24 avril 2015

4. DE LA PAIX A LA GUERRE... CONTRE LE PEUPLE LIBYEN

4.
DE LA PAIX À LA GUERRE...
CONTRE LE PEUPLE LIBYEN

1 - 3. Une réception dans la tente

 

      Muammar Gaddhafi se dirige vers sa tente, portant l’habit traditionnel : une gandoura brune et, sur la tête, une chéchia noire. Voix off : « En fin de matinée, devant la tente bédouine plantée au milieu de son palais-caserne, apparaît le dictateur. » La dame qui dit le commentaire, a-t-elle bien vu la tente dont il s’agit ? A-t-elle déjà vu « un dictateur » recevoir dans une tente aussi modeste ? A-t-elle vu la caserne dans laquelle le Guide révolutionnaire vit, depuis des décennies, avec sa famille ? Est-ce le Palais de l’Élysée ? Est-ce el Palacio Real de Madrid ? Est-ce el Palacio de la Zarzuela ? Est-ce Buckingham Palace ? Etc. Voix off : « Depuis peu, il n’est plus un chef d’État-paria à la tête d’un pays sous embargo. En renonçant au terrorisme et à l’arme nucléaire, il est devenu fréquentable aux yeux des Occidentaux. » C’est peut-être, hélas, cette renonciation à l’arme nucléaire et aux armes chimiques, décidée par le peuple libyen et le Guide révolutionnaire, qui allait permettre aux chefs d’États occidentaux (français, britannique, états-unien) d’attaquer la Libye. Voix off : « Sous cette tente, il a déjà reçu des dirigeants européens, mais, ce jour-là, il surprend ceux qui connaissent ses habitudes, comme l’ambassadeur français en poste à Tripoli depuis quatre ans. » Jean-Luc Sibiude, par ces précisions, montre que le Guide libyen réservait un traitement de faveur à un Français qui n’était alors que ministre : « Le colonel Kadhafi ne recevait jamais le matin, parce qu’il avait des nuits sans doute très longues et, le matin, il était toujours un peu dans la, dans le brouillard, si j’ose dire, de la même façon. Et donc, c’était plutôt le soir, l’après-midi ou plutôt le soir. Et là, il est reçu tout de suite. »

     
Revenant sur cette visite, Zohra Mansour qui, après avoir été responsable des « Femmes en armes », avait été chargée des relations diplomatiques entre la France et la Libye, se souvient : « Le Guide m’a dit : « Zohra, nous honorons quelqu’un qui sera candidat à des élections importantes. S’il arrivait au pouvoir, nous pourrions entretenir de bonnes relations avec son pays. Ça vaut le coup, non ? » À noter que Zohra Mansour appelle Muammar Gaddhafi : « le Guide ». L’ambassadeur confirme : « Moi, ils me l’ont dit. C’était l’objectif principal : on accueille monsieur Sarkozy parce qu’on sait qu’il a, il peut avoir un destin important en France. Et être le futur président. »
     
Voix off : « Enfin, l’ambitieux ministre, novice sur la scène internationale, et l’indéboulonnable dictateur au pouvoir depuis trente-six ans font connaissance. » Dès après la Révolution du 1er Septembre 1969, le pouvoir a été progressivement transmis au peuple libyen : c’est lui qui avait réellement le pouvoir. Mais dire cette vérité est dangereux pour les États capitalistes qui ne sont en rien démocratiques. Muammar Gaddhafi n’était pas considéré comme un « dictateur » par la population, en dehors d’une poignée d’exilés qui voulaient le pouvoir pour eux tout seuls. Il était appelé le Guide.
     
Celui qui avait été désigné par ses camarades comme le président du CCR (Conseil du Commandement de la Révolution), quelques jours après la Révolution du 1er Septembre 1969, avait été invité comme tel à Paris, en novembre 1973, par le président de la république française, Georges Pompidou : Muammar Gaddhafi, qui avait gardé un excellent souvenir de cette rencontre, pouvait alors penser que les relations avec la France, qui s’étaient dégradées avec les présidents suivants, allaient redevenir ce qu’elles n’auraient jamais dû cesser d’être…

 

Françoise Petitdemange

 

8. DE LA PAIX A LA GUERRE... CONTRE LE PEUPLE LIBYEN

 8.
DE LA PAIX À LA GUERRE...
CONTRE LE PEUPLE LIBYEN

1 -7. Une victoire à la Pyrrhus

 

      Voix off : « Salle Gaveau. Un célèbre théâtre parisien. La foule ignore qu’elle va assister au premier acte de la pièce que le nouvel élu s’apprête à jouer avec le dictateur. Après les généreuses paroles du candidat, place aux actes du président. » Le président Sarkozy, à peine élu, déclare : « C’est en Méditerranée que tout va se jouer, qu’il nous faut surmonter toutes les haines, pour laisser la place à un grand rêve de paix et à un grand rêve de civilisation. Le temps est venu de bâtir une Union méditerranéenne qui sera un trait d’union entre l’Europe et l’Afrique. Ce qui a été fait pour l’union de l’Europe, il y a soixante ans, nous allons le faire aujourd’hui pour l’Union de la Méditerranée. » Il n’inventait rien. Lors de son voyage officiel de 1973, à Paris, Muammar Gaddhafi, alors président de la RAL (République Arabe Libyenne), faisait cette déclaration devant une forêt de micros. Avec le président Georges Pompidou… « On a discuté […] du rôle que les deux États doivent jouer dans la Mer Méditerranée pour qu’[elle] soit un pays de lac et de paix ». [Cf. Vidéo, Archives Ina. Kadhafi à Paris, 24 novembre 1973.https://www.youtube.com/watch?v=eg6v-BZeDsk] En réalité, le président Nicolas Sarkozy, qui prônait un « grand rêve de paix », allait transformer celui-ci en haine. Le projet de l’« Union Pour la Méditerranée » ne sera jamais réalisé. Pourquoi ? Eh bien, parce qu’il ne fallait pas perdre de vue l’idée d’une région méditerranéenne comme « trait d’union » entre l’Europe et l’Afrique. Quant au « grand rêve de civilisation », Nicolas Sarkozy oubliait que l’Afrique a été civilisée avant la France…

     
Voix off : « Réunir tous les pays riverains de la Méditerranée au sein d’une union politique : telle est sa spectaculaire et surprenante promesse. Tout juste élu, et, déjà, il aspire à un coup de maître qui prouverait à tous qu’il est ce grand président pareil à nul autre qu’il promettait d’être. » Mais ce projet de départ ne fut effectivement qu’« une promesse » ! Voix off : « Pour réussir son pari, il a besoin du soutien d’un État d’Afrique du Nord, incontournable autant que peu coopératif dirigé par un peu commode dictateur. Le nouveau président a de bonnes raisons de penser qu’il trouvera en lui un allié. » Quelles « bonnes raisons » ? Serait-ce parce que la Libye a décidé de financer la campagne du candidat Sarkozy ?

Françoise Petitdemange