14.
DE LA PAIX À LA GUERRE...

CONTRE LE PEUPLE LIBYEN

4 - 13. Le Guide révolutionnaire fait honneur à Paris

 
     
L’avion « Afriqiyah » roule sur la piste d’atterrissage.
      Voix off : « Et en fin d’une matinée pluvieuse, le dictateur finit par débarquer à Orly, à la tête de ses amazones et d’une suite de deux cents personnes. » Il revient à Michèle Alliot-Marie, ministre de la Défense, d’accueillir le Guide révolutionnaire et la délégation libyenne avec les Femmes en armes. Le cortège de voitures roule sous la pluie, escorté par des motards. Apparaît la berline blanche, ornée des drapeaux verts à l’avant, dans laquelle se trouve Muammar Gaddhafi. Voix off : « L’ancien parrain du terrorisme s’offre, pour la première fois, une visite prestigieuse dans une grande capitale occidentale. Qui plus est, celle d’un pays qui l’a longtemps combattu. Se trouver, là, est pour lui un succès éclatant. Il ne s’en cache pas. » Muammar Gaddhafi avait été invité à Paris, en 1973, par le président français Georges Pompidou. Ce n'est donc pas la première fois qu'il vient dans la capitale ! En dehors de cette visite, à Paris, de Muammar Gaddhafi, Abdessalam Djalloud et différents secrétaires d’État au BPLE (Bureau Politiques des Liaisons Extérieures) ont séjourné dans la capitale. Par ailleurs, Muammar Gaddhafi était invité dans d'autres capitales, occidentales ou pas.
     
La berline blanche arrive dans la cour du Palais de l’Élysée. Muammar Gaddhafi passe devant la garde républicaine. Nicolas Sarkozy est présent au bas du perron et lui serre la main. Ils se tournent pour la photo. Muammar Gaddhafi brandit le poing gauche. Nicolas Sarkozy sourit en lui tenant la main droite. Voix off : « Le programme qu’on lui a concocté, n’en est-il pas la preuve ? D’abord, cette réception ici-même, puis à l’Assemblée nationale. Enfin, ce dîner de gala en son honneur. » Ahmed Gaddhaf El Dam (conseiller de Muammar Gaddhafi) : « Nous avons beaucoup apprécié qu’on nous serve du couscous à l’Élysée. C’était un message tout à fait positif. » Zohra Mansour (Diplomate libyenne) : « Il était très heureux de tout ce que le gouvernement français lui offrait. Il a été accueilli avec grande déférence. »

      Voix off : « Autant, alors, faire durer le plaisir. En France, l’usage diplomatique veut que les visites officielles durent trois jours. Le dictateur demande à prolonger son séjour de trois de plus. Une semaine en tout. » Jean-Luc Sibiude (ambassadeur de France en Libye) : « Je ne dis pas qu’il s’est invité mais il a demandé à rester à Paris et on lui a accordé, bien évidemment, puisqu’on souhaitait que ce soit, on souhaitait que cette visite soit, lui soit agréable. » Jean-David Lévitte (conseiller diplomatique de Nicolas Sarkozy) : « À chaque jour, il inventait un nouveau sujet de préoccupation. » Face aux hommes et aux femmes politiques, que les Français et Françaises entretiennent et qui étalent une balourdise intellectuelle quelque peu effarante, il est évident que Muammar Gaddhafi est une source de pensées, de paroles, d’actions extraordinaire. Jean-Luc Sibiude, en vrai diplomate… « Quand les Libyens vous disent : « Écoutez, je, pourrait-il, je souhaite aller à Versailles parce que j’ai toujours… enfin, rêvé, il est difficile de dire : « Ah ! Non, vous n’allez pas aller à Versailles. Non, non, c’est trop pour vous. »

     
Voix off : « Le touriste de marque fait privatiser le célèbre château royal. » Muammar Gaddhafi ne fait rien privatiser du tout (l’utilisation, ici, du mot « privatiser » est intentionnel)… Quand un homme, entouré d’une délégation, se déplace dans un pays invitant, il est normal que ce pays prenne des mesures de sécurité pour protéger et l’homme et la délégation qui se déplace avec lui. À Versailles, un guide explique à Muammar Gaddhafi... « C’est là que le Roi recevait les ambassadeurs. » Le Guide révolutionnaire, fidèle à ses origines, est un rien amusé… Voix off : « Avant de filer au Louvre, puis de réclamer d’autres divertissements encore. À des organisateurs quelque peu dépassés. » Muammar Gaddhafi est accompagné d’un petit groupe dont les femmes en armes. Il est habillé modestement d'un pantalon, d'un pull et d'une veste noir(e) et tient, dans sa main gauche, une sorte d’écharpe. Le mot « divertissements », pris dans son sens habituel, n’est pas très pertinent : Muammar Gaddhafi a toujours été intéressé par l’histoire. D’ailleurs, dans sa jeunesse, il a suivi des cours d’histoire dans une Faculté libyenne ; il lisait beaucoup d’ouvrages dans ce domaine et s’était intéressé à la révolution française. Jean-David Lévitte (conseiller de Nicolas Sarkozy) : « Il avait décidé de visiter Paris en bateau-mouche, par exemple. Vous imaginez ce que ça représente en termes de sécurité. Puisque il faut sécuriser les berges mais aussi les ponts. » Voix off : « Et pourquoi ne pas lui dire « non » tout simplement. » Jean-David Lévitte : « Difficile de refuser à une personnalité qu’on reçoit le droit de découvrir Paris en bateau-mouche. » Jean-Luc Sibiude, un petit peu amusé… « Je suis parti à la chasse à Rambouillet, alors que je n’étais pas chasseur moi-même puisqu’il y avait qu’un seul fusil : c’était celui de Kadhafi. Mais les services de sécurité étaient en place depuis 9 heures du matin pour bloquer mais pour bloquer au moment du passage du convoi. Le convoi est arrivé vers midi et demie, une heure. »


Françoise Petitdemange