes, et de freiner, sinon d’empêcher, l’arrivée d’Africains et de leurs familles en Europe, notamment en France. Mais le Guide révolutionnaire, Muammar Gaddhafi, n’avait pas attendu les Occidentaux pour inciter les Africain(e)s à rester dans leurs pays afin de contribuer au développement du continent.  
     
Voix off : « En coulisses toutefois, cette visite a pour le ministre d’autres enjeux, plus personnels. Elle a été initiée par un homme de l’ombre, un Libanais, un intermédiaire en armements, à la fois proche de plusieurs membres de son entourage et familier du pouvoir libyen. » L’intermédiaire en armements, c’est  Ziad Takieddine qui parle, non pas du « dictateur », mais du « colonel Kadhafi » : « En 2005, je rencontre le fils du colonel Kadhafi [Saïf al-Islam] en visite privée en France. Alors, il m’invite en Libye pour aller rencontrer son père, le colonel Kadhafi. Et je rencontre Kadhafi. Quand je parlais de Nicolas Sarkozy, à lui, je parlais de lui comme quelqu’un qui allait changer beaucoup la démarche française, en général, dans le domaine de la politique extérieure. » Bernard Cheynel, lui aussi intermédiaire en armements, confirme les dires de son confrère : « C’est Saïf qui s’est emballé sur Sarkozy. Saïf qui a poussé son père : “papa, papa, papa, papa.” Papa, il est formidable, papa. Il est formidable. » Ziad Takieddine : « Je retourne en France. Je vois monsieur Guéant et des choses se sont mises en place. » Jean-Luc Sibiude (ambassadeur de France en Libye) : « Et monsieur Claude Guéant était venu préparer la visite plusieurs fois. Je crois qu’il est venu au moins deux fois, pas forcément… Une fois… Monsieur Claude Guéant avait ses propres contacts. » Voix off : « Signe de l’importance qu’il accorde à cette relation, son plus proche collaborateur [Claude Guéant, donc...] devient dès lors son agent de liaison avec les Libyens. »

Françoise Petitdemange


4. DE LA PAIX A LA GUERRE... CONTRE LE PEUPLE LIBYEN

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DE LA PAIX À LA GUERRE...
CONTRE LE PEUPLE LIBYEN

1 - 3. Une réception dans la tente

 

      Muammar Gaddhafi se dirige vers sa tente, portant l’habit traditionnel : une gandoura brune et, sur la tête, une chéchia noire. Voix off : « En fin de matinée, devant la tente bédouine plantée au milieu de son palais-caserne, apparaît le dictateur. » La dame qui dit le commentaire, a-t-elle bien vu la tente dont il s’agit ? A-t-elle déjà vu « un dictateur » recevoir dans une tente aussi modeste ? A-t-elle vu la caserne dans laquelle le Guide révolutionnaire vit, depuis des décennies, avec sa famille ? Est-ce le Palais de l’Élysée ? Est-ce el Palacio Real de Madrid ? Est-ce el Palacio de la Zarzuela ? Est-ce Buckingham Palace ? Etc. Voix off : « Depuis peu, il n’est plus un chef d’État-paria à la tête d’un pays sous embargo. En renonçant au terrorisme et à l’arme nucléaire, il est devenu fréquentable aux yeux des Occidentaux. » C’est peut-être, hélas, cette renonciation à l’arme nucléaire et aux armes chimiques, décidée par le peuple libyen et le Guide révolutionnaire, qui allait permettre aux chefs d’États occidentaux (français, britannique, états-unien) d’attaquer la Libye. Voix off : « Sous cette tente, il a déjà reçu des dirigeants européens, mais, ce jour-là, il surprend ceux qui connaissent ses habitudes, comme l’ambassadeur français en poste à Tripoli depuis quatre ans. » Jean-Luc Sibiude, par ces précisions, montre que le Guide libyen réservait un traitement de faveur à un Français qui n’était alors que ministre : « Le colonel Kadhafi ne recevait jamais le matin, parce qu’il avait des nuits sans doute très longues et, le matin, il était toujours un peu dans la, dans le brouillard, si j’ose dire, de la même façon. Et donc, c’était plutôt le soir, l’après-midi ou plutôt le soir. Et là, il est reçu tout de suite. »

     
Revenant sur cette visite, Zohra Mansour qui, après avoir été responsable des « Femmes en armes », avait été chargée des relations diplomatiques entre la France et la Libye, se souvient : « Le Guide m’a dit : « Zohra, nous honorons quelqu’un qui sera candidat à des élections importantes. S’il arrivait au pouvoir, nous pourrions entretenir de bonnes relations avec son pays. Ça vaut le coup, non ? » À noter que Zohra Mansour appelle Muammar Gaddhafi : « le Guide ». L’ambassadeur confirme : « Moi, ils me l’ont dit. C’était l’objectif principal : on accueille monsieur Sarkozy parce qu’on sait qu’il a, il peut avoir un destin important en France. Et être le futur président. »
     
Voix off : « Enfin, l’ambitieux ministre, novice sur la scène internationale, et l’indéboulonnable dictateur au pouvoir depuis trente-six ans font connaissance. » Dès après la Révolution du 1er Septembre 1969, le pouvoir a été progressivement transmis au peuple libyen : c’est lui qui avait réellement le pouvoir. Mais dire cette vérité est dangereux pour les États capitalistes qui ne sont en rien démocratiques. Muammar Gaddhafi n’était pas considéré comme un « dictateur » par la population, en dehors d’une poignée d’exilés qui voulaient le pouvoir pour eux tout seuls. Il était appelé le Guide.
     
Celui qui avait été désigné par ses camarades comme le président du CCR (Conseil du Commandement de la Révolution), quelques jours après la Révolution du 1er Septembre 1969, avait été invité comme tel à Paris, en novembre 1973, par le président de la république française, Georges Pompidou : Muammar Gaddhafi, qui avait gardé un excellent souvenir de cette rencontre, pouvait alors penser que les relations avec la France, qui s’étaient dégradées avec les présidents suivants, allaient redevenir ce qu’elles n’auraient jamais dû cesser d’être…

 

Françoise Petitdemange

 

7. DE LA PAIX A LA GUERRE... CONTRE LE PEUPLE LIBYEN

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DE LA PAIX À LA GUERRE...
CONTRE LE PEUPLE LIBYEN

1 - 6. La France des droits de l’homme

 

      « Un an plus tard… » Le candidat à la présidence, Nicolas Sarkozy, fait part de ses ambitions : « Je veux être le président de la France des droits de l’homme parce que je le crois au plus profond de mon cœur. Je ne veux pas, je ne crois pas à ce qu’on appelle « la realpolitik » qui fait renoncer à ses valeurs. Je ne veux être complice d’aucune dictature à travers le monde. »
     
Voix off : « En janvier 2007, celui qui exprimait son respect au dictateur lance sa campagne présidentielle sur un bien autre ton. Gagner une élection vaut bien de se poser en chantre des droits de l’homme. Surtout lorsqu’on est précédé par une réputation de ministre de l’Intérieur à poigne. »

      À propos du candidat Nicolas Sarkozy, en 2007, Rama Yade a son avis  : « C’est l’époque où une certaine gauche intellectuelle s’insurgeait de ses propos et, à un moment donné, on a senti chez lui le besoin aussi de s’adresser à ces intellectuels-là, heu, parce que même s’ils ne sont pas majoritairement du pays [majoritaires dans le pays ?], ils ont une certaine influence. Nicolas Sarkozy était sensible, très sensible à ce que pouvaient penser les Bernard-Henri Lévy, les Glucksmann, les Bruckner… » La politique étrangère de la France, était-elle dictée par des personnes qui, outre qu'elles n'étaient  « pas majoritaires dans le pays », manœuvraient avec quelque officine ?
     
Pour les droits de l’homme, Bernard Kouchner veut bien se faire homme de droite : « Les droits de l’homme, ça ne pouvait pas ne pas me plaire. En plus, il est vrai que Nicolas Sarkozy avait un langage et, dans sa campagne, des thèmes qui étaient très nouveaux par rapport à l’orthodoxie de la droite. »

     
Nicolas Sarkozy persiste et signe lors d’un meeting. “Politique internationale Paris, mercredi 28 février 2007” : « Deuxième grand objectif de la France : promouvoir les libertés et les droits de l’homme sur la scène internationale. » Mais encore… « Je ne me tairai jamais devant ces insultes aux droits de l’homme. » La mort, sur ses ordres, de Muammar Gaddhafi, ne sera-t-elle pas une insulte aux droits de l’homme ? Et enfin… « Eh bien, la France, elle n’est elle-même que quand elle promeut la liberté contre l’oppression. » Qu’en est-il, dorénavant, de l’oppression de tout un peuple - le peuple libyen - suite à la guerre de 2011, lancée par Nicolas Sarkozy président de la république française, contre la Libye, contre le peuple libyen, contre le Guide révolutionnaire Muammar Gaddhafi ?
     
Voix off : « C’est ainsi qu’à l’issue de la campagne, il recrute deux personnalités atypiques qui compteront dans la suite de cette histoire. De Bernard Kouchner, héros de l’humanitaire, il fera son ministre des Affaires étrangères, et il invente une fonction, inédite sous la Cinquième république, celle de secrétaire d’État aux droits de l’homme qu’il confiera à la jeune Rama Yade. »


Françoise Petitdemange

 

9. DE LA PAIX A LA GUERRE... CONTRE LE PEUPLE LIBYEN

9.
DE LA PAIX À LA GUERRE...
CONTRE LE PEUPLE LIBYEN


1 - 8. Le peuple libyen, avait-il contribué à la victoire ?


      Voix off : « Le 28 mai 2007, l’un des tout premiers dirigeants du monde à qui le président français, tout juste élu, téléphonait longuement était le chef d’un petit pays d’Afrique du Nord. »
Outre que Muammar Gaddhafi n'était pas « le chef », mais le Guide révolutionnaire, qu’est-ce qu’« un petit pays » ? Sur le plan géographique… la Libye a une superficie égale à plus de deux fois et demie la France. Autrement dit… Ce « petit pays » a une superficie qui équivaut à la superficie d’une petite Europe, même s’il est alors peuplé de six ou sept millions d’habitant(e)s.

      Muammar Gaddhafi : « Monsieur Sarkozy, je vous félicite pour votre élection. Vous méritez la confiance du peuple français. » Sans doute, Nicolas Sarkozy, sait-il s’il doit quelque chose à la Libye. En tout cas, il n’est pas question de « dictateur » : « Monsieur Kadhafi, je suis enchanté de vous parler. Je n’ai pas oublié notre rencontre. Je garde un excellent souvenir de la qualité de vos analyses. Vous méritez amplement votre titre de Guide. » Nicolas Sarkozy dit : « votre titre de Guide ». Muammar Gaddhafi, confiant : « Je suis rassuré d’avoir, avec vous, un ami en Europe. Je vous sais ambitieux et volontaire. Nous ferons beaucoup de choses entre nos deux pays. » Voici, en tout cas, un Nicolas Sarkozy très affable : « Oui, monsieur le Guide. J’espère vous recevoir en France ou me rendre en Libye. » Et, pour finir… « Je vous exprime mes respects et mon amitié, monsieur le Guide. »

 

Françoise Petitdemange

 

25 avril 2015

12. DE LA PAIX A LA GUERRE... CONTRE LE PEUPLE LIBYEN

12.
DE LA PAIX À LA GUERRE...
CONTRE LE PEUPLE LIBYEN


4 - 11. Muammar Gaddhafi
et la délégation libyenne en France

 

      Vue sur une vaste salle avec des sièges occupés, disposés en cercle : EU Africa Summit. Nicolas Sarkozy et Bernard Kouchner sont présents. Voix off : « Cinq mois plus tard, en décembre. La femme du président est finalement partie. Le dictateur arrive. La veille de sa venue, les deux hommes se croisent à Lisbonne dans le cadre d’un sommet international. » Muammar Gaddhafi, vêtu de son habit traditionnel brun, et la tête couverte de sa chéchia noire, apparaît et serre la main d’un dirigeant africain. Puis, Nicolas Sarkozy s’avance vers le Guide, déjà installé, et lui serre la main : « Bonjour Monsieur Kadhafi. Je suis très heureux de vous recevoir en visite à Paris. » Un militaire s’approche du Guide pour lui faire la traduction ; celui-ci sourit sans répondre.
     
Voix off : « Mais le président va recevoir un dictateur resté fidèle à lui-même. Il vient de faire scandale en déclarant à un journal portugais » : « Il est normal que les faibles aient recours au terrorisme. » Lors de ce sommet de Lisbonne, 8 décembre 2007, Nicolas Sarkozy se montre très conciliant : « Permettez-moi de dire qu’il y a moins de problème à recevoir le président Kadhafi dont les services collaborent avec les services occidentaux dans la lutte contre le terrorisme, dont les infirmières ont été libérées dans un avion de la « République Française ». Pour le reste, il a sa personnalité, son tempérament ; c’est pas moi qui vais les juger. »

     
« 10 décembre 2007. » Voix off : « Au petit matin, ce lundi, on déroule le tapis rouge, par rouleaux entiers. Dans la cour d’honneur de l’Élysée, et en face, dans les jardins d’une annexe du Palais. Première dans les annales du protocole, on y a dressé une vaste tente bédouine. » Ahmed Gaddhaf  El Dam (conseiller de Muammar Gaddhafi) : « Oh, ils ont accepté toutes nos demandes. Le message de Gaddhafi pour sa première visite en Occident, après une longue période de rupture, c’était… « Ce n’est pas parce que je me rends en Europe que je change. ». » Voilà qui rappelle une fidélité du Guide révolutionnaire à ses convictions.

Françoise Petitdemange

 

26 avril 2015

14. DE LA PAIX A LA GUERRE... CONTRE LE PEUPLE LIBYEN

14.
DE LA PAIX À LA GUERRE...

CONTRE LE PEUPLE LIBYEN

4 - 13. Le Guide révolutionnaire fait honneur à Paris

 
     
L’avion « Afriqiyah » roule sur la piste d’atterrissage.
      Voix off : « Et en fin d’une matinée pluvieuse, le dictateur finit par débarquer à Orly, à la tête de ses amazones et d’une suite de deux cents personnes. » Il revient à Michèle Alliot-Marie, ministre de la Défense, d’accueillir le Guide révolutionnaire et la délégation libyenne avec les Femmes en armes. Le cortège de voitures roule sous la pluie, escorté par des motards. Apparaît la berline blanche, ornée des drapeaux verts à l’avant, dans laquelle se trouve Muammar Gaddhafi. Voix off : « L’ancien parrain du terrorisme s’offre, pour la première fois, une visite prestigieuse dans une grande capitale occidentale. Qui plus est, celle d’un pays qui l’a longtemps combattu. Se trouver, là, est pour lui un succès éclatant. Il ne s’en cache pas. » Muammar Gaddhafi avait été invité à Paris, en 1973, par le président français Georges Pompidou. Ce n'est donc pas la première fois qu'il vient dans la capitale ! En dehors de cette visite, à Paris, de Muammar Gaddhafi, Abdessalam Djalloud et différents secrétaires d’État au BPLE (Bureau Politiques des Liaisons Extérieures) ont séjourné dans la capitale. Par ailleurs, Muammar Gaddhafi était invité dans d'autres capitales, occidentales ou pas.
     
La berline blanche arrive dans la cour du Palais de l’Élysée. Muammar Gaddhafi passe devant la garde républicaine. Nicolas Sarkozy est présent au bas du perron et lui serre la main. Ils se tournent pour la photo. Muammar Gaddhafi brandit le poing gauche. Nicolas Sarkozy sourit en lui tenant la main droite. Voix off : « Le programme qu’on lui a concocté, n’en est-il pas la preuve ? D’abord, cette réception ici-même, puis à l’Assemblée nationale. Enfin, ce dîner de gala en son honneur. » Ahmed Gaddhaf El Dam (conseiller de Muammar Gaddhafi) : « Nous avons beaucoup apprécié qu’on nous serve du couscous à l’Élysée. C’était un message tout à fait positif. » Zohra Mansour (Diplomate libyenne) : « Il était très heureux de tout ce que le gouvernement français lui offrait. Il a été accueilli avec grande déférence. »

      Voix off : « Autant, alors, faire durer le plaisir. En France, l’usage diplomatique veut que les visites officielles durent trois jours. Le dictateur demande à prolonger son séjour de trois de plus. Une semaine en tout. » Jean-Luc Sibiude (ambassadeur de France en Libye) : « Je ne dis pas qu’il s’est invité mais il a demandé à rester à Paris et on lui a accordé, bien évidemment, puisqu’on souhaitait que ce soit, on souhaitait que cette visite soit, lui soit agréable. » Jean-David Lévitte (conseiller diplomatique de Nicolas Sarkozy) : « À chaque jour, il inventait un nouveau sujet de préoccupation. » Face aux hommes et aux femmes politiques, que les Français et Françaises entretiennent et qui étalent une balourdise intellectuelle quelque peu effarante, il est évident que Muammar Gaddhafi est une source de pensées, de paroles, d’actions extraordinaire. Jean-Luc Sibiude, en vrai diplomate… « Quand les Libyens vous disent : « Écoutez, je, pourrait-il, je souhaite aller à Versailles parce que j’ai toujours… enfin, rêvé, il est difficile de dire : « Ah ! Non, vous n’allez pas aller à Versailles. Non, non, c’est trop pour vous. »

     
Voix off : « Le touriste de marque fait privatiser le célèbre château royal. » Muammar Gaddhafi ne fait rien privatiser du tout (l’utilisation, ici, du mot « privatiser » est intentionnel)… Quand un homme, entouré d’une délégation, se déplace dans un pays invitant, il est normal que ce pays prenne des mesures de sécurité pour protéger et l’homme et la délégation qui se déplace avec lui. À Versailles, un guide explique à Muammar Gaddhafi... « C’est là que le Roi recevait les ambassadeurs. » Le Guide révolutionnaire, fidèle à ses origines, est un rien amusé… Voix off : « Avant de filer au Louvre, puis de réclamer d’autres divertissements encore. À des organisateurs quelque peu dépassés. » Muammar Gaddhafi est accompagné d’un petit groupe dont les femmes en armes. Il est habillé modestement d'un pantalon, d'un pull et d'une veste noir(e) et tient, dans sa main gauche, une sorte d’écharpe. Le mot « divertissements », pris dans son sens habituel, n’est pas très pertinent : Muammar Gaddhafi a toujours été intéressé par l’histoire. D’ailleurs, dans sa jeunesse, il a suivi des cours d’histoire dans une Faculté libyenne ; il lisait beaucoup d’ouvrages dans ce domaine et s’était intéressé à la révolution française. Jean-David Lévitte (conseiller de Nicolas Sarkozy) : « Il avait décidé de visiter Paris en bateau-mouche, par exemple. Vous imaginez ce que ça représente en termes de sécurité. Puisque il faut sécuriser les berges mais aussi les ponts. » Voix off : « Et pourquoi ne pas lui dire « non » tout simplement. » Jean-David Lévitte : « Difficile de refuser à une personnalité qu’on reçoit le droit de découvrir Paris en bateau-mouche. » Jean-Luc Sibiude, un petit peu amusé… « Je suis parti à la chasse à Rambouillet, alors que je n’étais pas chasseur moi-même puisqu’il y avait qu’un seul fusil : c’était celui de Kadhafi. Mais les services de sécurité étaient en place depuis 9 heures du matin pour bloquer mais pour bloquer au moment du passage du convoi. Le convoi est arrivé vers midi et demie, une heure. »


Françoise Petitdemange



23. DE LA PAIX A LA GUERRE... CONTRE LE PEUPLE LIBYEN

23.
DE LA PAIX À LA GUERRE…

CONTRE LE PEUPLE LIBYEN
 


5 - 22. Pour qui travaille le président français ?

 

      Sur fond de drapeau bleu-blanc-rouge, apparaît cette annonce : « Allocution de monsieur le président de la république Dimanche 27 février 2011. » (La Marseillaise à l’appui.) Nicolas Sarkozy, devant la bibliothèque de l’Élysée [sic], prépare “l’opinion” à la guerre… « Mes chers compatriotes. C’est mon devoir de prendre les décisions qui s’imposent quand les circonstances l’exigent. Nous avons donc le devoir d’agir face à la crise libyenne dont les conséquences pourraient être très lourdes pour la stabilité de toute la région. » Ce « devoir d’agir », n’est-ce pas un ordre donné par… le CRIF, par exemple ? De quelle « stabilité de toute la région », parle-t-il ?... Parle-t-il d'une stabilité au profit d'Israël qui ne cesse de bombarder le peuple palestinien ? Quatre ans après les efforts de « stabilité » déployés par Nicolas Sarkozy, c’est le chaos dans les pays arabes et africains.
     
     
Jean-David Lévitte (conseiller diplomatique de Nicolas Sarkozy), lui, se souvient d’une autre guerre : « Le président de la république, heu, lui, heu a été mobilisé tout de suite, a très bien compris que que cette affaire allait tourner à la tragédie, heu, avec des dimensions effroyables. Heu… Et, et le le souvenir que j’en garde, c’est qu’il m’avait demandé, heu, à l’époque, heu, comment s’était déroulée l’affaire de Srebrenica puisque j’étais auprès du président Chirac à l’époque. » Comment monsieur Lévitte, peut-il parler d’une « tragédie » supposée que le président Sarkozy voulait éviter en larguant des bombes sur le peuple libyen ? Puisque monsieur Lévitte se souvient, autant qu’il se souvienne jusqu’au bout… Après l’éclatement programmé, notamment par le FMI (Fonds Monétaire International), de la République Fédérative Socialiste de Yougoslavie, en 1992, suivi d’une guerre, en mars 1994, et d’un massacre pudiquement appelé L'« affaire de Srebrenica », en juillet 1995, que faisait Bernard Kouchner, comme représentant spécial du secrétaire général de l’ONU et chef de la Mission d’administration intérimaire des Nations Unies, au Kosovo, entre le 15 juillet 1999 et le 15 janvier 2001 ? Après la mort du Guide révolutionnaire et la fin des bombardements qui ont été délibérément effectués pour anéantir l’armée jamahirienne, et donc le peuple, la « tragédie », que le président français prétendait éviter avec des bombes, se poursuit.



Françoise Petitdemange

  

27 avril 2015

24. DE LA PAIX A LA GUERRE... CONTRE LE PEUPLE LIBYEN

24.
DE LA PAIX À LA GUERRE…
CONTRE LE PEUPLE LIBYEN


5 - 23. Une “destitution” de type colonial
pour évincer le peuple libyen

 

       Voix off : « Calculs et convictions, sans doute, se mêlent. Début mars, le président fait planifier une action militaire. Seul ou presque, parmi les dirigeants occidentaux. Car nul ne sait comment intervenir dans une situation de plus en plus chaotique. Par qui remplacer le dictateur ? » Un groupe brandit le drapeau du roi Idriss 1er. Parmi ce groupe, se trouvent des jeunes, qui font le V de la victoire. Mais que savent-ils de l’époque de la monarchie ? Certains d'entre eux n’étaient pas nés. En 2011, les Libyens, en grande majorité, n’étaient pas pour la contre-révolution, pour le retour de ce drapeau souillé par la collaboration avec l'occupant, pour le départ de Libye du Guide révolutionnaire… Il est plus facile, idéologiquement, pour les hommes et femmes politiques des pays capitalistes, de parler du remplacement de ce qu'ils-elles appellent un « dictateur », que de parler du remplacement d'un Guide révolutionnaire. Il est plus facile, aussi, pour ces mêmes hommes et femmes politiques des pays capitalistes, de parler du remplacement des autres dirigeants que de leur propre remplacement... Muammar Gaddhafi, qui était Guide révolutionnaire historiquement, était, par ce fait même de l’histoire, irremplaçable. Il s’agit, en 2011, d’un coup d’État contre-révolutionnaire sanglant fomenté par Nicolas Sarkozy, par vengeance personnelle contre Muammar Gaddhafi, mais aussi pour arracher le pouvoir au peuple libyen, pour détruire la démocratie directe.

 

Françoise Petitdemange


28 avril 2015

26. DE LA PAIX A LA GUERRE... CONTRE LE PEUPLE LIBYEN

26.
DE LA PAIX À LA GUERRE…
CONTRE LE PEUPLE LIBYEN


5 - 25. Un agent de la CIA

 

      Ali Zeidan, un exilé qui vit depuis longtemps aux États-Unis, est devenu tout à coup le dirigeant du Conseil National de Transition d’un pays qu’il n’a pas contribué à développer. Il raconte comment le président français crache sur l’ami d’hier… « Il a commencé par nous parler de la visite de Kadhafi à Paris. Il nous a dit : « Kadhafi était le président d’un pays, qu’il fallait le recevoir. Je l’ai reçu. Vous comprenez ? Je n’étais pas sûr de lui faire confiance à cause du passé mais, bon, je n’avais pas le choix. Maintenant que le peuple libyen a fait un autre choix, je suis prêt à vous aider. » Et puis Sarkozy nous a dit qu’il reconnaissait le CNT comme unique représentant du peuple libyen. » Ce récit montre les ignorances du président français que l'exilé de retour, made in CIA, ne rectifie pas. Et puis cette phrase du président français : « Maintenant que le peuple libyen a fait un autre choix, je suis prêt à vous aider. » Mais comment le peuple libyen, avait-il fait « un autre choix » ? Il avait tenu un CGP (Congrès Général du Peuple) ? Il s’était prononcé de quelque manière que ce fût ? Comment un étranger - fût-il président de la république - pouvait-il reconnaître un organisme sur lequel le peuple libyen n’avait pas eu le droit de s’exprimer ?… C’est d’un coup d’État qu’il s’agit, mené contre la GJALPS (Grande Jamahiriya Arabe Libyenne Populaire Socialiste), contre la démocratie directe, pour reprendre le pouvoir des mains du peuple libyen.
     
BHL : « Il ne le croyait tellement pas. « Tout ça, naturellement, je suppose, doit être secret… » Et Sarkozy feint de réfléchir, regarde Lévitte, (Puga ?), « …secret, oui, je ne sais pas, non ! ». »

 

Françoise Petitdemange