24 avril 2015

5. DE LA PAIX A LA GUERRE... CONTRE LE PEUPLE LIBYEN

 5.
DE LA PAIX À LA GUERRE...
CONTRE LE PEUPLE LIBYEN

1 - 4. Le candidat Sarkozy à l’élection présidentielle

      À propos de la création des États-Unis d’Afrique… Voix off : « Après avoir vainement tenté de prendre la tête du monde arabe, le dictateur rêve de fonder des États-Unis d’Afrique que, bien sûr, il dirigerait. Autoproclamé roi des rois, ses milliards lui donnent les moyens de ses ambitions. »
     
Ces allégations ne sont pas conformes à la réalité… Muammar Gaddhafi - il le savait lui-même - n’était ni le seul homme, ni le premier à avoir rêvé de la FRA (Fédération des Républiques Arabes), et des États-Unis d’Afrique ; mais, cette fois, le rêve est passé à la réalité… La FRA, qui, dans les années 1970, rassemblait, pour commencer, la Tunisie, la Libye, l’Égypte, la Syrie, a été sabordée par le président égyptien, Anouar El Sadate, qui a renié sa signature en passant dans le camp d’en face, à la grande colère du peuple libyen qui appelait Sadate : « le traître ». Après cela, en 1999, Muammar Gaddhafi lançait un Appel aux dirigeants des autres pays africains : cet “Appel de Syrte” a été entendu et suivi de Sommets africains, qui se tenaient-se tiennent, d’année en année, dans des villes et des pays différent(e)s d’un Sommet à l’autre : Libye, Togo, Zambie, Afrique du Sud, Ghana, etc. L’OUA (Organisation de l’Unité Africaine), moribonde, a transmis le flambeau à l’UA (Union Africaine) avec, pour projet commun aux pays, de créer les États-Unis d’Afrique. Une Constitution et des Institutions ont été mises en place. Il s’agissait de créer une monnaie et une armée de défense communes…
     
Il n’était pas question, pour Muammar Gaddhafi de « prendre la tête du monde arabe ». La présidence de la FRA devait être assurée, tour à tour, par les dirigeants des pays qui la constituaient. De même, la présidence de l’UA (Union Africaine) était-est assurée, à tour de rôle, par tous les chefs des pays africains, pour une durée d’une année : Muammar Gaddhafi n’a pas été le premier président de l’UA (Union Africaine), mais le 7ème, du 2 février 2009 au 31 janvier 2010. Dans le même temps, en février 2009, il a été désigné, « roi des rois d’Afrique » par les chefs des autres États africains. Mais le concept de « roi des rois d’Afrique » - faut-il le préciser - n’a rien à voir avec celui des rois de France d’autrefois, ni avec celui des rois et reines actuel(le)s - de la reine d’Angleterre, du roi de Belgique, de la reine du Danemark, du roi d’Espagne, du roi du Luxembourg, du roi des Pays-Bas, du roi de Suède - qui règnent encore sur 7 pays d’une Europe prétendument démocratique qui en compte 28…
     
Voix off : « Mais, sur sa route, il craint la France et sa très active politique africaine. La France qui s’est toujours opposée à ses projets. Ainsi, ses rapports avec le président Chirac, sont-ils notoirement glaciaux. » Muammar Gaddhafi ne craint aucun pays. Simplement, il connaît l’histoire du continent africain. Il sait quels sont les pays européens qui, lors de la colonisation, ont tracé des chemins de sang dans les différents pays africains et l’indépendance très relative de certains d’entre eux… Il sait que l’histoire sanglante de la colonisation peut recommencer.

     
Ahmed Gaddhaf El Dam, conseiller de Muammar Gaddhafi, donne le point de vue libyen : « Il fallait donc améliorer nos relations avec la France. Coûte que coûte. Pour qu’elle ne perturbe pas, par son influence sur certains pays africains, les discussions sur la fondation des États-Unis d’Afrique. C’était notre but et c’est ce qu’on attendait de Sarkozy, à l’époque ministre de l’Intérieur. » Voix off : « L’un des hommes chargés des relations avec la France est le cousin du dictateur, son stratège, son confident. » Le visage d’Ahmed Gaddhaf El Dam apparaît, puis un portrait de Muammar Gaddhafi en tenue militaire sur fond d’un autre visage : celui d’Omar El Mokhtar.
     
Ahmed Gaddhaf El Dam : « Une chose est sûre : il nous a montré le plus grand respect. Il nous a fait l’impression d’un homme honnête qui voulait sincèrement développer nos relations et corriger les erreurs de la France en Afrique. » Voix off : « Le dictateur ne peut qu’apprécier ce ministre qui prône publiquement la rupture avec le président français du moment. Il s’en retourne en France avec le pouvoir à conquérir. Et s’il ne revient pas en Libye, plusieurs de ses proches feront le voyage. Parfois pour parler affaires. Car, après les années d’embargo, le juteux marché libyen suscite des convoitises. »

Françoise Petitdemange


25 avril 2015

11. DE LA PAIX A LA GUERRE... CONTRE LE PEUPLE LIBYEN

11.
DE LA PAIX À LA GUERRE...
CONTRE LE PEUPLE LIBYEN
 

3 - 10. Voyage du président Sarkozy en Libye

 

      « 25 juillet 2007. » Voix off : « Deux ans après son premier séjour, le président est de retour à Tripoli. L’ambassadeur méritant et le chef du protocole libyen l’attendent au bas du tapis rouge. Il est accueilli en grande pompe et en terrain connu. » L’accueil libyen est cordial : « Bienvenue, soyez le bienvenu dans notre pays. » Le président français, Nicolas Sarkozy, répond : « Merci. » Puis le groupe marche sur le tapis rouge mis en place pour la circonstance.
      Voix off : « La libération des infirmières est, pour le président des droits de l’homme, un paravent commode. Qui s’offusquerait, en effet, de cette escale à Tripoli aux lendemains d’une si émouvante libération ? Il peut passer en toute quiétude aux choses sérieuses avec le dictateur. »
     
L’ambassadeur de France en Libye, Jean-Luc Sibiude, s’en pourlèche encore les babines… « Autant la première visite avait été un peu fade, discrète, je ne vais peut-être pas, enfin… Autant, là, ça a été la fiesta. Voilà ! »

      L’armée du peuple effectue la parade militaire devant le bâtiment bombardé en 1986 par les États-Unis et la Grande-Bretagne. Muammar Gaddhafi sort d’une voiture. Voix off : « Dans le jardin de sa caserne, au pied d’un bâtiment laissé en l’état depuis le bombardement américain de 1986, c’est un dictateur en tenue d’apparat qui accueille le président et son importante délégation. Parmi elle, se trouve la jeune secrétaire d’État aux droits de l’homme, Rama Yade. » Le président Sarkozy est accompagné d’une « importante délégation ». En décembre 2007, les journalistes français critiqueraient le séjour de Muammar Gaddhafi qui, à Paris, serait accompagné d’une « importante délégation ».

     
Voici comment Rama Yade racontera la scène, comme pour rester fidèle à sa réputation de prétendue rebelle : « Arrivé à moi, il me serre la main. » L'image prise sur le vif, et insérée dans le documentaire, la montre à côté de Bernard Kouchner, et Nicolas Sarkozy tend la main vers elle pour la présenter. Quoi qu’elle dise, elle est toute souriante quand elle serre la main à Muammar Gaddhafi. « Et, heu…  et je lui serre la main, heu et heu… il me, enfin, il était d’ailleurs étrange, c’est, c’est, c’est… On n’aurait pas dit un président. » Effectivement. D'ailleurs... ce n’était plus un président depuis des décennies ! « Parce que il était habillé tout, un costume blanc avec, sur la poitrine, une carte de l’Afrique en plastique - voyez - noir, et puis heu des lunettes de soleil et puis ses cheveux tout mouillés ou ou huileux je sais pas trop et heu et puis donc heu il se pensait le représentant de l’Afrique. Moi, étant d’origine africaine, donc il a dû penser que on devait avoir une complicité particulière, et donc il me dit : « Mais comment, à trente ans, vous êtes ministre », et moi heu, du tac au tac, je lui réponds : « Mais vous, à vingt-sept ans, vous aviez bien fait un coup d’État. » Et, là, je vois le regard du président Sarkozy qui part dans tous les sens, et puis, lui, ça le fait rire manifestement. » Sur cette répartie de Rama Yade, en fait, Nicolas Sarkozy et l’interprète rient tout autant que Muammar Gaddhafi. Mais, manifestement, Rama Yade règle des comptes. Avec ses descriptions portant sur des détails de la personne de Muammar Gaddhafi, elle est à la limite de la xénophobie : les « cheveux huileux » font partie des vieux clichés d’une certaine époque… La jeune secrétaire d’État se prend pour une révoltée mais elle a beaucoup à apprendre : un coup d’État révolutionnaire, mené, sans effusion de sang, par des militaires et des civils qui mettront en place, très rapidement, des structures politiques et économiques horizontales et qui transmettront directement, huit ans plus tard, le pouvoir au peuple, ne peut se confondre avec un coup d’État réactionnaire, sanglant, mené par des militaires pour accaparer le pouvoir et opprimer le peuple, comme l’ont fait Francisco Franco ou Augusto Pinochet, soutenus par les dirigeants occidentaux.

    
Voix off : « L’heure est à l’idylle. Surtout lorsque vient la signature d’une dizaine d’accords de coopération. »
    
Bernard Kouchner et Abdel Rahman Shalgham en sont à signer des actes. Ils rient tous les deux. C’est rare de voir Bernard Kouchner rire… Abdel Rahman Shalgham dit : « Et, je signe, moi. » Bernard Kouchner, en riant : « Oui, mais, alors, vous avez (sali ?) l’acte. » Bernard Kouchner s’exclamant : « Il y a je ne sais pas combien de documents. Mais, qu’est-ce qu’on signe comme accords ! Oh, je ne m’en plains pas ! » La diplomate libyenne, Zohra Mansour, rapportant les propos de Muammar Gaddhafi, montrera à quel point la Libye faisait confiance à la France : « Auparavant, c’est moi qui avais été chargée de rédiger ces accords. Le Guide m’a dit, textuellement : « Zohra, s’agissant de la France, il ne faut pas t’inquiéter. Sarkozy est notre ami. Tout va bien pour nous. ». »

    
Voix off : « L’accord sur la défense, en particulier, a de quoi réjouir le dictateur. La France entraînera ses forces spéciales et lui fournira les armes les plus modernes. À la suite de ce rapprochement, les Français lui vendront même un système de surveillance d’Internet qu’il utilisera pour traquer ses opposants. » Ce n’est qu'un procès d’intention… Voix off : « Ceux-ci, il est vrai, pèsent à l’époque fort peu dans la balance. » Les deux signataires se lèvent et se serrent la main tandis que le groupe applaudit. Muammar Gaddhafi invite Bernard Kouchner à toucher la carte de l’Afrique qu’il porte sur sa veste ; ce que fait Bernard Kouchner avec plaisir.
    
Les contrats sur l’armement ? Henri Guaino a la réponse : « Quand vous faites des contrats de ventes d’armes, vous imaginez bien que le gouvernement peut effectivement les utiliser d’une autre manière que pour préserver l’indépendance, l’indépendance nationale. Bon ! Voilà. Mais faut-il donc ne plus vendre d’armes à quiconque ? Mais faut-il donc ne plus vendre d’armes à quiconque ? Vous trouverez toujours quelqu’un pour leur vendre des armes. Et, heu, voyez, là encore, c’est la difficulté, difficulté morale de tout cela. Mais le monde est comme il est. » Trois ans plus tard, le président Nicolas Sarkozy fera voter une résolution à l’ONU (Organisation des Nations Unies) qui interdira à tout avion libyen de décoller ; il sera ainsi plus facile de détruire les avions au sol et tout le dispositif de défense, empêchant ainsi le peuple libyen de préserver l’« indépendance nationale » si chère à monsieur Guaino.

    
Tandis que retentit « La Marseillaise », les deux hommes sont au garde-à-vous. Le président Nicolas Sarkozy grimace sous le soleil libyen : manifestement, il est en difficulté. C’est le moment, ici, de se souvenir de la description, sous forme d’une critique, faite plus haut par Rama Yade, à l’encontre de Muammar Gaddhafi : « et puis heu des lunettes de soleil ». Muammar Gaddhafi, lui, s’il porte des lunettes, c’est pour protéger ses yeux des rayons qu’il sait implacables. Beaucoup plus grave… Au fond de l’image, se trouve le « Monument de la souffrance du peuple libyen » qui a été érigé à la mémoire des victimes des bombardements britanniques et états-uniens, d’avril 1986, effectués en guise de représailles contre des actes terroristes attribués à la Libye dont la culpabilité n’a jamais été prouvée. Muammar Gaddhafi invite Nicolas Sarkozy à avancer. Après la signature des accords…
    
Voix off : « Pour le président, ces accords sont de moindre importance à côté du dossier qu’il a prévu d’évoquer dans quelques minutes avec le dictateur : sa chère Union pour la Méditerranée. Après deux mois de présidence, elle semble à portée de main. Il a besoin toutefois du soutien déterminant de son hôte. »
    
Muammar Gaddhafi et Nicolas Sarkozy se dirigent vers la tente. La modeste tente où sont installé(e)s, à une table portant deux plateaux de mets de réception, la dame interprète, Nicolas Sarkozy et, invisible de suite, Muammar Gaddhafi. Claude Guéant s’étire de tout son long, avec une indescriptible impolitesse, par-dessus l’un des plateaux et en faisant fi de l’interprète, pour chuchoter quelque chose en direction de Nicolas Sarkozy. Muammar Gaddhafi demande, par un petit signe, à des personnes restées à l’extérieur, de parler moins fort, sans doute des journalistes.

    
Jean-David Lévitte, conseiller diplomatique de Nicolas Sarkozy, en est resté aux vieux clichés : « C’était un axe majeur de sa politique étrangère. Lui arrivait avec un esprit cartésien et une discussion structurée en tête. En face, l’interlocuteur n’était pas dans les mêmes dispositions intellectuelles, disons. » Bernard Kouchner, ministre des Affaires étrangères, tente d’oublier sa déconfiture du moment… « J’ai le souvenir d’une scène de théâtre, de de d’une d’une incommunication flagrante, d’une comédie jouée par Mouammar Kadhafi. » Voix off : « Avec tout l’enthousiasme dont il est capable, le président expose sa vision géopolitique au maître des lieux à qui il offre de le rallier. » Bernard Kouchner : « C’était un sphynx. Il répondait pas. Ou il disait trois-quatre mots en arabe. Sans rapport du tout avec la discussion qu’on voulait avoir avec lui. Il y avait des éclairages sur ce qu’on pouvait lui vendre. En général, c’était je sais pas quoi, des armes anti-chars ou je ne sais pas quoi. Et nous, nous ne savions pas. Il fallait qu’on prenne des conseils. » Voix off : « Le dictateur élude. Bernard Kouchner recentre la discussion avec un peu d’insistance. » Jean-Luc Sibiude (ambassadeur de France en Libye) évoque ce moment particulier : « Le président l’a repris en disant pratiquement, disant à Kadhafi : “N’écoutez pas ce que dit mon ministre des Affaires étrangères.” Non, Sarkozy voulait une visite qui se passe bien. Bon ! Il disait : “Je suis là pour faire plaisir à mon hôte qui m’a fait, donc, heu, autant ne pas lui compliquer, ne pas évoquer les choses dans le détail.” En gros, le président a dit : “On verra, on vous précisera les choses, les grandes lignes, tout ça.”. »
    
Voix off : « Lorsqu’il quitte la tente, le président ne doute pas de gagner son hôte à sa cause. Le dictateur, lui, masque sa déception. Il escomptait un président acquis à ses rêves africains. Il reçoit un ambitieux qui lui demande de se rallier à un projet concurrent. » Ahmed Gaddhaf  El Dam, quant à lui, explique le point de vue, non de Muammar Gaddhafi, mais du « nous » libyen : « Nous, nous pensions que Sarkozy avait pris en compte le projet que nous avions impulsé en Afrique. Et, là, nous constatons qu’il cherche juste à se donner un rôle historique, qu’il veut être le chef. »

    
Jean-David Lévitte : « Kadhafi, il a toujours eu cette ambition un peu fantasque, mais enfin, de rassembler l’Afrique ou, en tout cas, une partie de l’Afrique, et il a essayé d’atteindre cet objectif, plus par l’ingérence que par la coopération. Donc, notre message, assez évident, était de lui dire : « Puisque vous avez renoncé au terrorisme et aux armes de destruction massive, renoncez aussi à l’ingérence, à la déstabilisation de vos voisins. ». » En quoi l’idée de « rassembler l’Afrique », à travers les chefs des États et les peuples, était-elle plus « fantasque » que l’idée d’États-Unis d’Amérique (au XVIIIème siècle), d’Union Européenne (au XXème siècle) ?
     
L’Union Européenne, n’était-elle pas un projet, sinon « fantasque », du moins anti-démocratique, manigancé en dehors des peuples ? Le vote des peuples - et notamment du peuple français - “pour ou contre le traité constitutionnel européen”, n’a-t-il pas été… bafoué, nié ? Contrairement à la réalisation de l’Union Européenne, la création des États-Unis d’Afrique était le fait, non seulement de la Libye mais aussi des autres États africains. L’OUA (Organisation de l’Unité Africaine), moribonde, a transmis le flambeau à l’UA (Union Africaine) : tous les États africains étaient invités (et non une partie de l’Afrique) ; il y avait des Sommets africains, d’année en année, pour mettre en place la Constitution avec « les droits de l’homme et des peuples » et les Institutions préparant la création des États-Unis d’Afrique. Contrairement à ce que prétend Jean-David Lévitte, l’Union Africaine, qui devait ouvrir sur les États-Unis d’Afrique, était un projet commun aux États et aux peuples africains ; certainement pas une « ingérence » de Muammar Gaddhafi ! Dans le cadre de la construction des États-Unis d’Afrique, en quoi une « ingérence » ou une « déstabilisation » de Muammar Gaddhafi, aurait-elle été bénéfique ?
      En 2010-2011, quel chef d’État a fait de « l'ingérence » dans les pays africains et par rapport aux peuples africains : Côte d’Ivoire, Tunisie, Égypte, Libye… ? Sinon le président français Nicolas Sarkozy, toute sa clique gouvernementale, et quelques pseudo-intellectuels qui n’avaient à se mêler ni des affaires politiques de la France, ni des affaires politiques de la Libye. C’est la volonté d’une grande partie du continent africain qui allait être bafouée, en 2011, par les puissances occidentales qui n’ont jamais pu renoncer à leurs colonies et donc à l’emprise qu’elles exerçaient sur les pays africains pour mieux voler les richesses du continent qu’elles continuent à voir comme une caverne d’Ali Baba, qui leur appartient nécessairement, puisqu'ils en sont les quarante voleurs.

    
Voix off : « Trop sûr de lui, le président mésestime les ambitions du roi des rois d’Afrique. Bref ! L’entrevue se révèle un jeu de dupes. Chacun se méprenant sur les intentions de l’autre. » Cette dame, sait-elle ce qu’elle dit, dans le commentaire ? Sait-elle ce qu’est ce titre, non pas que Muammar Gaddhafi s’est donné lui-même, mais que lui ont donné les chefs des autres États africains ? Voix off : « De retour vers la France, il reste à l’hyper-président, comme on commence à le surnommer, à honorer une promesse : la visite officielle qu’il a offerte au dictateur. Il convient qu’elle renforce son entente avec lui et parachève sa grande offensive diplomatique de début de mandat. »

 

Françoise Petitdemange


26 avril 2015

20. DE LA PAIX A LA GUERRE... CONTRE LE PEUPLE LIBYEN

20.
DE LA PAIX À LA GUERRE…

CONTRE LE PEUPLE LIBYEN

4 - 19. L’UPM (Union Pour la Méditerranée), 13 juillet 2008 :
une règle du jeu modifiée

      Sommet de Paris pour la Méditerranée - 13 juillet 2008 : Nicolas Sarkozy apparaît entre Jean-David Lévitte, son conseiller diplomatique, et Bernard Kouchner. Les invités arrivent… Nicolas Sarkozy fait l’accolade à Hosni Moubarak.
     
Voix off : « L’année suivante, en juillet 2008, le président accueille à Paris le sommet fondateur de son Union Pour la Méditerranée devant une quarantaine de chefs d’États. »
     
Cependant, le projet de départ a complètement changé… Ce qui est passé sous silence dans le documentaire... Jean-David Lévitte (conseiller diplomatique de Nicolas Sarkozy) : « Le seul qui, heu… fidèle à sa, son imprévisibilité, heu… a décidé de déclarer forfait, c’est finalement Kadhafi. Et non seulement il a déclaré forfait, mais il a boudé en disant : « Ce n’est pas comme ça qu’il fallait le faire. ». » Pour « bâtir une Union méditerranéenne », il fallait s’en tenir aux pays méditerranéens. Il ne fallait pas, à la fois, obliger les pays du nord de l’Afrique à accepter, dans le groupe, tous les pays européens, y compris ceux qui, comme l’Allemagne, étaient loin de la Méditerranée, et rejeter du groupe, dans le même temps, les autres pays de l’Afrique qui n’avaient pas de côtes méditerranéennes ! Il ne fallait pas non plus forcer la main des Arabes en les obligeant à reconnaître l’État d’Israël au détriment de l'existence du peuple palestinien. Ce projet allait bientôt se présenter, aux regards des chefs d’États africains - et pas seulement au regard de Muammar Gaddhafi - comme une tentative, d’abord française, puis européenne, de court-circuiter le projet de l’UA (Union Africaine), de séparer les pays d’Afrique du Nord des autres pays africains, et de faire exploser les États-Unis d’Afrique en voie de création. Après l’échec de son projet d’« Union Pour la Méditerranée », Nicolas Sarkozy, au lieu de s'interroger sur cet échec, n’a cessé de ruminer sa colère et de fomenter des guerres civiles : en Côte d’Ivoire, en Tunisie, en Égypte, en Syrie, en Libye… Il a détruit ce pays, bombardé le peuple libyen, et semé la haine de l’Afrique du Nord à l’Afghanistan.
     
La diplomate libyenne, Zohra Mansour,  : « Ce qui a mené Muammar Gaddhafi à la rupture avec Sarkozy, c’est la quête de leadership de Sarkozy. Pour Muammar Gaddhafi, les pays africains sont au nombre de 54 : ils sont plus nombreux que les pays européens. »

      Vue sur une assemblée installée dans des fauteuils verts. Muammar Gaddhafi, toujours dans son habit traditionnel brun, avec sa chéchia noire sur la tête, est installé, lui aussi, dans un fauteuil vert, en face de l’assemblée, derrière une table basse sur laquelle se trouvent une demi-douzaine de micros, peut-être un magnétophone, et une boîte de mouchoirs. La rencontre a lieu dans la tente. Un Libyen de l’assemblée, en habit traditionnel et couvre-chef blancs, parle dans un micro, juste devant le premier rang. Pourquoi donc son intervention, n’est-elle pas traduite dans le documentaire ?…
     
Voix off : « Préférant rester maître sur son continent, le dictateur multiplie les déclarations hostiles à l’Union pour la Méditerranée. Fragilisée, dès ses débuts par l’absence de la Libye, cette Union ne verra jamais le jour. » L’« Union Pour la Méditerranée » aurait pu se faire sans la Libye, si les chefs des autres États africains n’avaient pas compris, eux aussi, que le Français Sarkozy et, d’une façon plus générale, les Européens avaient, entre-temps, modifié la règle du jeu à leur avantage exclusif.
     
« À Paris… » Voix off : « L’aventure libyenne est, pour le président, un échec cuisant. Elle a mis en lumière ses défauts, son exercice solitaire du pouvoir, un certain amateurisme. Cela explique, sans doute, qu’elle coïncide dans les sondages avec le début d’une impopularité durable. Dans les trois années suivantes, le président ne veut plus entendre parler du dictateur. Jusqu’à un certain jour de février 2011. »

 

Françoise Petitdemange


28 avril 2015

26. DE LA PAIX A LA GUERRE... CONTRE LE PEUPLE LIBYEN

26.
DE LA PAIX À LA GUERRE…
CONTRE LE PEUPLE LIBYEN


5 - 25. Un agent de la CIA

 

      Ali Zeidan, un exilé qui vit depuis longtemps aux États-Unis, est devenu tout à coup le dirigeant du Conseil National de Transition d’un pays qu’il n’a pas contribué à développer. Il raconte comment le président français crache sur l’ami d’hier… « Il a commencé par nous parler de la visite de Kadhafi à Paris. Il nous a dit : « Kadhafi était le président d’un pays, qu’il fallait le recevoir. Je l’ai reçu. Vous comprenez ? Je n’étais pas sûr de lui faire confiance à cause du passé mais, bon, je n’avais pas le choix. Maintenant que le peuple libyen a fait un autre choix, je suis prêt à vous aider. » Et puis Sarkozy nous a dit qu’il reconnaissait le CNT comme unique représentant du peuple libyen. » Ce récit montre les ignorances du président français que l'exilé de retour, made in CIA, ne rectifie pas. Et puis cette phrase du président français : « Maintenant que le peuple libyen a fait un autre choix, je suis prêt à vous aider. » Mais comment le peuple libyen, avait-il fait « un autre choix » ? Il avait tenu un CGP (Congrès Général du Peuple) ? Il s’était prononcé de quelque manière que ce fût ? Comment un étranger - fût-il président de la république - pouvait-il reconnaître un organisme sur lequel le peuple libyen n’avait pas eu le droit de s’exprimer ?… C’est d’un coup d’État qu’il s’agit, mené contre la GJALPS (Grande Jamahiriya Arabe Libyenne Populaire Socialiste), contre la démocratie directe, pour reprendre le pouvoir des mains du peuple libyen.
     
BHL : « Il ne le croyait tellement pas. « Tout ça, naturellement, je suppose, doit être secret… » Et Sarkozy feint de réfléchir, regarde Lévitte, (Puga ?), « …secret, oui, je ne sais pas, non ! ». »

 

Françoise Petitdemange


 

29 avril 2015

37. DE LA PAIX A LA GUERRE... CONTRE LE PEUPLE LIBYEN

37.
DE LA PAIX À LA GUERRE…

CONTRE LE PEUPLE LIBYEN

5 - 36. L’après guerre

      Quelle démocratie la France, la Grande-Bretagne, les États-Unis ont-ils installée à la place de la démocratie directe, en bombardant la Libye, en détruisant les moyens de défense et les infrastructures du pays, en armant des bandes de mercenaires venus de différents pays de la région dont quelque 5.000 pauvres types envoyés par le très démocrate émir du Qatar, en massacrant le peuple libyen, de nuit comme de jour, pour le protéger, et en assassinant le Guide révolutionnaire Muammar Gaddhafi ? La démocratie du chaos. Évidemment, Jean-David Lévitte (conseiller diplomatique de Nicolas Sarkozy) ne peut guère être très fier des résultats... « Le suivi, c’est-à-dire l’après guerre, heu… n’a pas été suffisant. Je crois qu’il aurait été souhaitable d’être plus présents pour les aider à, heu, construire. Ce n’était pas leur choix mais ç’aurait dû être notre devoir, voilà. » « Ce n’était pas leur choix » : voilà qui montre que, même les opposants à la démocratie directe, ne voulaient plus voir les Français s’ingérer dans les affaires de la Libye.
      Mais encore… « Si si on devait avoir un regret à exprimer. Mais j’ajoute que cette période-là a coïncidé avec nos élections, l’arrivée d’un nouveau président de la république et, donc, par la force des choses ou du calendrier démocratique français, nous nous sommes trouvés dans une période de transition. » Ceci est irrecevable. Monsieur Lévitte, conseiller diplomatique de Nicolas Sarkozy, a failli à sa tâche et à son devoir dès le début : cette guerre n’aurait jamais dû avoir lieu. La clique de Sarkozy a préféré la bombe au dialogue, la guerre à la  diplomatie : d'ailleurs, la France n'a plus de diplomati
e. Quant à vouloir « construire » après avoir détruit 42 années de travail de tout un peuple… Monsieur Lévitte débloque ! « Un regret », un seul : n’avoir pas pu mettre leurs pattes ensanglantées sur la politique et l’économie de la Libye... C’est tout ? Sans doute les bombes, que ces chefs d'États occidentaux et pro-occidentaux ont envoyées sur la population civile et militaire, étaient-elles des fleurs ? Pas de mort(e)s, pas de blessé(e)s, pas de disparu(e)s. Donc, pas de regret. Pas un mot pour ces enfants, ces femmes, ces hommes tué(e)s par les bombes françaises puis par les bombes de l’OTAN placée sous l'autorité du Boucher de la Libye, le terroriste qui voulait affamer le peuple libyen : le commandant Charles Bouchard.

      La « démocratie », selon monsieur Lévitte, c’est la « transition » : gauche/droite, droite/... Le reproche que faisait cette clique à Muammar Gaddhafi, elle aurait dû se l’appliquer à elle-même : elle a été « imprévisible », « incontrôlable », « imprévoyante ». Et, quatre ans après le massacre du peuple libyen et les souffrances sans nom que cette clique a produit(e)s, elle prétend encore se faire élire. Les Français(es) sont-ils des abruti(e)s ?
      Force est de constater, comme Ziad Takieddine l’a fait, que les politiques français sont des « amateurs ». Lorsque Nicolas Sarkozy lance sa guerre en mars 2011, il sait très bien qu’il est à un an d’une nouvelle élection présidentielle. D’ailleurs, la campagne est déjà dans les esprits, dans les médias… À l’approche de cette nouvelle campagne nécessitant de nouvelles dépenses, craignait-il de devoir rembourser le prêt que lui avait accordé le peuple libyen pour la campagne de 2007 ? La situation financière de l’UMP (le parti politique de Nicolas Sarkozy), après la campagne de 2012 menée, assurément, sans l'argent du peuple libyen, ne s’est pas révélée florissante…
    
Voix off : « La faute donc à des élections françaises que sa guerre en Libye n’aura pas permis de remporter. L’histoire ne s’arrête pas là. Après son départ de l’Élysée, continue de planer au-dessus de sa tête, comme une malédiction. À moins que ce ne soit la morale de cette fable. À la suite du dictateur, des affairistes déçus et d’anciens caciques du régime l’accusent d’avoir reçu de l’argent libyen pour sa campagne de 2007. Soupçon infamant qui ternit ses ambitions futures. S’est-il compromis ? Ou bien, président d’une démocratie, paie-t-il tout simplement le fait de s’être aventuré avec un tel dictateur ? »

 

Françoise Petitdemange





19 juin 2015

4 - GRANDEUR ET MISERE DES SPECIALISTES

GRANDEUR ET MISERE DES SPECIALISTES
(4ème partie)

Les guerres religieuses rallumées ?

      Dans le cadre du Club de la Presse du 20 mai 2015, « les trois grandes voix du soir », selon l’animateur Nicolas Poincaré, sont toujours avec l’invitée, Agnès Levallois.

     
Olivier Duhamel, spécialiste de droit constitutionnel, essaie de récapituler à sa façon le poids des tendances religieuses dans les conflits politiques actuels :
     
« […], ce qu’on comprend au début, c’est un combat entre sunnites et chiites, et ça, quand on dit ça, y a une petite complication parce que c’est l’Iran qui est chiite et donc l’Iran, ennemi des États-Unis, dans cette affaire-là, devient, forcément, plus ou moins allié des États-Unis. Et pis ça se complique encore un peu parce que l’Arabie saoudite, elle est sunnite, donc, normalement, elle devrait soutenir heu… ou elle pourrait soutenir les sunnites de Daesh. Sauf que, non, elle est avec les États-Unis contre les sunnites de Daesh. Alors, expliquez-moi pourquoi l’Arabie saoudite n’est pas avec Daesh et jusqu’où les États-Unis vont aller avec l’Iran ? »

      Agnès Levallois :
     
« Alors, la raison pour laquelle l’Arabie saoudite n’est pas avec Daesh, c’est que, là, vous avez un groupe de radicaux, de djihadistes radicaux, et qui ont, dans leur ligne de mire, la disparition du régime d’Arabie saoudite, estimant, les membres de Daesh estiment que l’Arabie saoudite est tout à fait illégitime et qu’elle n’a aucune 4___Arabie_saouditeraison [Intervention : « Ah ! d’accord… »] de, de diriger ce pays en raison de la corruption qui règne au sein de la famille royale [Intervention : « Ce sont les extrémistes. »] Ils sont bien plus radicaux même si, alors si on analyse les choses de plus près, c’est plus compliqué parce qu’on s’aperçoit qu’il y des pratiques de ce royaume saoudien qui sont finalement assez proches des pratiques de Daesh, et je pense simplement aux décapitations, aux exécutions. Aujourd’hui, il y a déjà eu 84 exécutions en Arabie saoudite depuis le début de l’année, ce qui est quand même énorme. Donc, elle n’a rien à envier à Daesh et vice versa. Mais on va, on va essayer de, de revenir sur le, la question que vous m’avez posée. »
     
Une petite idée vient à l’esprit : les hommes et les femmes politiques en France, en Grande-Bretagne et aux États-Unis qui ne cessaient, en 2011, de clamer haut et fort que Muammar Gaddhafi, en Libye, et Bachar El Assad, en Syrie, étaient des dictateurs qu’il fallait éliminer, sont devenu(e)s de fervent(e)s partisan(e) des monarchies du Golfe et, notamment, du roi saoudien qui a tout de même - selon ce qu’en dit Agnès Levallois - la main un peu lourde sur les délinquants, non ?

Une Arabie saoudite aux abois ?

      Voilà un complément de réponse apporté, par madame Levallois, à la question d’Olivier Duhamel :
     
« Aujourd’hui, l’Arabie a qu’une angoisse, c’est que Daesh approche de ses frontières et la remette en question. Donc, l’Arabie saoudite fera tout pour empêcher l’avancée de Daesh [Intervention : « Ce sont leurs extrémistes en quelque sorte, du genre Mélanchon, bon, d’accord…. » Ce sont leurs extrémistes mais ce sont vraiment leurs, leurs ennemis, leurs ennemis de façon absolument [Intervention : « D’accord ! »] dramatique. Donc, l’Arabie saoudite ne va pas soutenir Daesh même si certains Saoudiens - je ne parle pas du gouvernement de la famille royale - peuvent soutenir Daesh par des financements parce qu’ils ont leurs propres canaux de financements, estimant que finalement ce que fait Daesh n’est pas mal pour rentrer en guerre contre la famille royale. Donc, ça. Il peut y avoir des financements. C’est pour ça qu’on entend régulièrement dire que les Saoudiens, certains Saoudiens, financent Daesh. Certains peuvent le faire, mais ça ne sera jamais la famille royale [Intervention : « D’accord ! »] qui, aujourd’hui, se rend compte que, de toute façon [Serge July : « C’est surtout la branche actuelle… »], celle qui est aux affaires, bien sûr. Donc, ça, de ce côté-là, y a pas de, y a pas d’ambiguïté là-dessus. C’est vrai que le conflit, enfin la situation au Moyen Orient - ce qui n’était pas le cas, y a quelques années -, s’est complètement confessionnalisée, et qu’aujourd’hui, on a tendance [Serge July : « Confessionnalisée, sunnites contre chiites… »], sunnites contre chiites, et qu’on a tendance aujourd’hui à ne voir ce conflit que sous cet angle de ce clivage entre les sunnites et les chiites. »

À propos de l’Iran et de l’Irak

      Après avoir fait un détour par l’Arabie saoudite, Agnès Levallois évoque les deux pays qui se sont opposés dans une guerre fratricide de septembre 1980 à août 1988 :
     
« Là où ça se complique, c’est qu’effectivement, les Iraniens, qui sont la force régionale dominante chiite, heu…, a des liens privilégiés avec l’Irak aujourd’hui, dont la majorité des Irakiens est elle-même chiite, hein. Alors que, du temps de Saddam Hussein, c’était la minorité sunnite qui était aux affaires. Donc, je rappelle ça parce que ça explique aussi la situation actuelle en Irak, où vous avez quand même, après l’invasion américaine et avec les élections qui se sont tenues, et donc les chiites, majoritaires, qui sont arrivés au pouvoir, soutenus, en cela, par l’Iran, heu, ont eu un comportement aussi de revanche après toutes les années de l’époque de Saddam Hussein au cours desquelles les chiites étaient vraiment maltraités et n’avaient pas leurs places dans les institutions politiques. Donc, là, on a un renversement de situation : aujourd’hui, ce sont les chiites qui sont aux affaires et les sunnites se trouvent complètement marginalisés et estiment qu’ils n’ont pas la place qu’il leur revient. Ce qui fait que, aujourd’hui, vous avez une partie de la population irakienne sunnite qui rejoint Daesh, pas par idéologie, pas par adhésion à ce que défend Daesh, mais par réaction au comportement du gouvernement central de Bagdad, chiite, sectaire, [Intervention de Serge July : « et des milices »] et des milices. Donc, on est dans une situation, là, qui devient vraiment très compliquée parce que vous avez beaucoup d’anciens de Saddam Hussein - je pense, en particulier, à des militaires du temps de Saddam et des services, des responsables des services de sécurité du temps de Saddam Hussein - qui ont rejoint Daesh parce que ça leur permet de retrouver une activité sur le terrain. »

       Serge July :
     
« Oui. Est-ce que, finalement, tous ces événements ne sont pas des dégâts collatéraux de la, du choix stratégique qui a été fait par les États-Unis de privilégier la relation avec l’Iran et d’avoir un accord, en particulier, sur le nucléaire. Parce que tout ça, ça déroule, c’est une provocation d’être, vis-à-vis des Irakiens, vis-à-vis d’une partie des Syriens, cette alliance avec, potentielle en tout cas, avec l’Iran. »

      Agnès Levallois revient sur les États-Unis qui soufflent sur les braises :
     
« Non, je pense pas qu’on puisse, heu, envisager les choses sous cet angle-là. Au contraire, je pense que la, le règlement, ou en tous les cas, une vraie négociation sérieuse entre les États-Unis et l’Iran peut permettre, au contraire, d’apaiser la situation dans la, dans la région. Et éviter, justement, que chacun essaie de placer ses pions et essaie de [Serge July : « Mais l’Iran est un épouvantail pour, heu, quand même les sunnites…]. Bien sûr. Bien sûr que l’Iran est un, est un épouvantail pour, heu, pour les sunnites, pour, oui, pour les sunnites. […]. La grande, quand même la, la, l’origine de la déstabilisation de la région, c’est quand même l’invasion américaine de l’Irak, à partir de laquelle tout a découlé et que des alliances se sont justement faites pour essayer de, de contrer, ou chacun essayant de profiter du vide causé par cette, cette catastrophe qui a été provoquée. »
     
Il faut bien noter - et c’est madame Levallois, qui ne peut être accusée d’être anti-occidentale, qui le dit - que « l’invasion américaine de l’Irak » est à « l’origine de la déstabilisation de la région », « du vide causé par cette, cette catastrophe qui a été provoquée » : c’est-à-dire à l’origine de tous les problèmes survenant, depuis de nombreuses années, dans les pays arabes évoqués ici.

 

1er texte : http://lavoixdelalibye.com/?p=22813
2ème texte : http://lavoixdelalibye.com/?p=22889



Françoise
Petitdemange
 

http://www.francoisepetitdemange.sitew.fr/#LA_LIBYE_REVOLUTIONNAIRE_.A

 

20 juin 2015

5 - GRANDEUR ET MISERE DES SPECIALISTES

GRANDEUR ET MISÈRE DES SPÉCIALISTES
(5ème partie)

  

Derrière la Syrie… la Russie

 

      Malgré ce qu’Agnès Levallois a pu dire précédemment, au Club de la Presse, ce 20 mai 2015, de l’origine états-unienne de la déstabilisation du Moyen Orient, Gérard Carreyrou, lui, est pour la manière forte :
      « […], pour arrêter les troupes de Daesh, heu, d’envahir, pour empêcher qu’elles, qu’elles n’envahissent Palmyre, et, éventuellement, procèdent à des destructions, y a pas beaucoup de possibilités, mais y en a au moins deux. Y a celle que les Américains, qui ont quand même des forces aériennes en permanence et qui ont des drones, qui savent exactement où sont situées les forces de Daesh, puissent faire un bombardement. On a maintenant les moyens, à un mètre près, de bombarder les cibles. Donc, ça, pourquoi n’ont-ils pas bombardé ? Comment se fait-il que les Syriens ? L’armée de Bachar El Assad est la seule armée qui, elle, est déployée, heu, de manière terrestre, dans cette région. Pourquoi n’intervient-elle pas ? Elle dispose aussi d’hélicoptères de combat, elle le fait d’ailleurs pour bombarder les populations avec des barils en permanence de, [Agnès Levallois : de dynamite] de dynamite ou de je ne sais quelle, quel explosif. Donc, pourquoi les Américains, n’ont-ils pas, ne sont-ils pas intervenus là, sur, sur, heu, le, les faubourgs de Palmyre et pourquoi Bachar El Assad, n’intervient-il pas, à moins qu’il n’ait un jeu politique plus compliqué ? »
     
La précision des États-Unis dans leurs bombardements est évoquée, ici, mais l’histoire des guerres, même récentes, ne leur reconnaît pas vraiment cette qualité… Par ailleurs, il n’est pas sûr que l’armée syrienne soit « la seule armée » « déployée », « de manière terrestre, dans cette région »… Puisque les forces de l’ÉI (État islamique), et ce qu’il reste de l’ASL (Armée Syrienne Libre), sont sur le terrain, soutenues par les forces états-uniennes et israéliennes. Sans doute, selon Gérard Carreyrou, Bachar El Assad et l’armée syrienne devraient faire le “sale boulot”, celui que le président des États-Unis, Barack Obama, ne veut pas faire et que le président français, François Hollande, ne peut pas faire. Mais, si l’armée syrienne bombardait où que ce soit « les forces de Daesh », de suite les chefs d’États occidentaux accuseraient Bachar El Assad de tous les crimes. D’ailleurs, le journaliste lui-même continue à rabâcher les accusations selon lesquelles « l’armée de Bachar El Assad » fait « bombarder les populations ». Comme si l’armée de la République Arabe Syrienne appartenait à Bachar El Assad ! Comme si elle avait intérêt à massacrer les populations !

      Agnès Levallois :
      « Alors, pour la, la réponse sur la, pourquoi les Américains ne sont pas intervenus, c’est vrai que la, la question de l’intervention des Américains, en Syrie, est problématique puisque, aussi, autant les Américains ou la coalition internationale, heu, est intervenue pour lutter contre cette organisation en Irak, avec l’accord et à la demande des autorités irakiennes, en revanche, les autorités syriennes ne demandent pas à la coalition d’intervenir. Et donc le, la coalition ou les Américains, en intervenant en Syrie, rentrent directement en confrontation avec le régime de Bachar El Assad et il me semble que les Américains sont, ne, ne souhaitent pas rentrer en confrontation parce que, derrière, vous avez qui, vous avez aussi la Russie qui est le soutien de, du régime [Intervention de Serge July : « et l’Iran »] de Bachar El Assad, et l’Iran. Mais, là, c’est vrai qu’en termes, s’il y avait vraiment une intervention militaire de l’aviation américaine sur le sol syrien, c’est vrai que la Russie, qui a des accords de défense avec la Syrie, pourrait se sentir d’une certaine manière attaquée, et pourrait réagir et, et les, les Iraniens pourraient le faire. Donc, là, je pense que c’est un élément important du, du fait que les Américains n’aient pas réagi et, et parce qu’on a bien vu : il y a eu des déclarations qui ont été faites et les Français aussi ont toujours dit que, eux, ne voulaient pas intervenir en Syrie parce que il y avait pas de demande des autorités syriennes comme ça a été le cas en Irak où, je le répète, la coalition intervient à la demande des autorités irakiennes. »
     
Madame Levallois paraît ne pas se souvenir du fait que François Hollande voulait lancer la guerre contre la Syrie pour - en parfait démocrate et en bon socialiste - chasser le président élu, Bachar El Assad, et renverser le régime issu du parti Baas qui allie le socialisme arabe et le nationalisme panarabe et s’appuie sur la laïcité, et de cet autre fait que la Russie et la Chine - estimant avoir été trompées par les chefs d’États français et anglo-saxons qui n’avaient pas hésité à outrepasser la résolution de l’ONU pour faire la guerre contre la Libye - avaient opposé leur veto, en octobre 2011, en février et en juillet 2012 à la grande colère du président français. Peut-être est-il intéressant de rappeler que Saddam Hussein était, lui aussi, issu du parti Baas. Quant au grand-père de Bachar El Assad, il s’était opposé à l’occupation française : d’où, peut-être cette haine de certain(e)s responsables politiques et médiatiques pour les Assad et cette distance prise par les Assad à l’égard de la France…

 La_Russie

 

Mais qu’attend donc Bachar El Assad pour bombarder !

      Agnès Levallois s’exprime ainsi à propos des derniers événements survenus à Palmyre :
      « Là, simplement, la, la, les forces de Bachar El Assad ont commencé à intervenir parce que, Palmyre, symboliquement, au point du comité international, en raison de, de, de ce que représente Palmyre, de ce joyau de l’humanité, a décidé de réagir. Et là je pense que Bachar El Assad est en train de jouer un jeu comme il le joue depuis maintenant quatre ans, et un jeu extrêmement dangereux. C’est que, évidemment, il a les moyens d’intervenir avec ses hélicoptères qui, tous les jours, bombardent la ville d’Alep pour essayer de faire partir les, les, les combattants de, de Daesh mais je pense que, pour l’instant, il ne le souhaite pas. Il va peut-être intervenir à la dernière minute. Ce sera peut-être d’ailleurs trop tard. Mais pour montrer que c’est lui le rempart contre Daesh. On est toujours dans cette stratégie de Bachar El Assad d’essayer de démontrer à la communauté internationale que lui seul est en mesure de lutter contre Daesh. »
     
Les propos de la spécialiste ès monde arabe sont contradictoires : « les forces de Bachar El Assad ont commencé à intervenir parce que, Palmyre,… » « il a les moyens d’intervenir avec ses hélicoptères […] mais je pense que, pour l’instant, il ne le souhaite pas. » Par ailleurs, elle prête des intentions au président syrien qui ne sont peut-être que les fruits de son imagination à elle...

     
Qu’importe ! Agnès Levallois poursuit : 
     
« Ne, n’oublions pas ce que représente cette zone, hein, entre Palmyre et Ramadi. On est en plein désert. Y a pas un arbre, y a quand même très peu de vie, y a très peu de villages et de villes, donc, c’est assez facile de savoir où sont ces combattants. Donc, là, Bachar El Assad avait les moyens avec ses hélicoptères et ses moyens aériens, effectivement, de, de bombarder, d’envoyer quelques signaux en disant : “Bon, ben, ne vous avancez pas plus parce que nous, on a les moyens de vous arrêter.” Mais, évidemment, il ne l’a pas fait, parce que, ça, ça le sert complètement et que c’est une carte qu’il va pouvoir monnayer parce que Bachar El Assad est quand même sérieusement affaibli, aujourd’hui, et que toute carte qu’il peut essayer de, de, de monnayer, il le fera même si il prend pour cela beaucoup de risques mais, à la limite, il a plus grand-chose à perdre. Donc autant essayer de jouer cette carte. »
     
Bachar El Assad, n’a-t-il pas des raisons de se méfier d’une riposte occidentale, dans le cas où l’armée syrienne bombarderait « Daesh » ? Car, quoi que cette géo-stratège dise, « Daesh » est le produit de l’Arabie saoudite et des Occidentaux.

     
Olivier Duhamel, un peu déprimé…
      « 
Vous vous rendez compte à quel point c’est compliqué, hein. Et Dieu sait pourtant que vous êtes formidablement claire. Si j’ai bien compris, par exemple, les États-Unis sont l’allié objectif de l’Iran en Irak et sont l’ennemi objectif de l’Iran en Syrie. Rien que ça, hein ! Alors que le conflit est dans les deux endroits. Juste rappeler ça. [Intervention d’Agnès Levallois : « Absolument. »] La France, dans tout ça, du coup, la France, dans tout ça ? Qu’est-ce qu’elle a à faire là-dedans, la France ? Est-ce qu’elle a raison de mettre même un petit doigt là-dedans, la France ? Moi, si je me mets dans la peau d’un jeune Français, qu’est-ce que j’ai entendu dire ? J’ai entendu dire que Bachar El Assad était un sanguinaire absolu, le pire des tyrans, qu’il fallait absolument lutter contre lui, qu’on devait aller le bombarder. Alors, en plus, je suis musulman, je suis sensible à ce discours, je me dis : “Je vais aller là-bas [Intervention d’AL : « hum »] ; je vais aller faire le djihad ; je vais aller me battre contre Bachar El Assad [Intervention d’AL : « hum »] ; c’est le Hitler des temps modernes [Intervention d’AL : « hum »] ; moi, je vois tout le temps des films sur la résistance à la télé, je vois tout le temps que les héros sont ceux qui résistent aux tyrans ; donc, je vais aller battre Bachar. [Intervention de Serge July : « Là, il est toujours dans son rôle de jeune musulman [mot inaudible]. » Nicolas Poincaré : « Oui, oui, on comprend bien. » « français »]. Et puis, tout d’un coup, patatras ! Tout se retourne. Y a les attentats en France, etc. Et je suis devenu quelqu’un qu’il faut interdire de sortir [Intervention d’AL : « hum »] et arrêter si il revient.” Comment est-ce que vous voulez qu’on s’y retrouve ?

     
Agnès Levallois :
     
« Alors, je suis assez critique à l’égard de la, de la politique française en la matière parce que, autant, sur le fond, je suis d’accord quand les responsables français ou Laurent Fabius dit que « Bachar El Assad n’est pas le meilleur des présidents » (c’est une litote), autant je trouve ça un, un peu dramatique de dire : « Bachar El Assad n’a pas le droit d’exister », parce que je pense que, quand vous utilisez des propos comme ça et que ça tourne dans la tête, effectivement, de jeunes qui ne savent plus très bien où ils en sont, [Intervention de Serge July : « ça fait des dégâts »], ça fait des dégâts considérables, parce que, effectivement, ils veulent aller après, en Syrie, pour se battre contre Bachar El Assad. Sauf qu’ils sont récupérés par Daesh et qu’ils ont pas forcément les moyens de comprendre ce dont il s’agit, et qui se retrouvent embrigadés dans quelque chose qui n’a plus rien à voir avec ce qu’ils avaient en tête en partant, par exemple, de Paris ou de Marseille. »
     
Mais… En quoi, Laurent Fabius, est-il qualifié pour juger de la qualité d’un Président d’une République Arabe ? Que regrette, ici, Agnès Levallois ? Que de jeunes musulmans français, partis pour faire la guerre contre Bachar El Assad, se trouvent détournés de leur but par « Daesh » qui les intègre dans ses rangs pour conforter l’État Islamique du Levant ?

     
Agnès Levallois, encore :
     
« Et donc, ça, je trouve qu’il y a une responsabilité de la part des autorités françaises à avoir dit des choses beaucoup trop radicales. Même si, je le répète, sur le fond, je suis d’accord avec ce constat, mais y a une façon de, de, de dire les choses pour éviter des dérives et, là, on est allés très-très loin dans ce, dans ce, dans ce domaine-là. »
     
Agnès Levallois se dit d’accord « sur le fond », « avec ce constat ». C’est-à-dire… avec la phrase de Laurent Fabius : « Bachar El Assad n’a pas le droit d’exister » ?

  

1er texte : http://lavoixdelalibye.com/?p=22813
2ème texte : http://lavoixdelalibye.com/?p=22889

 

Françoise Petitdemange

 

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